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Des news !

Salut à tous et à toutes,

Pour commencer, je vous demande pardon : je suis assez silencieux ces derniers mois. Comme certains d’entre vous le savent peut-être déjà, j’ai un peu changé de vie. J’habite désormais à la campagne, où tout est plus lent et doux, mais aussi plus compliqué parfois. Changer d’atmosphère, c’est aussi un peu changer d’état d’esprit. Le temps est à la réflexion.

D’abord quelques annonces ! En premier lieu, les deux derniers épisodes du Gobbledygook sont enfin écrits ! Je peaufine encore pendant quelques jours, puis je passe à l’enregistrement de l’épisode 9. L’épisode 10 devrait suivre peu de temps après. J’ai hâte de vous offrir le dénouement de ce podcast lancé il y a presque 3 ans maintenant.

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Journal, #5 (mars 2018)

4 mars

J’ai découvert, par l’intermédiaire de Blaise Jourdan, la chaîne YouTube Astronogeek, et notamment le canular que le vidéaste et ses amis avaient réalisé autour des crop circles, ces dessins tracés dans les champs censés être des messages de nos amis d’outre-espace. Cette petite pépite de scepticisme et de pragmatisme scientifique est aussi l’illustration (glaçante) de tout ce qui ne va pas dans ce monde. Le but de la vidéo n’était pas de prouver que les extraterrestres ne font pas de crop circles (ça, c’est impossible à démontrer formellement), mais de montrer que des gens (de bonne foi) pouvaient voir des preuves d’une « authentique » activité paranormale là où il n’y en a clairement pas, et à quel point nos biais nous aveuglent. Et la démonstration est frappante. Il faut écouter ces chamans, ces « médecins quantiques », ces radiesthésistes, ces spécialistes autoproclamés de l’ufologie, ces passionnés de new age et de bien-être spirituel, venir profiter des supposées énergies du crop circle (je le rappelle, monté de toutes pièces en quelques heures la nuit précédente avec des cordes et des planches), chercher les preuves d’authenticité (et en trouver, bien sûr), jurer leurs grands dieux qu’une chose pareille ne peut pas avoir été effectuée de main humaine, et, plus grave, essayer de convaincre et d’entraîner d’autres personnes dans des délires sectaires. La vidéo (en réalité trois vidéos, le programme dure environ deux heures au total) devrait être diffusée en prime time sur une chaîne du service public tellement elle est, à notre époque d’infox permanentes, de complotisme et de désinformation sur internet, d’intérêt général. Je vous invite vivement à les regarder.

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Journal, #4 (février 2019)

24 février

La liste des auteurs et autrices qui enseignent à l’école d’écriture Les Mots me laisse perplexe. Déjà, par son principe, je ne sais pas trop quoi penser d’une telle école. Ce n’est pas tant que les prix soient élevés – les forfaits peuvent sembler chers, mais rapporté au nombre d’heures, ce n’est pas tant que ça – que d’imaginer ce que l’on peut se raconter sur l’écriture en autant d’heures. Je serais bien ennuyé d’animer un tel atelier. Par exemple, que pourrais-je bien trouver à dire sur l’exposition en littérature pendant une vingtaine d’heures ? Il y aurait toujours la possibilité de multiplier les cas de figure et de passer son temps à lire des extraits à haute voix, mais je ne crois pas que ce soit ce que les aspirants écrivains viennent chercher là-bas. On peut aussi faire écrire les participants – après tout, ils sont là pour apprendre à le faire… mais dans ce cas, autant qu’ils le fassent chez eux.

Tout ça pour dire que c’est un savoir qui à mon sens reste difficilement transmissible et repose principalement sur des expériences personnelles (et artistiques) qui peuvent difficilement être reproduites en tant que recettes. Bien sûr, il y a des « trucs », mais on a plus vite fait de les dévoiler dans une vidéo de 10 minutes ou dans un podcast, ou de créer des cours à la fac, pour qu’un grand nombre puisse en profiter (tout le monde n’a pas les moyens de sortir 400€ pour un cours d’écriture et de vivre à Paris – il y a presque un côté pérennisation de la bourgeoisie littéraire là-dedans, c’est tout le contraire d’une université populaire).

Face à la paupérisation générale des artistes, j’ai parfois l’impression qu’on cherche à multiplier les moyens de rémunération supplémentaires plutôt que de se battre pour améliorer les existants. On fait payer les riches, quoi. Aussi, je me demande si, en s’inscrivant à de tels cours donnés par des artistes aussi honorables que prestigieux, on ne cherche pas soi-même à se procurer une part de leur légitimité, par porosité. Parce qu’au fond, je crois qu’on ne se sent jamais vraiment légitime en tant qu’artiste.

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Journal, #3 (février 2019)

14 février

J’ai été me promener à l’Apple Store des Champs Élysées. C’est un très bel endroit, mélange d’ancien et de moderne, aux lignes de perspective assez folles confinant parfois au vertige. S’y croisent des centaines de personnes, clients potentiels ou simples curieux, rêvant de posséder ces machines perfectionnées qui trônent au bout de nos doigts tels de fiers empereurs. Mais les prix aussi sont vertigineux. Je m’interdis d’envisager ce genre d’achat, même à crédit, c’est devenu trop d’argent – presque un salaire, même pour le moins perfectionné des smartphones. Il y a eu une rupture : Apple assume pleinement désormais de fabriquer des appareils pour les riches, ou pour celles et ceux qui n’ont pas peur de s’endetter. Avoir des enfants a modifié mon rapport à l’argent, je crois. Je ne peux plus le dépenser pour moi seul.


15 février

Rêve complètement fou cette nuit, digne d’un tableau de Bosch ou d’un épisode de Shingeki no Kyojin : j’assistais à la lutte dantesque d’une poignée de soldats médiévaux, retranchés dans les ruines d’un château-fort, contre des titans extraordinaires et fantasques – l’un d’entre eux était une sorte de sosie déformé d’Edgar Poe, l’autre un squelette, un autre encore doté d’yeux disproportionnés… Les soldats, si terrifiés qu’ils en pleuraient comme des enfants… et les géants, goguenards et grotesques, comme d’immenses pantins désarticulés… et moi au milieu, comme étranger au spectacle, ou plutôt là en spectateur. Ni peur ni horreur : juste une sorte de fascination amusée.

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Journal, #2 (février 2019)

8 février

J’ai lu quelques romans vieillesse ces dernières semaines, pour la plupart des « grosses sorties », des prix littéraires, des bestsellers. Je les parcours comme je lirais des notices d’utilisation d’appareils ménagers. J’en arrive à la conclusion que, dans mes lectures comme dans ce que j’écris, je recherche une certaine forme de transcendance. Et le roman d’aujourd’hui, celui écrit pour les adultes, qui a les faveurs des journaux et des libraires, a renoncé à tout idéal de transcendance. On ramène toujours l’être humain à ce qu’il a de sombre, de matériel, de méprisable. On le considère comme un tas de chair déjà en putréfaction à peine né, qui ne peut souhaiter de la vie que de souffrir le moins possible et qui gémira tout du long. On enrobera cette médiocrité de mots savants comme « mélancolique », « désabusé » ou « cynique », et on fera passer le renoncement pour de l’intelligence. J’aime la littérature qu’on écrit pour les enfants (celle que les adultes lisent en cachette), parce qu’elle porte intrinsèquement en elle la promesse de grandir, et de se grandir. Les héros enfantins font preuve de courage, d’abnégation, de sens de l’honneur, se mettent en danger pour sauver ce qu’ils aiment : ils le font parce que ce sont des valeurs que les auteurs voudraient inculquer à leurs lecteurs. À quel moment abandonne-t-on le courage ? Les histoires sont des chemins que nous sommes, en tant qu’auteurs, chargés de baliser. Je n’ai aucune envie de défricher un trottoir parisien éclaboussé de crotte de chien. Il en va de même pour le culte de la vraisemblance. Je veux que mes histoire soient crédibles, pas forcément vraisemblables.

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