#43 | En laisse

La nouvelle de la semaine est un peu spéciale (comme chaque semaine, en fait) : ici, aucun élément fantastique, on nage dans le réalisme le plus noir, le plus crasse, le plus tordu. Pourtant, à mon sens, je ne m’éloigne pas tellement de mon champ d’investigation favori. Quelquefois, le fantastique se déniche au coin de la rue, derrière une parole ou un acte absurde, si imprévisible qu’il en devient surréaliste. C’est un peu le chemin que trace Palahniuk dans ses romans (qui m’ont beaucoup influencés il y a quelques années) et j’y trouve un certain plaisir, contrairement à mes personnages. J’espère que ce texte vous plaira, même s’il risque d’en décontenancer certains. Je vous présente En laisse, la 43ème nouvelle du Projet Bradbury.

 

La nouvelle de la semaine est un peu spéciale (comme chaque semaine, en fait) : ici, aucun élément fantastique, on nage dans le réalisme le plus noir, le plus crasse, le plus tordu. Pourtant, à mon sens, je ne m’éloigne pas tellement de mon champ d’investigation favori. Quelquefois, le fantastique se déniche au coin de la rue, derrière une parole ou un acte absurde, si imprévisible qu’il en devient surréaliste. C’est un peu le chemin que trace Palahniuk dans ses romans (qui m’ont beaucoup influencés il y a quelques années) et j’y trouve un certain plaisir, contrairement à mes personnages. J’espère que ce texte vous plaira, même s’il risque d’en décontenancer certains. Je vous présente En laisse, la 43ème nouvelle du Projet Bradbury.

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Ferdinand est un humain modèle : chaque matin, il emprunte les transports en commun pour se laisser transbahuter jusqu’à son boulot, comprimé dans son costume trop serré et le coeur en miettes de s’être fait rattraper par le quotidien. Mais ce matin-là, une affiche placardée sur le quai le tire de sa somnolence : peut-on vraiment laisser toute responsabilité derrière soi pour changer de vie ?

 Je ne vous cache pas que, même si j’ai la tête dans le guidon et que j’essaie de m’informer le moins possible (oui oui, ce n’est pas un lapsus), certaines nouvelles ne m’ont pas laissé de marbre, et notamment l’inquiétante percée du Front National aux élections européennes. Quand je dis que j’essaie de m’informer le moins possible, ne vous méprenez pas : je parle des chaînes d’info en continu (polluantes, à mon sens, tant par le format que par le contenu qu’elles diffusent et pire, qu’elles créent par contagion) et des dépêches sur les sites d’info et les journaux en ligne. Je lis Mediapart de temps à autre, si possible les grands dossiers, quelques articles choisis, souvent sur recommandation, et j’essaie d’éviter l’addiction. Pas parce que ça ne m’intéresse pas, mais parce que ça m’intéresse trop et qu’au final, ça devient toxique.

Quel rapport, me direz-vous ? Les réflexions qui me sont venues face à cet inquiétant constat électoral. C’est une idée que j’ai partagée avec assez peu de gens, et que je me risque à poser ici par écrit (et vous allez voir, ça a un rapport). En laisse est partie d’un postulat : je nourris l’intuition qu’inconsciemment, une bonne partie de la population française souhaitait, sans se l’avouer, qu’une telle situation advienne. Pas seulement les électeurs du Front National : eux, bien sûr, mais aussi une partie des abstentionnistes, et aussi les journalistes qui, pour les raisons évoquées plus haut, ont besoin de matière à diffuser comme une voiture a besoin d’essence, et sans doute d’autres, plus nombreux qu’on le pense. Je crois que nous entretenons une soif de la catastrophe, une attirance pour le « mal », qui ne fait que s’exacerber au fil du temps (« il nous faudrait une bonne guerre », etc). Nous appelons de nos voeux la catastrophe, par curiosité peut-être, ou pour se donner un sens que nous avons perdu en cours de route (se trouver un ennemi à combattre, et donc le créer au préalable). J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé de nom correspondant à ce possible vertige (je devrais lire Arendt) : du coup, je l’ai moi-même baptisé le syndrome de Melmoth, mais il a sûrement une autre appellation.

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La fascination pour le mal est vieille comme l’humanité : c’est une maladie chronique. Mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas s’en inquiéter quand les symptômes surviennent. J’entends ici et là des voix s’élever pour dire « qu’y pouvons-nous ? c’est l’ordre des choses » et ce sont à mon sens les voies les plus dangereuses, dans quelque domaine que ce soit : politique, santé, culture, etc. Il y a toujours quelque chose à faire. Ne rien faire, c’est déjà faire quelque chose : ne rien faire est une décision active, contrairement à ce que l’on essaie de nous faire croire, et qui a souvent plus d’impact que l’action en elle-même. Il n’y a qu’à constater le problème du réchauffement climatique pour vérifier à quel point l’inaction peut être destructrice. Nous avons la main. Nous sommes maîtres de nos actions et de nos inactions, et c’est à nous de les distribuer, si possible avec sagesse.

Alors, que certains se laissent aller à l’inaction ou pire, à déposer leurs armes dans les mains de plus puissants, de plus attirants, par simple volonté de destruction, est selon moi un premier pas vers une prison du genre nouveau : débarrassé des obligations, des décisions, nourris au biberon de pulsions atroces, notre champ des possibles réduit au minimum, nous nous enfermons dans un gouffre intérieur qui ne laisse que le vide, la peur, la colère et la souffrance. Je souhaite que nous n’y prenions pas trop goût, car nous avancerions d’un pas de trop en direction de l’abîme. Bien sûr, la nouvelle n’est pas un pamphlet politique : c’est une illustration de cette réflexion plus ou moins imagée, avec en toile de fond la question : « que ferons-nous quand nous nous serons lassés de tout ? »

En laisse est disponible chez KoboSmashwordsAppleAmazon et Youscribe pour 0,99€. Vous pouvez aussi vous abonner à l’intégralité des nouvelles pour 40€ et devenir mécène du Projet Bradbury. La couverture est toujours signée de la maravillosa Roxane Lecomte.

Bonne lecture !

 

2 réflexions sur « #43 | En laisse »

  1. Salut,

    J’ai bien aimé, mais si je peux me permettre, quelques trucs me chagrinent. D’abord tu sembles détester ton personnage principal. Tu fais de lui une description répugnante (au passage, pourquoi l’avoir affublé du prénom Ferdinand ? Je me suis posé la question tout au long de la nouvelle), c’est un caractère si faible et petit qu’il ne m’est pas sympathique. Il n’a rien pour le rattraper, quoi. Disons qu’il ne m’intéresse pas vraiment, j’aurais préféré quelqu’un dans le juste milieu, en qui je puisse peut-être me reconnaître. Je crois que ça aurait rendu le texte bien plus glauque (je ne sais pas si tu as vu le film Sleeping Beauty, ça tombe un peu dans le même travers). C’est peut-être le problème du format court, qui oblige à exagérer les caractères, mais je dois dire qu’un peu plus de nuance m’aurait fait plaisir.

    Et autrement, à propos du style, j’ai remarqué que tu changes souvent ta façon de désigner les personnages : pour elle tu passes sans raison de « Kyrstin Kunst » à « la rousse » (ce qui est assez bizarre puisque de toutes façons il n’y a ni brune ni blonde dans l’histoire), et pour lui, je me suis interrompue dans ma lecture au début, car au lieu de le nommer par son prénom tu écris « l’employé ». Je me suis demandé pendant une seconde de quel employé tu parlais, car dans le contexte, ça n’avait pas de sens de l’appeler comme ça.

    Voilà, mais intéressant sinon (et ton billet de présentation de la nouvelle aussi).

    Ah et j’oublais, Kyrstin Kunst = Kirsten Dunst ? Pourtant elle a l’air toute gentille, Kirsten Dunst ! (des fantasmes d’adolescente qui reviennent, bon…)

  2. Merci de ton retour et de tes remarques, toutes pertinentes. Le Projet Bradbury est aussi l’occasion de mettre l’accent sur mes défauts (la répétition induit forcément que les mauvais traits ressortent). Pour le nom du perso féminin, je n’avais pas fait le rapprochement, mais maintenant que tu le dis, ça parait évident. Celui du « héros » (ou de l’anti-héros), je ne sais pas, c’est le Céline qui est en moi qui m’a fait ressortir ce prénom. Je ne cherche pas spécialement à surinterpréter leur patronyme. Ça m’est venu comme ça et j’ai trouvé ça bien. Quant au caractère du personnage en lui-même, il ne me semble pas si caricatural, honnêtement. À certains moments de ma vie, j’ai moi-même eu des côtés Ferdinand. Le but n’était pas de rendre le texte glauque en soi, mais de rendre la situation plausible, dans la vérité de ce que peuvent quelquefois être les hommes. Pour ma part, avec mon vécu, ça ne m’a pas paru si absurde. Quant aux changements d’appellation dans la forme, j’imagine que j’ai voulu éviter les répétitions. Nous choisissons nos mots comme des touches de peinture : qu’on ne m’en veuille pas d’employer les couleurs que je souhaite. 😉
    Merci de tes critiques en tout cas.

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