Cartographie de l’irréel

Internet est un pays fascinant qu’à l’instar de mes landes intérieures je ne me lasse jamais de visiter, et ce pour de multiples raisons. Mais l’une d’entre elles est que l’intrusion de la fiction dans le réel est un sujet qui me fascine et me touche tout particulièrement, et qu’internet est le medium idéal pour ce genre de mélange.

Aujourd’hui, quelques manipulations sur Photoshop suffisent pour faire surgir de nos imaginations des paysages irréels — quoique souvent très réalistes. Ces paysages irréels, souvent d’abord présentés comme des œuvres de l’esprit, sont désormais vite reprises sur les réseaux sociaux. Les crédits sont déformés, puis oubliés dans les méandres des multiples partages, si bien qu’on finit par ne plus se souvenir qu’il s’agit là d’une création, d’un artifice très bien imité, et qu’on finit par prendre ces images pour la réalité. 

Internet a réalisé en quelque chose le vieux rêve des cartographes du Moyen-âge, qui peuplaient les océans de monstres et de chimères et imaginaient sans doute des temples couverts de pierreries et des routes pavées d’or dans les forêts du Nouveau Monde. L’Histoire, et quelques batteries de satellites, ont refroidi ces fièvres de l’esprit en nous montrant que le monde n’était peut-être finalement pas (plus?) cet endroit tiré des Contes des Mille et Une Nuits ou de l’Odyssée. Entendons-nous bien, notre planète est extraordinaire. Elle n’a rien de prosaïque. Mais en notre for intérieur gavé de fictions jusqu’à l’écœurement, peut-être attendions-nous mieux.

C’est là que Photoshop — et avec lui tous les logiciels de retouche photo — intervient. Le “#FAKE” réinvente le rêve du cartographe en peuplant à nouveau le monde de chimères. L’imagination n’a même plus l’excuse de l’approximation de la carte : on lui offre le photo-réalisme. En somme, si nous vivons tous factuellement dans le même monde, nous évoluons chacun dans un monde intérieur et fantasmé que nous nous sommes bâti au gré de nos surfs sur le net, pensant en tout bonne foi que ce que nous y voyions était vrai. Nous plaçons ces points fictifs dans nos cartographies réelles, sans plus vraiment nous soucier de leur véracité. Le photo-réalisme se fait réalité.

Quoi de plus fascinant pour un écrivain que de constater la contamination du réel par la fiction ? Nous vivons désormais dans ce monde mélangé.

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La photo la plus partagée de l’éclipse, supposément vue depuis l’ISS, était en réalité un photo-montage réalisé par A4size-ska sur Deviant Art.

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Généralement présenté comme un arbre millénaire d’importance capitale pour la mystique en Inde, en réalité un faux arbre à Disneyworld Orlando, en Floride.

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L’une de mes préférées, totalement fausse également.

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