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Réseaux sociaux et cérémonie du thé : ne plus habiter son corps

Je regardais hier un documentaire sur l’âme du Japon – Arte produit un cycle sur le sujet en ce moment, c’est une mine d’or – et je suis tombé en arrêt devant un passage décrivant une cérémonie du thé, comme s’il me rappelait quelque chose que j’avais longtemps su avant de l’oublier. Des expressions comme wabi-sabi (侘寂 – le sentiment qu’on peut éprouver au contact des choses qui vieillissent, qui sont vouées à disparaître) ou encore mono no aware (物の哀れ – la sensibilité pour l’éphémère, une sorte d’équivalent de notre memento mori) me sont revenues en mémoire – ou plutôt j’ai retrouvé le chemin pour y accéder dans mes souvenirs. J’avais fait de ces termes de véritables pivots dans mon roman Kappa16, je les avais étudiés de fond en comble… avant de les laisser de côté pour me replonger dans le flux.

Hier soir, j’ai regretté de les avoir si longtemps oubliés. Continuer la lecture de « Réseaux sociaux et cérémonie du thé : ne plus habiter son corps »

Écho (nouvelle, 2014)

Norma est aux anges : pour cette fan du célèbre Basile Finch, chaque sortie est un évènement. Se précipitant au magasin, elle met la main sur le précieux sésame vers les contrées narratives de l’auteur et rentre chez elle pour en profiter en toute sérénité. Sitôt plongée dans les histoires du maître, elle en oublierait presque que le monde existe. Mais le dernier chef-d’oeuvre de Basile Finch recèle d’autres mystères que ceux que dévoile son simple emballage.

Cette nouvelle a été écrite dans le cadre de mon « Projet Bradbury » (2013-2014), un marathon d’écriture consistant à rédiger et publier une nouvelle par semaine pendant un an.  Continuer la lecture de « Écho (nouvelle, 2014) »

Être ou ne pas être (un auteur)

Nous discutions l’autre jour de la manière dont nous nous présentions en public. Certains disent « écrivain », d’autres « auteur » / « autrice », d’autres encore préfèrent circonvenir et disent simplement qu’ils écrivent. Les définitions sont presque aussi nombreuses que les pratiquant·e·s, mais elles ont un point commun : elles sont déjà en soi une forme de justification, et l’édification d’une forteresse. Continuer la lecture de « Être ou ne pas être (un auteur) »

Du caractère inflammable des livres et de la soi-disant lutte contre la barbarie

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une bibliothèque a brûlé. C’était à Nantes. Deux jours plus tôt, un policier abattait à bout portant Aboubakar, un garçon de 22 ans, qui essayait de fuir un contrôle d’identité. Pourtant, à en lire les médias et les réseaux sociaux, ce n’est pas dans ce meurtre que réside la barbarie, mais bel et bien dans la crémation d’un bâtiment municipal qui hébergeait quelques bouquins. Brûler des livres est un sacrilège. Tuer un homme, on peut toujours invoquer la légitime défense ou même la maladresse. Continuer la lecture de « Du caractère inflammable des livres et de la soi-disant lutte contre la barbarie »

Le temps de l’écrivain : s’organiser pour écrire malgré le monde

Ma vie d’écrivain a changé le jour où sont nés mes deux enfants. Avant cela j’avais été salarié, je savais donc ce que c’était d’avoir des obligations de planning, des temps où l’écriture n’était pas possible, mais je parvenais malgré tout à ménager des plages de temps suffisantes pour ne pas impacter mon travail de création (jours de repos, matinées, soirées, week-end, etc). Avec les enfants, j’ai découvert ce que c’était que l’incertitude du temps d’écrire. Ne pas être certain de pouvoir écrire aujourd’hui, et même si on parvient à dégager une heure ou deux, tout simplement ne pas en avoir la force. Parce qu’il y a temps et temps. Continuer la lecture de « Le temps de l’écrivain : s’organiser pour écrire malgré le monde »