L’auto-édition « honteuse », celle qui ne dit pas son nom

L’édition est un symbole : celui d’une réussite, d’une validation aussi. Un livre, en étant édité par un tiers, accède à une reconnaissance qui pour encore nombre d’entre nous a valeur de récompense symbolique – à défaut d’être une récompense pécuniaire, puisqu’on sait désormais très bien, notamment au travers de mouvements comme #PayeTonAuteur ou #AuteursEnColère, qu’être édité n’est pas synonyme de paiement « à la hauteur de l’honneur ». Oui, on cherche à être édité·e parce qu’on désire une reconnaissance, un aval, davantage encore qu’une rémunération en espèces sonnantes et trébuchantes. Et cette reconnaissance fait parfois même défaut aux écrivains qui ne la sollicitent pas. Continuer la lecture de « L’auto-édition « honteuse », celle qui ne dit pas son nom »

Et si nous rédigions ensemble une charte de l’autoédition ?

Je crois que si j’ai été si longtemps opposé à la création d’un « label » de l’autoédition, c’est parce que son principe reproduisait la verticalité même de la légitimation du travail d’écriture : c’est à dire qu’en créant un tel label, nous réinventions tout simplement le métier d’éditeur. Ce qui n’avait aucun sens, l’écrasante majorité des autoédité·e·s l’étant par choix – parce qu’elle n’a justement aucune envie de se soumettre à ces critères de sélection. Dans ces conditions, un label serait un ruban, une médaille, quelque chose qui se décernerait et placerait, même symboliquement, notre travail au-dessus du lot pour la seule raison qu’il aurait été « validé » par untel ou unetelle. Ce système reproduirait alors les schémas que nous fuyons. Continuer la lecture de « Et si nous rédigions ensemble une charte de l’autoédition ? »

Comment convaincre les libraires de s’intéresser aux écrivains indépendants ?

J’ai été libraire pendant un certain nombre d’années. Pendant cette période, j’ai été parfois confronté à des auteurs indépendants. Prenant leur courage à deux mains, ils m’accostaient au comptoir et me présentaient leur livre d’une respiration, comme s’ils avaient eu peur que je les interrompe en plein exercice. J’ai souvent écouté plus par sollicitude que par intérêt véritable, et je n’ai de toute façon jamais accepté de prendre un livre en rayon : la politique de la maison était claire à ce sujet. Continuer la lecture de « Comment convaincre les libraires de s’intéresser aux écrivains indépendants ? »

Être ou ne pas être (un auteur)

Nous discutions l’autre jour de la manière dont nous nous présentions en public. Certains disent « écrivain », d’autres « auteur » / « autrice », d’autres encore préfèrent circonvenir et disent simplement qu’ils écrivent. Les définitions sont presque aussi nombreuses que les pratiquant·e·s, mais elles ont un point commun : elles sont déjà en soi une forme de justification, et l’édification d’une forteresse. Continuer la lecture de « Être ou ne pas être (un auteur) »

Du caractère inflammable des livres et de la soi-disant lutte contre la barbarie

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une bibliothèque a brûlé. C’était à Nantes. Deux jours plus tôt, un policier abattait à bout portant Aboubakar, un garçon de 22 ans, qui essayait de fuir un contrôle d’identité. Pourtant, à en lire les médias et les réseaux sociaux, ce n’est pas dans ce meurtre que réside la barbarie, mais bel et bien dans la crémation d’un bâtiment municipal qui hébergeait quelques bouquins. Brûler des livres est un sacrilège. Tuer un homme, on peut toujours invoquer la légitime défense ou même la maladresse. Continuer la lecture de « Du caractère inflammable des livres et de la soi-disant lutte contre la barbarie »