Burqa : le quotidien illustré d’une femme en Afghanistan sous le régime liberticide des Talibans

Malgré son petit format d’album cartonné, Burqa n’est pas à proprement parler un livre à mettre entre les mains des enfants. Fruit de la rencontre entre Jamila Mujahed, journaliste afghane née à Kaboul, présidente de The Voice of Afghan Women’s Association et fondatrice de la seule revue féminine afghane, Malalai, et de Simona Bassano di Tufillo, illustratrice italienne, le livre est en réalité un petit précis illustré sur le quotidien d’une femme en Afghanistan sous le régime liberticide des Talibans.

Jamila explique:

Pendant mon enfance et mon adolescence, l’idée même d’essayer une burqa ne m’a jamais effleurée. J’ai grandi dans une famille instruite. Ma mère était la seule à ne pas avoir été à l’école, mais jamais elle ne m’a demandé de porter la burqa, bien qu’il lui soit arrivé de s’en couvrir quelquefois lors de visites à notre famille de province. […] Il n’y avait aucune raison d’endosser cet habit prison si incommode.

L’auteur revient ensuite sur les origines de la pratique et raconte qu’en Afghanistan, la burqa n’est « pas une tradition culturelle forte ». Dans les années 60, il était rare de voir une femme la porter. Mais lorsque, pendant la guerre contre l’Union Soviétique, les Moudjahidin ont commencé à prendre une importance politique, alors la pratique s’est petit à petit répandue.

Les Moudjahidin souhaitaient qu’elles (les femmes) reviennent au port du hijab, le voile islamique,  et dans certaines villes, pendant le conflit, ils les terrorisaient en leur jetant de l’acide au visage. Ces actes d’intimidation obligèrent les femmes à mettre la burqa pour sortir de chez elles.

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Longtemps, l’auteur s’est sentie protégée par son métier de journaliste, et parvint à se passer de burqa. Mais lorsque les Talibans arrivèrent, plus radicaux encore, alors le soleil se voila définitivement pour toutes les femmes du pays.

Le lendemain (de la prise de pouvoir par les Talibans) je décidai de sortir pour avoir une vision claire de la situation. […] Avec horreur je constatai que les femmes avaient pratiquement toutes disparu de la ville et que les très rares encore visibles étaient couvertes de la tête aux pieds. Alors que j’entrais dans un magasin d’alimentation, le propriétaire me conseilla de m’en retourner chez moi sur-le-champ. Un escadron religieux de Talibans tournait dans les rues, punissant à coups de fouet les femmes sans burqa. Je courus chez moi, si vite que je faillis tomber évanouie en arrivant.

Le récit de Jamila est édifiant, et nous entraîne à l’intérieur de l’incroyable spirale extrémiste qui s’empara du pays à la fin du vingtième siècle, pour ne « finir » (si tant est qu’on puisse employer ce mot) qu’avec l’intervention militaire que nous connaissons tous.

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J’ai fini par demander à mon mari de m’acheter une burqa. Avant l’arrivée des Talibans, il m’arrivait très souvent pour mon travail de passer à l’extérieur jusqu’à douze heures consécutives. Je devais désormais rester à la maison des jours entiers, voire des semaines, sans aucune nouvelle du monde extérieur et sans pouvoir aller nulle part ; cela m’était insupportable.

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Par la suite, après la chute des Talibans, une journaliste américaine m’a demandé ce que l’on ressentait sous une burqa. Je lui ai répondu qu’il était impossible de décrire la sensation exacte que l’on éprouvait, et que pour la comprendre elle devait la porter. Elle l’a enfilée mais s’en est aussitôt débarrassée, me disant qu’elle préférait encore la prison.

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Au fond, mon expérience personnelle n’était que la face immergée de l’iceberg. J’ignorais si l’avenir nous réservait des temps plus radieux sans burqa, mais je l’espérais. J’espérais qu’un jour il y ait encore des femmes libres d’aller à l’école, de travailler et de sortir dans les rues.

Burqa, édité en France par les éditions La Martinière, est un témoignage aussi précieux que surprenant.

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Panda Bear Wandering Mind: un peu de kawaï dans un monde de brutes

Pour lire ce livre, pas besoin de savoir lire le chinois: même si Panda Bear Wandering Mind est né de l’autre côté du globe, de l’imagination de l’illustrateur Ping Er, l’histoire est secondaire et ne nécessite pas de diplôme en langues étrangères.

md4085784233Dans Panda Bear Wandering Mind, on suit une sorte de grosse peluche qui se retrouve, bien malgré elle, à faire un voyage en ville, trimballée d’une poubelle à un trottoir d’un coup de pied, récupérée par l’un, puis par l’autre au gré de ses rencontres fortuites… Le livre est quasiment sans paroles, et est une promenade contemplative dans le quotidien urbain de la Chine d’aujourd’hui. Les dessins —splendides — respirent la légèreté, la douceur et distillent une mélancolie étrangement agréable au fil des pages.

Comme le livre est assez difficile à se procurer (rapporté d’un voyage d’études), en voici quelques images afin de vous le faire partager.

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Si après tout ça, vous n’avez toujours pas envie d’aller caresser un panda, c’est à n’y rien comprendre…

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The Far Side, la bande dessinée hilarante de Gary Larson

On n’a pas entendu beaucoup parler de Gary Larson de ce côté-ci de l’Atlantique… et c’est un tort!  Dans son genre, Gary Larson est carrément un maître. Pour tout dire, cet américain de souche (il est né en 1950 à Tacoma, dans l’état de Washington) maitrise si bien l’humour anglais qu’on pourrait presque croire qu’il cherche à cacher d’hypothétiques origines britanniques. Maniant une plume cynique, caustique mais toujours bienveillante, Gary Larson fait exploser un humour absurde et acerbe que n’auraient certainement pas renié les Monty Pythons ou Charles Schulz, le créateur des Peanuts.

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Sur la pancarte: « Services sociaux, travaux publics, centre anti-poison, etc… »

Le personnage: « Deuxième étage, s’il vous plait. »

 

Avec un goût particulièrement prononcé pour les animaux —qu’il met en scène sous toutes les coutures, Larson joue des petits défauts, des mesquineries, des coups bas et des incompréhensions qui font le quotidien d’une existence.

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Moby Dick: « Bon sang! Des millions de gens dans cette ville et regardez qui j’emboutis… »

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Ses animaux sont très humains, et ses humains… bref, vous voyez le tableau. C’est avec plaisir que le dessinateur inverse les rôles de temps à autres. Je vous laisse donc en leur compagnie.

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À gauche: « Porno chez les amibes. »

À droite: « Oh, bonté divine! Votre père est parti si vite ce matin qu’il a encore perdu une antenne. »

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Légende: « L’enfer des chiens »

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Le chasseur: « Pas d’échange tant que nous n’avons pas vérifié que notre gars va bien!… Frank! Ça va?

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À gauche: « Les feux de camp chez les éléphants »

À droite: « Maintenant, une particularité que vous allez vraiment apprécier. Voilà! Un arbre juste dans la chambre principale! »

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À gauche: « Allez, mon bébé… Un grognement pour papa… »

À droite: « Blagues classiques chez les fleurs » — sur l’écriteau: « Tondez-moi »

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À gauche - Le présentateur: « Alors dites-nous, Buffy… depuis combien de temps êtes-vous un chient parlant? » - Sur la pancarte: « Eh bien Jim, je parle depuis déjà un bon moment maintenant… »

À droite - Légende: « Avant le papier et les ciseaux » - L’homme préhistorique: « Mince! Encore bloqués! Prêts? Un, deux, TROIS! »

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À gauche : « Salut, je suis Ernie et ce petit gars-là, c’est Gus. bienvenue sur notre île! », « Attention, monsieur, Ernie est fou! Il vous mangera à la première occasion! », « Oh, il plaisante, ne faites pas attention », « Ce n’est pas une blague! Il a mangé un allemand l’année dernière! », « Tais-toi, Gus! Alors, comment vous vous appelez, l’ami? », « Il est fou! Fou, je vous dis! ».

À droite, sur le magazine: « Safari! Observez des animaux de très près! »

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À gauche: « Comment les animaux sociaux travaillent ensemble »

À droite: « Alors je demande au jury… est-ce là le visage d’un tueur en série? »

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Sur le panneau: « Ce soir, le grand Mandini jongle avec NEUF têtes nucléaires! »

Dans le public: « Des têtes nucléaires, hein? Plutôt des têtes nucléaires désarmées, si vous me demandez mon avis! »

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Le pilote: « Désolé de vous interrompre, mais je vous informe que nous allons traverser une zone de turbulences: restez assis quelques instants…. (puis, à son co-pilote) Prêt? Un, deux, trois! « 

Puis « Bien, chers amis, je crois que nous venons de passer le pire… Oh, attendez, attendez! On dirait qu’une autre zone de turbulence approche! »

 

Pour terminer, une anecdote relatée sur la page Wikipédia de l’auteur: 

Gary Larson annonce, dans la Tenth Anniversary edition, qu’il a eu l’honneur de voir une espèce animale nommée d’après lui, par un zoologiste particulièrement blagueur. Strigiphilus garilarsoni est un pou détritivore qui se nourrit de plumes de chouettes (c’est un parasite hautement spécifique). Gary Larson s’en dit flatté et ajoute :

«de toute façon, je ne pouvais pas m’attendre à ce qu’on donne mon nom à une nouvelle espèce de cygne.»

On peut facilement trouver les recueils de Gary Larson en librairie. Il existe même un coffret qui reprend tout son cycle du Far Side, paru aux éditions Andrews McMeel… Malheureusement, il n’existe à ma connaissance pas d’édition française à ce jour. Une lacune à laquelle il faudrait peut-être remédier? En attendant, ces petites friandises se dégustent à l’anglaise.

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