Eratosthène : sur la piste d’un éclaireur

Thierry Crouzet nous a habitués à l’éclectisme : sa bibliographie sonne comme un appel à la curiosité, à l’inventivité et résonne souvent comme un coup de pied dans la fourmilière de l’intelligence collective. Qu’il aborde des sujets aussi variés que la déconnection des réseaux, l’identité numérique, les nouvelles technologies, l’édition, la démocratie ou la médecine, le ton reste le même : celui de la curiosité critique et de la recherche de voies alternatives rationnelles. On trouvera rarement, sinon sur son blog, de grandes envolées lyriques ou de coup de sang dans sa littérature : l’homme est un pragmatique. Mais sous des dehors cadrés bouillonne toujours l’esprit de la rébellion contre l’ordre établi, contre ce qui devrait être, contre ce qui n’est supposément pas possible.

Ainsi en va-t-il de son portrait d’Eratosthène, inventeur de la géographie moderne des dizaines de siècles avant l’irruption des premiers satellites, de Marco Polo et d’Amerigo Vespucci. Comme Crouzet, Eratosthène bout : la grandeur du monde antique est déjà derrière lui, mais lui ne peut se satisfaire de mélancolie ou assumer la décadence : il regarde vers l’avant et la science est son étendard. Longtemps avant tout le monde, avant que Colomb ne fasse son trajet hasardeux, avant que Galilée et Copernic ne s’attirent les foudres de l’Église, il invente le concept même de géographie et trace des cartes du monde sans nul autre pareil, tout en calculant, à 1000km près, la circonférence de la Terre. Mathématicien, il écrit une méthode qui permet de déterminer les nombres premiers par exclusion. Historien, il trace des chronologies royales et invente l’historiographie moderne. Voyageur, philosophe, directeur de la grande bibliothèque d’Alexandrie, Eratosthène ne manque pas de faire penser à un Léonard de Vinci antique, dont les travaux ont pour longtemps bouleversé les schémas de la science et sur les fondations desquels nous continuons de nous appuyer aujourd’hui.

Thierry Crouzet n’aime pas quand on lui parle de roman centré sur les personnages : selon lui, c’est un monde qu’il décrit, une époque, un contexte, un paradigme dans lequel les personnages évoluent. Je ne suis pas totalement de son avis : à lire son Erathostène, on oscille entre la sensation de lire un roman historique et un livre d’histoire. Ses personnages portent un tel poids symbolique, un tel fardeau historique, qu’ils ne peuvent s’empêcher d’exister de façon presque charnelle, peut-être même contre la volonté de son auteur : j’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à suivre les tribulations de ce brillant savant qui n’est pas qu’un cerveau, mais aussi des yeux, des mains, une peau, des tripes et un coeur. Et c’est justement la force du roman historique : l’empathie qu’on génère en plaquant des émotions sur des personnages morts depuis des millénaires nous fait adhérer au reste du propos. Il n’y a pas, selon moi, d’empathie sans chair, sans possession, et c’est heureux qu’elle soit présente. En parcourant ce long roman scientifique et historique et scientifique aux chapitres courts, j’ai compris pourquoi Thierry Crouzet a passé plus de 10 ans à l’écrire : l’économie des mots, l’apparente rationalité de chaque description, la beauté de chaque paysage, de chaque lumière, est véhiculée par une économie de mots qui au premier abord pourrait paraître resserrée, mais qui n’est que le résultat d’un choix de vocabulaire méticuleux, comme si chaque mot avait été pensé plutôt que craché. C’est un objet poli, au sens artisanal du terme, et ses dehors austères sont pour moi l’expression d’une exubérance intraduisible autrement que par la précision d’horloger d’un écrivain.

Quant au choix du présent, il m’a bien entendu tout de suite parlé : Thierry Crouzet nous raconte l’Antiquité au présent pour mieux nous embarquer, nous faire vivre les évènements qu’il décrit, pour mieux symboliser la continuité aussi, admirablement retranscrite dans les chapitres de conclusion, qui retracent les grandes avancées scientifiques du siècle dernier, comme si tout cela n’était qu’un héritage perpétuel, une histoire où il n’y a pas de rupture, où chacun construit sur les épaules des autres. La curiosité, comme souvent, est le moteur de la création. Et s’il est quelque chose qu’on ne peut pas reprocher à Thierry Crouzet, c’est de manquer de curiosité. Comme un professeur d’école à l’enthousiasme communicatif, il nous entraîne à l’ombre de la bibliothèque d’Alexandrie sans l’air d’y toucher, par touches subtiles. Mais à bien y regarder, sa main s’est agrippée à votre poignet et vous tire vers le haut, vers plus d’humanité.

Eratosthène est sorti le 28 août dernier aux éditions de L’âge d’homme. Vous pouvez aussi, bien entendu, le trouver en version numérique.

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Wonderbook : l’imagination comme matière première

Il y avait longtemps que j’avais envie de lire le Wonderbook de Jeff Vandermeer, un auteur que j’avais découvert il y a plusieurs années avec La Cité des Saints et des Fous, paru en 2006 dans l’excellente (et défunte, à ma plus grande tristresse — mélange de détresse et de tristesse) collection Insterstices, chez Calmann-Levy.

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livres-la-cite-des-saints-et-des-fous-66Il y avait longtemps que j’avais envie de lire le Wonderbook de Jeff Vandermeer, un auteur que j’avais découvert il y a plusieurs années avec La Cité des Saints et des Fous, paru en 2006 dans l’excellente (et défunte, à ma plus grande tristresse — mélange de détresse et de tristesse) collection Insterstices, chez Calmann-Levy. Je vous en conseille d’ailleurs chaleureusement la lecture : ce livre-univers m’a marqué par son inventivité et le talent que déployait son auteur à donner naissance de toutes pièces à une ville imaginaire aux dimensions lovecraftiennes. J’imagine qu’on doit toujours pouvoir le trouver ici ou là. J’ai également lu il y a quelques semaines, du même auteur, le premier volet de la trilogie Southern Reach, intitulé Annihilation… et la vache ! — je vous le conseille aussi. Bref. Jeff Vandermeer, vous pouvez y aller, c’est du très bon. Et pour ne rien gâcher, pour peu que vous lisiez en anglais, son écriture est vraiment très belle, raffinée et vaporeuse comme je les aime, et pourtant quelquefois très organique.

Wonderbook-largeLe Wonderbook n’est pas un ouvrage de fiction, mais un Illustrated Guide to Creating Imaginative Fiction : en somme, c’est un livre qui parle de l’acte d’écrire des livres, et plus spécialement de la fiction fantastique / fantasy / SF, même si l’auteur nous rappelle régulièrement que les conseils prodigués peuvent servir pour beaucoup d’autres genres littéraires et artistiques. Ce que j’aime dans ce livre est qu’il prend les habituels conseils à rebrousse-poil : ici, pas d’énoncé péremptoire, pas de commandements à ne jamais transgresser, pas de règles prédéfinies. C’est une approche très organique du travail de l’écrivain, qui se base sur le bon sens, mais aussi sur une certaine liberté de création. L’ouvrage se veut autant être une mine de conseils (il est truffé de témoignages d’autres auteurs, et c’est ce qui fait aussi sa richesse, car il ancre les conseils dans des situations très précises) qu’une invitation à la flânerie imaginative (il est parsemé de nombreuses illustrations surréalistes) : en somme, n’importe quel auteur peut vouloir l’ouvrir pour simplement s’y promener au fil des pages et, peut-être, y trouver l’inspiration.

Le premier chapitre commence par la base de la base : l’imagination. Il se découpe en de nombreux témoignages d’auteurs ayant eu à subir des blocages, mais aussi de petits trucs très pratiques pour enrichir son imagination et s’entraîner à la faire grandir. La curiosité demeure le maître-mot. Il faut savoir s’ouvrir sur l’extérieur, être le plus réceptif possible et savoir reconnaître une bonne idée — ou peut-être juste une bribe d’idée, une situation, une phrase entendue dans la rue, un visage étrange, un paysage inspirant — pour pouvoir la réutiliser. Transporter un carnet et un crayon avec soi est indispensable, Vandermeer est très clair à ce sujet : les téléphones portables se déchargent, s’effacent, là où le papier fonctionne partout et tout le temps, pour peu qu’on pense à se munir de stylos qui fonctionnent. Noter est important, car il permet non seulement de se souvenir, mais d’intégrer, de graver dans son subconscient. Souvent, les meilleurs idées naissent d’associations : noter permet quelquefois de faire ressurgir une vieille idée, un souvenir qui attendait dans l’ombre de notre mémoire, et de le combiner avec une situation nouvelle qui, au final, donne naissance à quelque chose de complètement nouveau. Vandermeer critique aussi l’originalité : celle-ci n’est pas forcément inhérente à la création, et ne doit pas être vue comme un obstacle. En étant honnête avec soi, en écrivant à propos de ce qui nous intéresse, de ce que nous connaissons ou de ce dont nous avons fait l’expérience (pas obligatoire, contrairement à ce que beaucoup de manuels d’écriture disent), de ce qui nous fascine, nous fait peur ou nous effraie, nous toucherons une certaine forme d’originalité personnelle qui se suffit à elle-même. Il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort : un écrivain est un explorateur, qui ne craint pas de s’intéresser à tout et de grapiller son matériau un peu partout.

Je me permets de vous traduire les quelques mots de la conclusion, dans laquelle l’auteur récapitule ce que, selon lui, le lecteur devrait absolument  retenir du premier chapitre consacré à l’inspiration et l’imagination :

  • Méfiez-vous des conseils des gens qui affirment que vous avez trop d’imagination. Trop d’imagination, ça n’existe pas.
  • N’auto-censurez pas ces flashs d’imagination qui peuvent vous frapper brusquement au motif qu’ils vous apparaîtraient stupides, légers, bizarres ou même déstabilisants. Même si vous ne faites pas usage de ce matériau, vous êtes en train d’expliquer à votre subconscient que vous êtes tout à fait prêt à croire que des ours ont emménagé dans l’appartement voisin.
  • Demeurez ouvert aux possibilités de jeux créatifs à plusieurs. L’écriture créative est une manière de muscler votre imagination. En l’exerçant à plusieurs, vous permettez aux autres de se muscler aussi.
  • Ne ressentez pas d’impatience face au temps qu’un roman ou une histoire exige pour prendre forme dans votre esprit avant la rédaction. Prendre le temps de mettre en forme dans sa tête avant d’écrire est une partie importante du processus d’écriture.
  • N’excluez pas d’incorporer des éléments autobiographiques dans vos travaux de fiction, même fantasy  : cela sauvera souvent ce qui autrement paraîtrait comme de la matière inerte.
  • Protégez férocement votre imagination et nourrissez-la.

Le Wonderbook de Jeff Vandermeer est un livre très enthousiasmant, et j’aurai l’occasion de vous en parler encore lors de prochains billets. En attendant, je vous conseille également la lecture du Manuel d’Écriture et de Survie de Martin Page (éditions du Seuil), un ouvrage en forme de dialogue avec une jeune auteure que j’ai dévoré et qui, lui aussi, contient bon nombre de conseils pratiques et de considérations générales sur le métier d’écrivain.

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Héléna Blavatsky et les Stances de Dzyan : aventurière occulte à la Indiana Jones ou charlatan ?

Ça commence comme dans une nouvelle de Lovecraft, ou dans un épisode des aventures d’Indiana Jones : votre serviteur, profitant d’un séjour de quelques semaines en Inde, en profite pour fureter dans toutes les librairies et les bibliothèques qu’il trouve sur son chemin. La plupart du temps, il ne trouve rien d’intéressant. Mais quelquefois, en fouillant du côté des étagères poussiéreuses des musées, on tombe sur de petites pépites, comme ce jour de Juillet au Musée des Peuples Tribaux à Hyderabad, en plein centre du pays, sous une chaleur de plomb.  Au rez-de-chaussée, dans une longue salle remplie d’étagères en ferraille, se trouve la bibliothèque de consultation. On y trouve des choses variées, de Harry Potter à des essais modernes sur la condition indigène. Mais un meuble a plus particulièrement attiré mon attention. Un petit papier scotché sur la vitrine fendue indiquait Used Books. Derrière le panneau vitré, un vague tas de livres décousus, démembrés et couverts de poussière. Il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. Et là, surprise : le premier livre sur lequel je tombe est celui-ci.

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La Doctrine Secrète de Héléna Blavatsky est un condensé de la pensée ésotérique de l’auteure, qui par ailleurs aura eu une vie parfaitement rocambolesque que Jacques Bergier, dans son ouvrage Les Livres maudits paru à la légendaire collection Aventure Mystérieuse , m’aura fait découvrir. Sans lui, je serais probablement passé à côté de La Doctrine Secrète sans y faire attention. Il est l’auteur, entre autres, du célèbre Matin des Magiciens.

Héléna Blavatsky, donc, aura connu une existence des plus folles, comme le raconte Jacques Bergier.

Héléna Pétrovna Blavatsky naît en Russie le 30 juillet 1831 sous le signe de multiples calamités. Dès son baptême, cela commence : la chasuble du pope prend feu, il est gravement brûlé […] Après ce brillant début, dès l’âge de cinq ans, [elle] répand la terreur autour d’elle en hypnotisant ses compagnons de jeu ; l’un d’eux se jette dans la rivière et se noie. À l’âge de 15 ans, elle commence à développer des dons de clairvoyance […] et en particulier découvre des criminels que la police est incapable de démasquer. L’affolement commence à régner, on envisage de mettre la jeune fille en prison jusqu’à ce qu’elle fournisse […] des explications raisonnables. […] On la marie, pensant la calmer, mais elle s’échappe et s’embarque à Odessa pour Constantinople. De là elle arrive en Égypte.

Arrivée au Caire, Héléna fait la connaissance d’un magicien copte, qui est aussi très versé dans la littérature musulmane (ça ne vous rappelle personne?) qui lui apprend l’existence d’un mystérieux manuscrit dont l’original est détenu par des moines du Tibet et gardé jalousement. Néanmoins, il lui enseigne la manière de consulter cet ouvrage par la pensée. D’après le magicien, le livre révèle des secrets plus vieux que l’humanité, et notamment l’histoire de planètes éloignées peuplées de civilisations avancées qui auraient connues la Terre avant l’apparition de l’Homme.

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Jacques Bergier se permet ensuite de citer le Maître de Providence.

Comme le dit H.P. Lovecraft, « Les théosophes annoncent des choses qui glaceraient le sang de terreur si elles n’étaient pas énoncées avec un optimisme aussi désarmant que béat. »

Blavatsky possède, entre autres qualités (ou défauts) une imagination sans limite. Elle prend les divagations du magicien au pied de la lettre et s’emballe littéralement, avant de se jeter à corps perdu dans l’étude de ces fameuses Stances de Dzyan. En résulteront de nombreux ouvrages auxquels les occultistes font encore aujourd’hui référence, dont Isis Dévoilée et la fameuse Doctrine Secrète.

« Plus tard, elle prétendra posséder, sous la forme d’un livre, ces Stances de Dzyan. En quittant le Caire, elle va à Paris, où elle vit des subsides de son père. Puis à Londres, puis en Amérique où elle prend contact avec les Mormons et étudie le Vaudou. Après quoi elle se fait bandit au far-West — je n’exagère pas, c’est historique. »

Elle rencontre ensuite un mystérieux personnage dont les initiales sont H.K., avec lequel elle entretiendra une longue correspondance et dont les motivations demeurent floues. Quoi qu’il en soit, Héléna apprend beaucoup à son contact. Bergier raconte qu’avant de le rencontrer, sa bibliothèque n’était constituée que de romans de gare mais qu’à partir de cette époque, elle s’enrichit d’ouvrages beaucoup plus sérieux, voire hermétiques.

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De 1852 à 1863, Blavatsky voyage sans cesse : Inde, New-York, de nouveau le Far-West, puis Calcutta (elle essaie d’entrer au Tibet mais elle est refoulée à la frontière). 

Elle commence à recevoir des avertissements : si elle ne restitue pas les Stances de Dzyan, il lui arrivera malheur. En effet, en 1860, elle tombe malade. Pendant trois ans, elle fuira en Europe comme si elle était pourchassée. En 1870, elle revient d’Orient à bord d’un navire qui franchit le canal de Suez qu’on vient de percer. Le navire explose. […] La plupart des voyageurs sont réduits en poudre tellement fine qu’on ne retrouve même pas trace de leur cadavre […] Mme Blavatsky en réchappe par on ne sait quel miracle. Elle essaye de faire une conférence de presse à Londres. Un fou (?) lui tire dessus à coups de pistolet. Il déclare ensuite qu’il a été téléguidé […] Elle organise une conférence de presse pour présenter les Stances de Dzyan, pensant ainsi supprimer la menace. Mais le coffre-fort disparaît. […] Mme Blavatsky est alors tout à fait persuadée qu’elle lutte contre une société secrète extrêmement puissante.

Quelques années plus tard, Héléna fait la connaissance d’Henry Steel Olcott, un homme d’affaires passionné d’occultisme avec lequel elle fonde la Société Théosophique.

Les signes et les prodiges se manifestent aussitôt. La société veut faire incinérer la dépouille mortelle du baron de Palm […] Dès qu’on y place le cadavre […], le bras droit de celui-ci s’élève vers le ciel en signe de protestation. Au même instant, un incendie géant éclate à Brooklyn : un grand théâtre brûle et deux cents New-Yorkais périssent.

Olcott et Blavatsky partent en Inde en 1878-1879 pour y rencontrer des Grands Maîtres de la Loge Blanche. Le président des Etats-Unis soutient en personne leur initiative et leur offre des passeports diplomatiques.

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Ces documents leur éviteront plus tard d’être mis en prison aux Indes par les anglais comme espions russe.

Mais le voyage tourne au vinaigre : entre arrestations arbitraires, vol d’argent, disparition de papiers, perquisitions, surveillance permanente, et l’expédition commence à croire qu’on veut vraiment lui nuire, pire, qu’on lui a déclaré la guerre. Les menaces s’intensifient. Si elle parle des Stances de Dzyan, elle court au devant de graves dangers, la prévient-on.

Elle a maintenant en sa possession les Stances de Dzyan, qui n’est même pas en sanscrit mais rédigé dans une langue appelée Senzar dont personne n’a jamais entendu parler […] Blavatsky traduit elle-même ce texte en anglais […] j’ai pu consulter en 1947 ce document à la Bibliothèque du Congrès de Washington. Il est très curieux et mériterait d’être étudié.

Alors, la « conspiration » explose et l’on frappe Héléna là où la douleur sera la plus vive : dans sa crédibilité.

La Société de recherche psychique anglaise publie un rapport absolument accablant […] : Mme Blavatsky n’est qu’un prestidigitateur tout à fait banal ; toute son histoire est une escroquerie. Elle ne se remettra jamais de ce rapport. Elle vivra jusqu’en 1891, complètement démolie psychiquement, dans un état de dépression mentale lamentable.

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Héléna Blavatsky termine ses jours à Paris, rue Notre-Dame de Lorette, avant de retourner à Londres pour y mourir en 1891. Selon l’auteur, on découvrira plus tard qu’une véritable conspiration avait été mise à l’oeuvre, notamment par le gouvernement indien, semblant démontrer que certains intérêts occultes devaient être protégés. Jacques Bergier poursuit ses propres investigations sur le sujet et dit avoir découvert des ramifications étonnantes.

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Les Livres Maudits est une véritable mine pour amateurs de crypto-bibliophilie et écrivains de fantastique en mal d’inspiration. Ce n’est néanmoins pas une raison pour prendre tout le livre au sérieux, bien entendu. Mais plusieurs histoires valent le coup d’être lues.

Celle d’Héléna Blavatsky en fait partie, et je ne doute pas qu’Hollywood en ferait certainement un très bon film à rebondissements.

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