Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

  1. Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque. Continuer la lecture de « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »

Le diable peut lui aussi vous donner des leçons de sagesse: découvrez les Proverbes de l’Enfer

Le Mariage du Ciel et de l’Enfer est un texte mythique du grand poète et graveur anglais William Blake (1757-1827): un texte rare, puissant et évocateur qui ne manqua pas de marquer plusieurs générations d’écrivains, de cinéastes, de metteurs en scène et de musiciens. On repense avec émotion au film de Jim Jarmush Dead Man dans lequel le personnage principal, joué par Johnny Depp, porte le nom du poète. Des poètes comme Lautréamont ne cachèrent pas leur admiration pour les travaux de Blake, jusqu’à André Gide qui en a signé une traduction en 1922, éditée aujourd’hui (et depuis de longues années) par le merveilleux éditeur et libraire José Corti dans la Collection Romantique. Je conserve presque religieusement mon vieil exemplaire corné, acheté non massicoté.

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Le Mariage du Ciel et de l’Enfer raconte le voyage imaginaire (?) de l’auteur dans la célèbre prison divine, où à la manière d’un Dante guidé par Virgile dans la Divine Comédie, il parcourt les différents paysages infernaux avec curiosité et, disons-le tout net, fascination.

De son voyage, il revient — entre autres choses — avec une compilation des Proverbes de l’Enfer, compendium de sagesse infernale absolument brillant et dont les lignes, mises en musique par Gide, nous sont autant de béquilles pour affronter notre enfer quotidien.

En voici un florilège.

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Dans le temps des semailles, apprends ; dans le temps des moissons, enseigne ; en hiver, jouis.

 

Le chemin de l’excès mène au palais de la Sagesse.

 

La prudence est une riche et laide vieille fille à qui l’incapacité fait la cour.

 

Le Désir non suivi d’action engendre la pestilence.

 

Celui dont le visage est sans rayons ne deviendra jamais une étoile.

 

Livre de comptes, toise et balance — garde cela pour les temp de disette.

 

Un corps mort ne venge pas d’une injure.

 

C’est avec les pierres de la loi qu’on a bâti les prisons, et avec les briques de la religion, les bordels.

 

La joie féconde, la douleur accouche.

 

Évidence d’aujourd’hui, imagination d’hier.

 

Une pensée, et l’immensité est emplie.

 

Sois toujours prêt à dire ton opinion, et le lâche t’évitera.

 

Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir.

 

N’attends que du poison des eaux stagnantes.

 

Exubérance, c’est Beauté !

 

Au total, ce sont 65 proverbes de l’Enfer que Blake nous offre, pour que nous puissions répandre la sagesse du diable. Et ceux-ci ne sont contenues que dans le second chapitre ! En d’autres termes, ce n’est que le début de l’aventure du voyageur. Même si Le mariage du Ciel et de l’Enfer est un texte “court” (environ 60 pages) c’est une oeuvre dense et absolument indispensable à tout lecteur qui se respecte.

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