En finir avec l’école pour s’instruire autrement : la philosophie d’Ivan Illich

Ivan Illich est la bête noire de l’Éducation nationale. Né à Vienne en 1926 et mort en 2002, il est l’un des penseurs les plus iconoclastes du 20ème siècle, et sans aucun doute l’un des plus modernes. Spécialiste de l’école, mais aussi de l’environnement, son travail inspire aujourd’hui bon nombre d’enseignants qui, face aux difficultés rencontrées dans l’exercice de leur métier, tentent l’aventure des pédagogies alternatives (Montessori, Freinet, apprentissage par l’expérience, Steiner-Waldorf, etc…). Et les parents ne sont pas en reste, avec un appétit grandissant du public pour de tels sujets – le succès en librairie de Céline Alvarez avec son ouvrage Les lois naturelles de l’enfant en témoignait encore récemment.

Alors que dit Illich à propos de l’école ? Eh bien, pour résumer, qu’il faudrait qu’elle disparaisse. Ou plutôt qu’elle se transforme de façon si radicale que l’on ne pourrait plus la reconnaître. Car, toujours selon Illich, celle-ci n’est qu’une machine à broyer les personnalités, un engrenage administratif où les jeunes êtres humains sont fondus dans un moule pour tous identique et qui au final ne fait qu’empirer les problèmes qu’elle est censée résoudre.

une salle de classe dans une école américaine

Il ne faut pas confondre école et éducation

Dans son livre Une société sans école (1971), Illich considère que notre première erreur en tant que société est d’accepter le monopole de l’école sur l’éducation et de lui confier tout entière la responsabilité de l’instruction de notre progéniture.

Dans le monde entier, l’école nuit à l’éducation, parce qu’on la considère comme seule capable de s’en charger. Et beaucoup en viennent à croire que ses nombreux échecs prouvent que l’éducation demeure une tâche coûteuse, d’une complexité incompréhensible, que c’est une alchimie mystérieuse – la recherche, pourquoi pas, de la pierre philosophale !

La seconde erreur, c’est celle de penser que l’école résout les problèmes d’inégalité sociale – on constate d’ailleurs aujourd’hui qu’elle ne fait que les reproduire, voire les aggrave par des effets de ghettoïsation.

Le but qu’il faut poursuivre, qui est réalisable, c’est d’assurer à tous des possibilités éducatives égales. Confondre cet objectif et la scolarité obligatoire, c’est confondre le salut et l’Église. L’école est devenue la religion mondiale d’un prolétariat modernisé et elle offre ses vaines promesses de salut aux pauvres de l’ère technologique. L’État-Nation a adopté cette religion, enrôlant tous les citoyens et les forçant à participer à ses programmes gradués d’enseignement sanctionnés par des diplômes.

Car le passage par l’école conditionne aujourd’hui toute l’existence : il n’est pas de salut en dehors d’elle. Pour postuler à une offre d’emploi, il faut la plupart du temps répondre à certains critères de formation, notamment universitaire. Tout cela contribue à former un « passé scolaire » qui ne nous quitte plus jamais – et dans lequel certains d’entre nous peuvent se sentir enfermés.

Il faudrait interdire ces renseignements que l’on demande sur un passé scolaire (au même titre que toute information sur une appartenance politique, religieuses, sur les origines familiales, sur les habitudes sexuelles ou la race…). Mettre fin à la discrimination fondée sur la scolarité doit, certes, s’inscrire dans la législation, mais des lois ne suffiront pas à faire disparaître les préjugés à l’encontre de ceux qui ne sont pas allés à l’école. Elles pourront tout au moins y contribuer.

Sans compter qu’à une époque où les moyens de se former en dehors du cadre scolaire pullulent grâce à internet – il suffit de voir le nombre de gens qui partagent leur savoir à travers des mooks, ou même tout simplement sur des blogs ou via YouTube –, il conviendrait de revoir certains privilèges :

Constatons également qu’en entretenant aux yeux du public l’illusion de la nécessité d’une longue et coûteuse formation bien des corps de métier trouvent là une forme de protection ; cela est vrai de l’enseignant comme du typographe ou du pharmacien.

école : un étudiant reçoit son diplôme d'université

La construction du « mythe » de l’enfance

Au fond, l’école telle que nous la connaissons aujourd’hui est une construction récente : auparavant, les parents se chargeaient eux-mêmes de l’instruction de leurs enfants et leur transmettaient savoir et savoir-faire, à commencer par leur propre métier. On considérait les jeunes personnes aptes à endosser des responsabilités beaucoup plus tôt qu’aujourd’hui – d’ailleurs le concept « d’enfance » est lui-même une idée récente.

Vêtements d’enfant, jeux d’enfant, protection légale de l’enfant, voilà des choses que ne concevaient autrefois ni les pauvres ni les riches. Ces idées commencèrent d’apparaître avec le développement de la bourgeoisie. Garçons et filles du tiers état et de la noblesse s’habillaient tous de la même façon que leurs parents, jouaient aux mêmes jeux, et les fils, comme leurs pères, être décapités ou pendus haut et court ! La bourgeoisie découvrit « l’enfance » et tout allait changer. Seules quelques églises continuèrent de respecter un temps la dignité et la maturité des enfants. Jusqu’au deuxième concile du Vatican (1965), on continuait d’enseigner qu’un chrétien accède au discernement moral et à la liberté dès l’âge de sept ans. […]

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les « enfants » de la bourgeoisie étaient formés à la maison, grâce à des précepteurs, ou confiés à des écoles privées. Avec l’avènement de la société industrielle, il devint possible de mettre un nouveau produit à la portée de tous, et les « enfants » commencèrent à sortir des chaînes du système scolaire !

Bien sûr, personne n’a envie de revoir des enfants descendre dans les mines de charbon. Pourtant il suffit de faire quelques milliers de kilomètres pour en rencontrer, en Afrique par exemple, où des enfants travaillent encore dans des mines de métaux rares.

Illich considère que contraindre artificiellement l’enfant à une posture « infantilisée » est une erreur. Ainsi ce « droit à l’enfance » (qui serait pourtant bien nécessaire dans certains pays) nous serait chez nous imposé par notre société pour maintenir les enfants dans une posture de faiblesse et exercer sur eux une autorité qui ne saurait être discutée – ainsi l’adulte dispose du destin de l’enfant comme il l’entend, qu’il soit son parent ou son professeur.

S’il n’y avait pas d’âge spécifique et défini par la loi, ni de système scolaire obligatoire, « l’enfance » n’aurait plus cours. […] Si la société parvenait à mûrir, à dépasser sa propre enfance, il lui faudrait devenir vivable pour les jeunes. On ne saurait conserver plus longtemps cette séparation tranchée entre une société adulte qui se prétend humaine et un milieu scolaire qui tourne la réalité en dérision.

Une petite fille se cache les yeux

La scolarité, indispensable ou seulement obligatoire ?

Selon Illich, l’école ne fait que perpétuer des illusions toxiques, à commencer par celle de son caractère irremplaçable.

L’école est une institution fondée sur l’axiome que l’éducation est le résultat d’un enseignement. […] Où avons-nous donc appris la plus grande part de ce que nous savons ? En dehors de l’école. Le plus souvent les élèves font leur éducation sans l’aide de leur maître, parfois malgré lui. […] C’est sorti de l’école, ou en dehors, que tout le monde apprend à vivre, apprend à parler, à penser, à aimer, à sentir, à jouer, à jurer, à se débrouiller, à travailler. […]

La moitié des êtres humains n’entrent jamais dans une école. Ils n’ont aucun contact avec des enseignants ; ils ne jouissent pas du privilège de devenir des cancres. Pourtant ils apprennent fort bien le message que transmet l’école : qu’ils doivent avoir des établissements scolaires et qu’il faut qu’il y en ait de plus en plus. Le percepteur leur fait verser de l’argent pour qu’on en construise, le démagogue leur vante les bienfaits qu’ils ont à en attendre ; les voilà instruits de leur propre infériorité, ou bien leurs enfants s’en chargent une fois qu’ils en ont absorbé le poison. Ainsi on vole aux pauvres leur respect d’eux-mêmes en les convertissant à une foi qui ne leur promet le salut que par l’école. […] Bref, les écoles créent des emplois pour les enseignants, sans que l’on tienne jamais compte de ce qu’ils transmettent à leurs élèves.

Accusée par Illich de n’être qu’une bulle, une enclave obligatoire destinée à tordre la réalité du monde ou à dispenser un enseignement inutile, l’école est ainsi un levier formidable pour une société qui veut contraindre ses enfants à l’obéissance, en leur inculquant dès le départ des idéaux de discipline, de ponctualité, d’assiduité et d’apprentissage par cœur.

En classe, les élèves sont tenus à l’écart de la réalité quotidienne de la culture occidentale. Ils vivent dans un milieu beaucoup plus primitif, magique, et d’un sérieux mortel. L’école ne saurait créer une telle enclave, où les règles de la vie ordinaire n’ont plus cours, si elle n’avait pas le pouvoir d’incarcérer les jeunes plusieurs années de suite sur son territoire sacré. Cette obligation de la présence change la salle de classe en une sorte de matrice magique […].

Libres de s’éduquer sans être jugés

Au fond, Illich plaide pour une éducation sur le long terme, et non plus cristallisée sur les premières années de la vie, où les individus sont malléables et influençables. D’ailleurs qui n’a jamais eu l’impression d’avoir commis un jour une erreur d’orientation ? Évoquant des temps plus anciens où l’on restait parfois apprenti toute sa vie, Illich explique :

L’éducation ne cherchait pas à empiéter sur le temps de travail ou de loisir. Tout éducation était une activité diversifiée, qui durait toute une vie et n’était pas soumise à un plan d’ensemble.

L’éducation est l’affaire de toute une vie – et l’école n’est qu’une étape possible de cette démarche, sans qu’elle en détienne pour autant l’exclusivité. Comment améliorer les choses ? Sans doute, dans un premier temps, en faisant davantage confiance aux enfants, en les écoutant pour les laisser nous dire ce dont ils ont besoin ; et non pas le contraire. Prendre le temps aussi de s’instruire, tout au long de l’existence, et briser les schémas sociétaux qui cassent les vocations tardives. Faire confiance aux enfants, mais aux parents aussi – les relations parents/professeurs sont trop souvent conflictuelles pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le bien-être de l’enfant, mais avec la position et l’autorité. Revoir plus généralement la relation de l’adulte à l’enfant. Enfin tenir l’école pour ce qu’elle est, non pas pour ce qu’elle devrait être ou pour le symbole qu’elle représente. Prendre nos décisions en conséquence, avec clarté d’esprit, et trouver nos propres solutions – nos propres arrangements.

Et Illich de trancher :

Sans aucun doute, l’éducation a tout à gagner de la déscolarisation de la société, même si cette exigence paraît à bien des enseignants une trahison face à la lutte contre les ténèbres de l’ignorance. Mais la lumière s’est éteinte depuis bien longtemps dans les écoles.

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On peut trouver l’essai d’Ivan Illich Une société sans école en format poche aux éditions Points (Seuil), mais également au sein des Œuvres complètes éditées chez Fayard (deux tomes). Mais ne venez pas vous plaindre après lecture d’avoir eu le cerveau retourné.

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Kim Jong-un, ce Génie aux dix mille talents (il paraît)

Dans son livre La dynastie rouge, Pascal Dayez-Burgeon déroule l’histoire de la Corée du Nord des origines à nos jours : à l’heure où Donald Trump joue à qui a le plus gros bouton nucléaire avec le dernier monarque de la lignée des Kim, cette lecture a le mérite de replacer ce conflit qui ne dit pas son nom dans son contexte. C’est aussi une bonne occasion de mesurer la mégalomanie des dictateurs qui de père en fils se sont légués les rênes du pays. Ainsi, en fin d’ouvrage, l’auteur livre en appendice une liste des titres honorifiques attribués à Kim Jong-un, son père Kim Jong-il et à son grand-père Kim Il-sung. Et autant vous dire que ça vaut le détour.

Liste des titres attribués à Kim Jong-un, Kim Jong-il et Kim Il-sung

  • Le Commandant suprême
  • Notre Père
  • Le Père du peuple
  • L’Étoile brillante du mont Paektu
  • L’Exceptionnel Stratège militaire
  • Le Guide d’acier
  • Le Soleil du XXIème siècle
  • Le Fils de l’humanité
  • Le Ciel éternel
  • L’Incarnation parfaite de ce que doit être un dirigeant
  • Le Soleil de l’avenir communiste
  • Le Guide des rayons du soleil
  • Le Symbole de l’unification de la patrie
  • Le Destin de la nation
  • Le Commandant invaincu à la volonté de fer
  • Le Soleil du socialisme
  • Le Dirigeant mondial du XXIème siècle
  • Le Glorieux Général descendu du ciel
  • Le Soleil éclatant du juché
  • La Personnification supérieure de l’amitié fraternelle révolutionnaire
  • Le Génie aux dix mille talents
  • Le Cerveau parfait
  • Le Génie de la Révolution
  • Le Soleil rouge des peuples opprimés
  • La Lumière du genre humain
  • Le Sommet de la pensée
  • Le Phare de l’espoir

Comment voulez-vous après tout ça que Kim Jong-un, le petit dernier, ne choppe pas la grosse tête ?

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Être un épicurien, qu’est-ce que ça veut dire ? (selon Épicure)

La récente lecture du livre de Caitlin Doughty From Here to Eternity, qui traite de la mort et de la manière dont certaines sociétés l’appréhendent différemment de nous autres, occidentaux, m’a donné envie de me replonger dans les philosophes grecs. Et s’il en est un parmi eux qui s’est intéressé de près à la mort et à la manière dont nous devrions vivre pour la craindre le moins possible, c’est bien Épicure (-342 | -270).

De nos jours, on connaît principalement Épicure pour l’adjectif auquel il a prêté son nom : un épicurien, dans le langage courant, désigne un bon vivant, quelqu’un qui profite des bons côtés de la vie sans se soucier du lendemain, parfois avec excès. Mais il est amusant de noter que ce mode de vie n’est absolument pas en accord avec la doctrine d’Épicure, pour qui la prudence était « la mère de toutes les vertus ». En somme Épicure se serait sans doute senti beaucoup plus proche d’un bouddhiste zen dans un monastère japonais – ou d’un maître Jedi – que de votre tonton bourré qui aime bien faire la fête.

une femme fait face à un lac, bras écartés

Crédits photo: Tessa Rampersad, via Unsplash

Épicure n’a pas peur de la mort

Car pour parvenir à mener ce qu’Épicure nomme la « vie agréable », il faut avant tout faire le tri dans nos passions (au sens du grec πάθος, pathos, la souffrance, le supplice, l’affect) et adopter la posture du sage. Et il n’y a pas d’âge pour philosopher, comme le fait remarquer l’auteur en introduction de sa Lettre à Ménécée.

Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme.

La philosophie d’Épicure part d’un constat face à l’inévitabilité de la mort, et donc de notre propre mortalité : l’épicurien n’a aucune raison valable de la craindre. Il devrait donc ne pas en avoir peur. Car puisque nous jugeons du mal et du bien au travers de nos sensations – plaisir et souffrance –, et que la mort est privation de nos sensations, alors la mort n’est rien pour nous : « hors de la vie, il n’y a rien de redoutable ».

Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l’attente d’une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence. Ainsi, celui de tous les maux qui nous donne le plus d’horreur, la mort, n’est rien pour nous puisque tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas. Et que quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n’existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu’elle n’a rien à faire avec les premiers et que les seconds ne sont plus.

Faire le point sur ses besoins et ses désirs

Une fois cette crainte évacuée, Épicure conseille de réfléchir à nos désirs, et de réévaluer nos besoins à la baisse, en triant d’un côté les désirs naturels (parmi lesquels se trouvent également des désirs nécessaires) et les désirs vains.

L’habitude d’une nourriture simple et non pas celle d’une nourriture luxueuse, convient donc pour donner la pleine santé, pour laisser à l’homme toute liberté de se consacrer aux devoirs nécessaires de la vie, pour nous disposer à mieux goûter les repas luxueux, lorsque nous les faisons après des intervalles de vie frugale, enfin pour nous mettre en état de ne pas craindre la mauvaise fortune.

Pour Épicure, moins on a de besoin, plus on est en position d’être heureux. Car si jamais le sort venait à nous priver du superflu, alors nous n’en serions pas ennuyés.

Quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des voluptueux inquiets, ni de ceux qui consistent dans les jouissances déréglées, ainsi que l’écrivent les gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. Le plaisir dont nous parlons est celui qui, pour le corps, consiste à ne pas souffrir, et pour l’âme à être sans trouble.

C’est ainsi que l’on désigne l’ataraxie (un terme d’abord employé chez Démocrite, avant d’être repris par les épicuriens) :  la tranquillité de l’âme, la paix intérieure que procure la modération, l’existence en harmonie avec soi-même et avec son environnement.

Épicure

Crédits photo: Tête d’ÉpicureMarie-Lan Nguyen (CC By, via Wikimedia)

Ne pas rechercher le plaisir à tout prix

Pour autant la quête du plaisir n’est pas absolue : elle doit suivre certaines priorités. Ainsi, un plaisir immédiat est parfois puni par une souffrance supérieure un peu plus tard. De la même façon, une souffrance immédiate est parfois récompensée d’un plaisir ultérieur plus grand. Si je décide par exemple d’aller au travail ce matin alors que j’ai très envie de profiter encore un peu de la tiédeur de mon lit, je serai récompensé par le plaisir de profiter encore de mon lit dans les prochaines semaines, puisque je pourrai payer mon loyer. Cela m’évitera également la souffrance de coucher sur un banc, que je considère comme supérieure (enfin, j’espère) à celle d’aller travailler. En toutes choses il faut savoir faire preuve de prudence et de modération.

Médite donc tous ces enseignements, et tous ceux qui s’y rattachent, médite-les jour et nuit, à part toi et aussi en commun avec ton semblable. Si tu le fais, jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables ne ressemble en rien à un être mortel.

On peut lire ou relire gratuitement l’intégralité de la Lettre à Ménécée (domaine public) en ligne, sur Wikisource par exemple. On la retrouve également imprimée chez différents éditeurs à des prix tout à fait raisonnables.

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Bandeau d'illustration : Xan Griffin, via Unsplash

D’ici à l’éternité : pourquoi les Torajas d’Indonésie n’ont pas peur de la mort

La mort fait peur à l’Occident. Nous cachons soigneusement nos défunts, confions le traitement des dépouilles à des entreprises funéraires impersonnelles et aseptisées et n’entrons en contact avec des corps morts qu’avec réticence – quand ce n’est pas du dégoût. Même les séries et le cinéma placent le mort qui revient hanter les vivants au sommet de l’échelle de ses frayeurs. Quant à nos aspirations, elles tendent le plus souvent vers la mort de la mort : ainsi notre société manifeste-t-elle un engouement immodéré pour le transhumanisme, ce mouvement, technologique autant que philosophique, qui promet grâce aux progrès de la science l’immortalité prochaine – du moins sur le papier.

Car ne vous emballez pas : seuls les plus riches pourront s’offrir un tel luxe. Les pauvres, eux, continueront de mourir comme avant. Ils seront enterrés dans des caveaux rarement visités, ou bien incinérés dans de grands fours fermés aux regards, et leurs cendres soigneusement stockées dans des réceptacles scellés avant oubli et recyclage. Death as usual. Les morts gênent car ils rappellent à notre société pressée, avide de sensations fortes, que nous les rejoindrons bientôt. La question d’acheter ou non le prochain iPhone se fait soudain moins pressante lorsqu’on prend conscience qu’on ne l’emmènera pas avec soi dans l’au-delà. Pas étonnant que le capitalisme veuille tenir les morts à l’écart.

Partant de ce sinistre constat, Caitlin Doughty s’est mise en tête d’aller voir ce qui se passait au-delà de nos frontières, dans d’autres cultures. Lasse des pratiques stériles qui transforment aujourd’hui la mort en une sorte de dernière étape-formulaire d’une vie régie de façon administrative, cette praticienne mortuaire américaine a tiré de ses voyages un livre passionnant, From Here to Eternityoù elle expose la manière dont d’autres peuples traitent leurs morts et leur rendent hommage. Et le contraste est saisissant : du Mexique à l’Espagne en passant par le Japon, l’Indonésie, la Bolivie, et même la Californie et le Colorado, d’autres pratiques témoignent d’une autre manière d’envisager la place des morts parmi les vivants. Certaines sont empruntes d’un symbolisme poétique, comme au Mexique avec le Día de los Muertos, et d’autres plus explicites.

Comme par exemple ce qui se passe dans les montagnes du Sud Sulawesi, une petite île de l’archipel indonésien, et plus spécifiquement à Tana Toraja. Là-bas, certains peuples autochtones – en l’occurence les Torajas – ont pour tradition de sortir régulièrement les morts de leurs tombes pour leur parler, les nettoyer et leur prodiguer des soins. Leur religion animiste se nomme le « Aluk to Dolo » (« la voie des ancêtres »), et même si les colons néerlandais y ont introduit le christianisme dans les années 1900, les Torajas demeurent fidèles à ces pratiques séculaires.

Une famille se prend en photo avec le corps momifié d'une défunte

Une famille se prend en photo avec le corps momifié d’une défunte | Landis Blair ©

Ainsi les morts sont-ils disposés dans des grottes ou des caveaux, accompagnés d’effigies en bois les représentant. Certains s’y décomposent tranquillement, mais puisque les Torajas pratiquent la momification de façon rituelle – autrefois uniquement de manière naturelle, aujourd’hui parfois avec des injections de fluide d’embaumement, comme la formaline –, la plupart des corps ressemblent à des momies.

Effigies Toraja en bois sculpté, alignées à flanc de montagne | Landis Blair

Effigies Toraja en bois sculpté, alignées à flanc de montagne | Landis Blair ©

Accompagnée dans son voyage par son ami Paul, pour qui ce n’est pas la première visite, Caitlin Doughty raconte :

À Toraja, pendant la période qui sépare le décès de la cérémonie funéraire, on garde le corps à la maison. Dit comme ça, ça n’a pas particulièrement l’air choquant… jusqu’à ce que je vous dise que cette période peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Pendant ce laps de temps, la famille prend soin du corps, le momifie, lui apporte de la nourriture, change ses vêtements et lui parle.

La première fois que Paul a visité Toraja, il a demandé à Agus s’il était inhabituel qu’une famille conserve le corps d’un proche décédé à la maison. Agus a ri de sa question. « Quand j’étais enfant, nous avons eu mon grand-père à  la maison pendant sept ans. Mon frère et moi dormions dans le même lit que lui. Le matin, nous lui enfilions ses vêtements et le dressions contre le mur. La nuit, il retournait au lit. »

Tel qu’il y a assisté, Paul décrit la mort à Toraja comme quelque chose qui ne serait pas une « frontière impénétrable », un mur infranchissable entre les vivants et les morts, mais une frontière qui peut être transgressée. Selon leur systèmes de croyances animiste, il n’y a pas non plus de barrière entre les aspects humains et non-humains du monde naturel : les animaux, les montagnes, et même les morts. Parler au cadavre de son grand-père est une manière de bâtir une connexion avec l’esprit de la personne.

Outre leurs rituels funéraires complexes et le rapport qu’ils entretiennent au quotidien avec les corps de leurs défunts, les Torajas célèbrent aussi le ma’nene’ : certaines années, ils ouvrent les tombeaux des morts plus anciens et les exposent au grand jour, pour mieux les habiller, les nourrir, leur offrir des cigarettes, et surtout leur témoigner d’une affection jamais éteinte.

Une famille déshabille le corps de son défunt | Landis Blair

Une famille déshabille le corps de son défunt | Landis Blair ©

Ainsi, Caitlin Doughty assiste aux « secondes funérailles » d’un cadavre qui, non seulement affublé de lunettes d’aviateur, ressemble étrangement à son ancien professeur de maths.

Un jeune homme a redressé la momie tandis qu’à l’aide d’une paire de ciseaux un autre découpait sa veste militaire, puis son pantalon, jusqu’en bas, dévoilant le torse et les jambes. Considérant que ce gentleman était mort depuis huit ans, il était remarquablement bien conservé, sans aucune entaille ou cassure visible dans sa chair. […]

Le corps ne portait plus rien d’autre qu’un caleçon et ses lunettes d’aviateur. La momie fut allongée par terre, avec un oreiller sous sa tête. On plaça un cadre 18x25 contenant le portrait du défunt – de son vivant – juste à côté. Il y ressemblait beaucoup moins à mon prof de maths qu’il ne lui ressemblait aujourd’hui, au terme de huit années de momification.

Les Torajas brossent alors son corps, enlèvent la poussière, lui changent ses vêtements.

Illustration : Landis Blair

Illustration : Landis Blair ©

Les laissant à leurs soins, Caitlin et Paul quittent le groupe et prennent la direction d’un autre site. Là, ils découvrent une quarantaine de corps à l’air libres, plus ou moins bien conservés, certains même emballés dans des couvertures Hello Kitty ou Bob l’éponge.

Une mère a déballé son fils, mort à seulement seize ans. Au début, on ne pouvait en voir qu’une paire de pieds racornis. Les mains ont émergé, et elles semblaient assez bien conservées. Des hommes de l’autre côté du corps ont tiré un peu dessus, histoire d’éprouver s’ils pouvaient le soulever sans qu’il s’effondre en morceaux. Ils ont réussi à le redresser à la verticale, et bien que son torse ait été préservé, son visage n’était plus que celui d’un squelette, à l’exception de ses dents et de ses épais cheveux bruns. Sa mère n’a pas eu l’air de s’en soucier. Elle était si contente de revoir son enfant, même pour un bref moment, même dans un tel état… Elle lui a pris la main et a caressé son visage.

Malgré l’aspect rebutant du spectacle aux yeux des occidentaux que nous sommes – même si je le trouve assez émouvant à titre personnel, celui-ci dit une chose importante à propos de la relation qu’entretiennent les Torajas avec leurs défunts : ils ne sont pas oubliés. Ils restent avec eux, dans leurs cœurs bien sûr, mais aussi physiquement.

Illustration : Landis Blair

Illustration : Landis Blair ©

Les villageois de la région sont des taxidermistes amateurs du corps humain. Mais considérant que les Torajas utilisent désormais des procédés chimiques similaires à celles qu’emploient les Nord-Américains pour embaumer leurs défunts, je me suis demandée pourquoi les occidentaux se montraient si horrifiés par cette pratique.  Peut-être que ce n’était pas cette préservation extrême qui les offensait, mais plutôt que le corps d’un Toraja ne se laissait pas enfermer dans un cercueil scellé ou emmurer dans une forteresse de ciment sous la surface du sol. Au lieu de ça, il osait rester encore un peu plus longtemps parmi les vivants.

Le livre de Caitlin Doughty From Here to Eternity est une salutaire invitation à la réflexion, sur la place que nous laissons aux morts et qui dit aussi beaucoup de la manière dont nous envisageons notre vie. Car à occulter l’inévitable, on se condamne à la fuite en avant.

couverture From Here to Eternity

L’ouvrage, magnifiquement illustré par Landis Blair, n’est malheureusement pas encore traduit en français (j’espère qu’il le sera), aussi sa lecture sera-t-elle pour le moment réservée aux personnes qui lisent l’anglais – un anglais simple et accessible cependant, à la portée de toutes les personnes ayant de bonnes notions de la langue. On peut en revanche trouver traduites chez Payot ses Chroniques de mon crématorium.

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Photo d'illustration: Mathew MacQuarrie, via unsplash.com

Robot, fais-moi un sandwich : comment votre futur androïde de maison saura-t-il où se trouve la cuisine ?

Nous naissons avec des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez pour sentir, une langue pour goûter et des mains pour toucher : en somme nous venons au monde avec tous les outils nécessaires à la compréhension de notre environnement. Mais les robots n’ont pas cette chance. Pour qu’ils voient, on doit les équiper d’une caméra. Pour qu’ils entendent, on doit leur intégrer des micros. Chez eux rien n’est inné : tout doit être construit, physiquement et intellectuellement. Et c’est un grand défi pour les ingénieurs en robotique d’aujourd’hui qui travaillent à fabriquer les robots intelligents de demain.

Dans son livre Le robot, meilleur ami de l’homme ? (2015, Éds du Pommier), Rodolphe Gelin aborde donc, parmi d’autres, la question capitale de la perception de l’environnement chez nos amis à circuits imprimés. Il faut préciser que Rodolphe Gelin sait de quoi il parle : après 20 ans passés au CEA, il est depuis 2009 responsable de la recherche chez Aldebaran Robotics, que vous connaissez déjà forcément : cette entreprise, fleuron de son industrie, s’est notamment faite connaître des médias et du grand public avec ses robots Neo et Romeo, aussi adorables que performants.

L’un des plus grands défis à relever quand on veut fabriquer un robot, c’est de le rendre capable de se repérer dans son environnement : comment voulez-vous qu’un robot domestique vous aide s’il ne trouve pas son chemin entre la cuisine et le salon ?

Pour cela il lui faut un capteur. Et il y a plusieurs solutions, la première étant d’employer un télémètre laser tournant :

Il va relever la distance de l’obstacle le plus proche dans toutes les directions autour de lui.  Cela va lui permettre de repérer tous les murs autour de lui. Le robot pourra donc en déduire s’il est bien au milieu du couloir et à quelle distance il est du bout du couloir. Connaissant la longueur du couloir et la position de la porte de la chambre de mon frère dans le couloir, grâce au plan de la maison, le robot pourra savoir s’il est arrivé à la hauteur de la porte et s’il peut tourner, ou s’il doit encore avancer un peu. Le laser lui permettra aussi de savoir si la porte de la chambre est ouverte ou fermée, et lui évitera donc de se jeter dans la porte fermée dans le deuxième cas.

Cette méthode est celle dite du SLAM (Simultaneous Localization and Mapping) : le robot dresse une carte des lieux lors d’une première exploration, puis s’y réfère pour ses déplacements suivants. C’est une technologie qui fonctionne bien, mais qui est coûteuse : le télémètre laser est une technologie très sophistiquée difficilement compatible avec un usage grand-public, en tout cas pour le moment.
Les ingénieurs ont donc cherché des solutions plus abordables, à savoir appliquer la mécanique du SLAM non plus à l’aide d’un télémètre laser ou de capteurs 3D, mais avec quelque chose de très bon marché : des caméras comme celles que nous avons sur nos smartphones. Problème : les images fournies ne sont plus en 3D, mais en 2D.

On peut voir dans une photo prise par une caméra si la porte en face du robot occupe une plus ou moins grande partie de la photo ; en revanche un robot ne peut pas savoir s’il est devant une très grande porte qui est loin ou si c’est une toute petite porte qui est tout près. Alors, pour le savoir, il va avancer un peu. Si la dimension de la porte dans l’image bouge beaucoup, c’est que la porte était tout près et était toute petite. Si la dimension de la porte varie très peu, c’est que la porte était loin et qu’elle doit être grande. En fait le robot ne voit pas qu’il y a une porte devant lui. Il voit un rectangle blanc dont il va repérer des zones caractéristiques : les bords, les coins, les taches sur le rectangle blanc faites par le trou de la serrure, la poignée, les gonds. En termes techniques, on dit que ce sont des « points d’intérêt ». 

La notion de points d’intérêt est donc capitale quand on souhaite faire en sorte que le robot puisse se repérer, et reconnaître des objets ou des visages. Comme l’explique l’auteur, nous disposons en tant qu’êtres biologiques et sociaux d’une perception globale : si nous nous trouvons face à une porte (ou à une table, ou à une chaise), la somme de nos connaissances et de nos perceptions fait que nous reconnaissons immédiatement s’il s’agit d’une table, d’une chaise, d’une porte ou du chien de la voisine. Mais le robot, lui, doit déduire d’un certain nombre de mesures et de croisements de données qu’il s’agit de tel objet, telle personne, tel obstacle. C’est un travail de titan pour son petit cerveau.

Le robot ne connaît pas a priori le concept de porte et ce sont des micro-détails faciles à détecter pour lui et parfois imperceptibles pour nous (variation de couleur autour des gonds et de la serrure) qui vont l’intéresser, au moins pour se localiser. En suivant l’évolution de milliers de points qu’il aura ainsi détectés, le robot pourra calculer de proche en proche la position dans l’espace de ces points, mais aussi sa propre position. En se promenant dans l’appartement, le robot reconstruira un nuage de points 3D qui constitueront sa représentation du monde, dans laquelle il se localisera et naviguera. Si le robot se promène dans un labyrinthe aux murs courbes (sans coins) et uniformément blancs, il sera incapable de se repérer. Mais il faut bien admettre que ce genre de situation est assez peu fréquent.

Mais si cette méthode est peu coûteuse en termes matériels, elle l’est d’une autre façon : la puissance de calcul nécessaire à de telles opérations est faramineuse. Les ingénieurs ont donc imaginé une troisième solution, non plus métrique mais topologique. En gros, il s’agit d’indiquer son chemin au robot en l’aidant à se repérer grâce à des étapes distinctes et facilement identifiables. À savoir : plutôt que de lui dire « avance de 6 mètres, puis pivote de 90 degrés vers la droite, puis avance encore encore de 2 mètres », on va lui dire « prends le couloir devant toi, ensuite prends le couloir à droite et entre dans la chambre au bout de ce couloir ». Pour résumer, plutôt que d’utiliser des instructions factuelles, on utilise des instructions symboliques. Mais il faut pour cela que le robot soit capable de reconnaître ces éléments topographiques distincts, tels qu’un couloir, une porte ou la devanture d’une boulangerie.

Photo : Alex Knight (via Unsplash)

Il faudra donc constituer une base de données suffisamment large pour que le robot ait des points de comparaison, et qu’il sache que la devanture d’une boulangerie ressemble en général à ça, qu’un hélicoptère ressemble en général à ça et qu’un panneau de signalisation routière ressemble en général à ça. Cette base de données, constituées de millions de photos de boulangeries, d’hélicoptères et de panneaux prises sous tous les angles et dans toutes les lumières possibles, doit être gigantesque pour être efficace. Et même après cela, nous devons l’aider encore un peu.

Vous avez peut-être déjà été confronté à cela lorsque vous faisiez une recherche sur Google : pour « vérifier que vous êtes bien un humain », on vous propose un petit jeu sous la forme panel de photos, et on vous demande d’identifier les carrés dans lesquels se trouvent des panneaux, des hélicoptères ou des façades de magasins. En cliquant sur les carreaux correspondants, vous aidez l’intelligence artificielle de Google à s’améliorer en comparant ses résultats aux vôtres. En somme, vous êtes devenu l’espace d’un instant le professeur particulier d’un robot. À l’instar des écoliers, les robots doivent apprendre de nous avant d’être capables de se débrouiller peut-être un jour seuls.

Dans l’excellente collection des Petites Pommes du Savoir, qui s’attache à rendre la science ludique et accessible, Le robot, meilleur ami de l’homme ? de Rodolphe Gelin est une lecture essentielle pour le néophyte qui, au-delà des fantasmes et des imageries médiatique et culturelle, voudrait prendre la mesure des défis qui accompagnent la recherche robotique contemporaine et des questions éthiques qui les suivent : en 128 pages, le panorama est suffisamment clair et complet pour se faire une solide idée du sujet.

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Bandeau d'illustration : Andy Kelly (via Unsplash)