Barack Obama, président des internettes

 

Si vous n’avez pas encore vu cette vidéo, ou si du moins vous ne l’avez pas encore vue passer dans votre flux Twitter ou sur votre mur Facebook, vous avez raté quelque chose. Il y a quelques jours, le président des États-Unis Barack Obama était l’invité de Zack Galifianakis et de son émission Between two Ferns (littéralement : « Entre deux fougères ») sur l’excellente et hilarante chaîne web Funny or Die (à qui l’on doit récemment aussi une fausse pub pour les skateboards volants « Hoverboards », tirés du film « Retour vers le Futur »… ces types sont partout !). Le présentateur humoriste conduit une interview décalée du chef de l’État, qui répond du tac au tac dans une mise en scène sobre, mais savamment orchestrée.

 

Outre les évidentes qualités d’acteur d’Obama et le bon fonctionnement du duo comique, on retient surtout que le président était venu casé un message sur l’assurance-maladie américaine, et plus spécifiquement à destination des jeunes. Zack Galifianakis s’en amuse même à un moment :

Galifianakis : Est-ce que vous allez sur des sites en .com, .net, ou est-ce que vous êtes plutôt du genre à rester sur les .gov ?

Obama : Oui, je vais sur les .gov et à ce propos, vous avez entendu parler de healthcare.gov ?

Galifianakis (pour lui-même, soupirant): Et voilà, c’est parti… (reprenant) Okay, on va faire ça autrement : quel message est-ce que vous êtes venu caser, en fait ?

Obama : Pour commencer, je ne serais pas aujourd’hui avec vous si je n’avais rien à caser.

Malin, Obama joue avec les codes des médias et d’internet. Cette culture du fun, du buzz, de la viralité, il la connait par coeur : c’est la sienne, et c’est aussi celle qui l’a en partie fait élire. De fait, Obama est sans aucun doute le premier président-internet : l’homme politique et son équipe ont compris depuis longtemps que la meilleure manière de parler aux plus jeunes de leur concitoyens était d’utiliser les médias qu’ils consultaient, ou plutôt de s’insérer entre deux feuilles, deux statuts, deux Like, et d’utiliser l’humour.

La fenêtre de tir n’était pas large, parce que le net va à cent à l’heure et qu’il faut bien préparer son coup pour accrocher les rails, mais la vidéo était évidemment montée pour devenir une machine de guerre du web ultra-efficace. Ça n’a pas raté. La vidéo est très drôle et la chute hilarante (il faut augmenter le salaire du monteur, qui a mon avis a rendu l’interview beaucoup plus drôle qu’elle ne l’était en réalité). Une viralité énorme s’est greffée au message, qui à l’heure où j’écris ces lignes a dépassé les 44.000 Likes sur Facebook, et ça ne fait que commencer. En conséquence, la fréquentation du site de l’assurance-maladie a connu un bond phénoménal. Une manière de faire une pause humoristique ? Non, bien sûr : juste une autre manière de faire passer un message politique. Sous des dehors très légers, c’est une affaire on ne peut plus sérieuse, exécutée avec brio.

Vous imaginez François Hollande ou Nicolas Sarkozy se prêter à ce jeu ? Il y a décidément certaines choses qui — en tout cas pour le moment — ne peuvent fonctionner qu’aux USA. Internet est une arme de communication massive, et les politiques commencent tout juste à comprendre que les blogs et les interviews sérieuses ne sont pas les seuls moyens qu’ils ont de communiquer avec leurs électeurs.