Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication

Je soutiens les organisations d’autrices et d’auteurs qui défileront au Salon du livre jeunesse de Montreuil sous la bannière « Plume pas mon auteur », parce qu’il y a beaucoup à revendiquer et que la situation ne fait qu’empirer. Mais je ne les soutiens pas sans réserve. Si je considère que les revendications sont légitimes, le modus operandi me laisse perplexe :

« Signe distinctif : les plumes ! Nous vous proposons de vous distinguer comme nous à votre convenance avec des accessoires aptes à exprimer votre statut d’artistes-auteurs déplumés ou votre soutien aux déplumés : boas, coiffes d’Indiens, ailes… liste non exhaustive. Nous vous recommandons d’apporter des plumes, signe de ralliement. Vous seront fournis des Stickers « Plume pas mon auteur ! » sur le stand de La Charte. »

Une énième manifestation sur un salon du livre. Un énième rassemblement joyeux – parce qu’il ne faudrait pas faire peur aux lecteurs – avec froufrous et déguisements, punchlines comiques et chansons détournées. Une énième manière de signifier l’épuisement des troupes, qui n’a plus que le rire pour ne pas céder au désespoir. Ce n’est pas une manifestation : c’est un appel à l’aide. C’est une main tendue devant l’abîme. Et les appels à l’aide sont entendus ou ignorés – le plus souvent, ils sont ignorés. Et il n’y a pas de raison que ça ne se passe pas comme ça cette fois encore. Continuer la lecture de « Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication »

Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête !

À l’automne les feuilles et les auteurs tombent. La situation des précaires de l’écriture est désespérée à plus d’un titre : en effet comment peut-on répondre lorsqu’industrie et politique se liguent pour empirer à ce point les choses ?

Les auteurs se rongent les ongles, à raison. S’il n’y avait que la surproduction éditoriale, la baisse des à-valoir, les pourcentages en berne, il faut maintenant ajouter la hausse de la CSG, des cotisations retraite, et plus généralement la paupérisation grandissante des métiers artistiques – et de tous les métiers précaires en général, car ce combat est global. Ceux qui auront cru un instant qu’une éditrice nommée à la tête du Ministère de la Culture déchantent, comme le font ceux qui ont cru qu’un président dit « lettré » pouvaient comprendre leurs problèmes. En France, la culture relève soit du gros business, soit de l’histoire : dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont assurés de ne pas se plaindre de leurs conditions d’existence. En revanche, pour les auteurs vivants et en mauvaise santé… c’est une autre histoire. Continuer la lecture de « Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête ! »

Projet Bradbury : le droit de se tromper (et de changer d’avis)

À partir de la semaine prochaine, j’arrêterai de produire des versions audio des nouvelles du Projet Bradbury : trop de stress, trop de fatigue et surtout pas assez de temps… ou plutôt pas assez de temps à y consacrer.

Le bilan est assez facile à dresser. Si je considère aujourd’hui que les deux premiers mois de mon nouveau Projet Bradbury sont un succès d’un point de vue artistique, ils sont, de mon strict point de vue et au regard de mes attentes, un échec retentissant d’audience et de lecture. Continuer la lecture de « Projet Bradbury : le droit de se tromper (et de changer d’avis) »

Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux

Le syndrome de l’imposteur – ce désagréable sentiment que nous ne trouvons pas à notre place, que nous ne devrions pas nous revendiquer de telle ou telle identité, de telle ou telle profession – nous gâche la vie. Pire, il gâche aussi par contamination celle des autres ; celles et ceux qui partagent notre sort. En somme c’est un sentiment qui ronge toutes les personnes qui entrent en contact avec lui – les idées sont contagieuses. Et c’est un sentiment très présent dans le petit cercle de notre corporation, à savoir celle des auteurs et des autrices. Continuer la lecture de « Syndrome de l’imposteur : il est temps que nous nous prenions au sérieux »

Auteurs, autrices : il est temps de créer votre Tipeee

À l’instar de son homologue américain Patreon, Tipeee est une plateforme de micro-mécénat française dédiée au financement des artistes du net.

À l’origine concentrée sur les vidéastes, Tipeee s’ouvre progressivement aux autres disciplines et on commence à voir apparaître des profils d’illustratrices, de musiciens et d’auteurs de l’écrit. Comme vous le savez, j’utilise moi-même cette plateforme. On y trouve également mes chers et estimés collègues Samantha Bailly, David Revoy, Ploum, Lizzie Crowdagger, Stéphane Desienne ou plus récemment encore l’excellent François Bon avec son Tiers-Livre.

J’en oublie bien sûr, la liste complète est ici. Mais vous le constaterez vous-mêmes, je n’en oublie pas tant que ça : sur plus de 10.000 créateurs.trices listé.e.s, seulement une soixantaine de profils ont été ouverts dans la catégorie « Livres ». Au regard du nombre de personnes qui publient de la fiction sur le net, c’est peu. Très peu.  Continuer la lecture de « Auteurs, autrices : il est temps de créer votre Tipeee »