Avoir été un enfant dans les années 80

 

Pour la prochaine nouvelle qui sortira vendredi, intitulée Aurélia sous la terre, j’ai pris quelques heures sur mon temps d’écriture pour me replonger dans le souvenir des jouets de mon enfance. Je voulais non pas créer un catalogue exhaustif et en faire la démonstration dans le texte, mais simplement m’immerger à nouveau dans cet état d’esprit très particulier qui me faisait chaque année attendre Noël et mes anniversaires avec une grande impatience. L’histoire est en effet centrée sur une histoire de jouets et je voulais me réapproprier certaines émotions particulières.

Ce « travail » fait lui aussi partie de ce que j’appelle les recherches : il ne s’agit pas seulement de dégoter des termes techniques ou des faits historiques pour les resservir dans une narration — pour faire vrai, comme ils disent, cela me donne le plus souvent l’impression d’une vieille boîte de conserve laissée ouverte — mais aussi de plonger dans un contexte, de se placer dans la tête de ses personnages et de regarder à travers leurs yeux, de ressentir les mêmes émotions qu’eux. Pour Aurélia sous la terre, je n’avais pas à chercher bien loin: j’avais déjà tout vécu étant enfant. Mes souvenirs avaient seulement besoin d’un peu de ménage.

J’ai donc été farfouiller sur les internettes et particulièrement sur le site de l’INA dont les archives regorgent de publicités. Je n’ai pas spécialement réutilisé tout cela dans le texte — vous le découvrirez vendredi, ou dès maintenant pour les abonnés qui peuvent d’ores et déjà lire la nouvelle dans leur espace de téléchargement — mais j’ai pensé qu’il serait amusant de creuser un peu dans mes souvenirs et de vous parler de ces relations très spéciales que nous entretenions avec certains objets. À n’en pas douter, si vous êtes né à la même époque que moi, ces images mettront votre mémoire en ébullition. Je n’ai pas voulu parler de tous les jouets, mais seulement de ceux avec lesquels j’ai joué. Ne vous étonnez pas si vous ne retrouvez pas votre jeu préféré. Mais vous pourrez vous défouler dans les commentaires.

51MjrlPb6aL._SL500_AA300_

PUISSANCE 4 : Je suis né en 1981 et les jeux de société ont eu une importance prédominante dans ma jeunesse. Nous passions notre temps sur ces jeux de plateau, souvent basés sur un concept simple d’adresse ou de stratégie. Puissance 4 en fait partie. je n’ai jamais possédé le jeu mais j’ai le souvenir d’y avoir joué chez un ami. Je trouvais le principe fascinant de simplicité. Il faut aligner 4 disques de la même couleur, c’est tout. Incroyablement bête et donc hautement addictif. Ça vaut bien Candy Crush.

***

911_001

LES PETIS SOLDATS : Oui, j’ai joué aux petits soldats, et pas qu’un peu même. Mes parents me les achetaient par paquets de 100, dans des sachets en plastique contenant plusieurs exemplaires des mêmes figurines. Bazooka, mitraillettes, les types qui rampent, les autres qui courent, les techniciens radio, nous passions des heures à les aligner dans les cailloux du jardin. Un jeu dont je garde un souvenir ému pour l’avoir partagé avec mon père. Au final, les arrivages se mélangeaient, les plus petits avec les gros, de différentes couleurs, etc. Ma préférence allait aux gros bleus. Non, pas les Schtroumpfs, ni l’équipe de France.

***

118515

LES VOITURES ELECTRIQUES : Sur des circuits en plastique percés d’une tranchée métallique, nous placions nos véhicules que nous contrôlions à l’aide d’une poignée de serrage. Plus on serrait, plus ça allait vite. Si vous appuyiez trop fort dans un virage, la voiture déraillait. Un jeu auquel j’ai joué chez les autres aussi.

***

400787_522018687825957_386807223_n-e1355393686328

LE TÉLÉCRAN : Je crois que tous les gamins de cette époque ont eu un Télécran. C’était vraiment le jeu passe-partout, qui renforçait la créativité en même temps qu’il vous donnait envie de vous arracher les cheveux. Le principe était de tourner les boutons et une sorte de crayon dessinait un trait à l’intérieur. Sur l’image de présentation, les traits sont droits, ce qui dans la pratique n’arrivait jamais : la plupart de nos créations étaient aussi moches qu’éphémères. En secouant, on effaçait l’écran dans un grand bruit de sable ou de maracas. Au bout de quelques années, ça n’effaçait plus rien du tout.

***

554211107886170

TOUCHÉ-COULÉ : Super jeu de société mêlant action et stratégie, il s’agit de couler la flotte de l’autre en donnant des coordonnées au hasard. Je me rends compte que j’ai presque autant de souvenirs de ce jeu que de la publicité correspondante, et je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager.

***

chimie2000

CHIMIE 2000 : le fameux coffret du petit chimiste dans lequel on trouvait tout l’attirail nécessaire pour faire des expériences basiques mais amusantes. Je me souviens particulièrement de la limaille de fer qui, versée doucement dans la flamme du réchaud, produisait de jolies étincelles. Evidemment, le jeu n’avait plus aucun intérêt une fois que vous aviez épuisé le contenu de vos tubes à essai.

***

dal5he4f

L’ÎLE INFERNALE : Il s’agit d’un de ces jeux de plateau que je rêvais d’avoir (l’effet publicité) et que je n’ai finalement jamais possédé. Il avait l’air tellement dingue. J’y ai joué une fois chez un ami et je me suis finalement rendu compte qu’il n’était pas si incroyable, et que la publicité était bien meilleure en réalité. Mais le coup du boulet rocheux qui vient détruire le pont pendant votre progression, à la Indiana Jones, avouez que ça vous a aussi donné envie.

***

dino-riders

 LES DINO-RIDERS : Une série qui n’aura pas duré longtemps et qui, je l’ai appris il y a peu, n’avait été créée que pour vendre des jouets. En gros, c’était un mashup d’univers, de la science-fiction avec des dinosaures : des hommes se servaient de ces animaux préhistoriques comme d’engins de guerre. Je devais en avoir deux ou trois, notamment celui-ci, mais les petits accessoires se perdaient trop facilement.

***

eighties-jeu-qui-est-ce-annees-80-1

QUI EST-CE ? : Est-ce qu’il a une moustache ? Est-ce qu’il a des cheveux roux ? Est-ce qu’il porte des lunettes ? Est-ce que c’est Richard ? Gagné ! Le but de Qui est-ce ? était de poser des questions à son adversaires pour trouver son personnage. Par élimination, on finissait par dégotter le bon.

***

GRAYSKULL-CASTLE-1-MATTEL

MUSCLOR, LES MAÎTRES DE L’UNIVERS ET LE CHÂTEAU DE SKELETOR : Alors là, grand moment. À une époque, les jouets Musclor étaient mes jouets préférés. Tous mes amis avaient eux aussi des figurines et nous les faisions combattre les unes contre les autres. Ma grande fierté : je possédais ce magnifique château en forme de crâne qui s’ouvrait en son milieu et dévoilait des accessoires, mais aussi des pièges mortels, notamment une geôle habitée par des monstres terrifiants. Enfin là, on ne les voit pas, on dirait que c’est juste un truc moche en plastique… mais je vous jure, ils étaient là. Par contre, gros problème des figurines Musclor : leurs jambes, maintenues par un gros élastique noir sous la taille des personnages, se cassaient. Du coup, on avait des jouets cul-de-jatte. Autre problème : sans doute pour un souci de licence française, Musclor a un jour repris son  nom américain et est devenu E-Man. Je me souviens que j’étais abonné au club et à la revue Musclor. Je recevais régulièrement des nouvelles de mes héros favoris, genre des cartes postales de Skeletor en vacances. Et quand Musclor en personne m’a envoyé une lettre pour me dire qu’il changeait de nom, tout un pan de mon enfance s’est envolé. Triste nouvelle. Ce n’était plus la même chose.

 ***

docteur-maboul

DOCTEUR MABOUL : Un jeu d’adresse où il faut retirer les organes du malade. Une bordure électrifiée détectait si vous touchiez les bords et produisait un son désagréable. Un classique. On peut revoir la pub sur le site de l’INA.

***

HIPPOGLOUTONS : un de mes premiers jeux de société. J’ai des souvenirs de ce jeu à la maternelle. La publicité parle d’elle-même.

***

machineapeindre

LA MACHINE A PEINDRE : Jamais possédé ce jeu formidable qui a certainement dû faire vendre de la lessive en masse, mais j’ai gardé depuis toujours la chanson dans la tête. Je vous invite à aller la regarder sur le site de l’INA parce que ça vaut vraiment le coup. Les pubs expliquaient le fonctionnement du jeu et répétaient le plus possible son nom, pour que les gamins n’aient que cela en tête au moment de faire les listes de Noël. D’où cette magnifique citation que je vous fais partager : “Ce chef-d’oeuvre d’invention, redis-moi encore son nom.”

***

mastermind-social-media-marketing-dallas

MASTERMIND : Le Mastermind me rappelle des mercredis après-midi passés chez ma grand-mère, avec le tic-tac de la pendule et les pions qui s’alignaient les uns après les autres. Un jeu d’apparence austère mais qui au fil du temps et de l’expérience, devenait vraiment intéressant.

***

old-atmosfear-1

ATMOSFEAR : Le premier jeu de société « interactif » : il fallait débuter la partie en même temps que l’on mettait en lecture une cassette vidéo dans le magnétoscope. Un type effrayant, le Maître des Clefs, vous faisait sursauter et vous donnait des gages. Un truc un peu glauque, en plus son visage se décomposait au fil de la partie, qui ne durait qu’une heure. Il fallait aussi lui répondre. Je me souviens clairement qu’on ne le faisait pas (ou qu’on se moquait de lui) parce que même si nous étions des enfants stupides, il nous paraissait tout aussi stupide de causer à la télévision. Reçu pour un Noël. Si vous n’avez que ça à faire, vous pouvez regarder la vidéo ici:

***

Richessesdumonde

RICHESSES DU MONDE : un jeu qui lui aussi se trouvait chez ma grand-mère et qui était… comment dire, un peu ennuyeux. Il s’agissait de gérer les ressources de la planète (métaux, céréales, bois, etc) et de devenir à peu près riche, je crois. Le fonctionnement est un peu flou. Nous y jouions quand nous avions véritablement épuisé toutes les autres possibilités.

***

SpirographBox86

SPIROGRAPHE : Pas vraiment un jeu, plutôt un outil de dessin : des roues crantées servaient de guides à vos stylos et vous permettaient de dessiner des motifs complexes. Idéal pour la fête des mères. Nos mamans ont dû être ravies.

 ***

tigre

LES PÉTARDS TIGRE : Nous allions les acheter à l’épicerie du village, où l’épicier à demi aveugle nous servait en même temps qu’il nous adressait un petit sourire complice. Il y avait différentes gammes, de la batterie de petits pétards dite « mitraillette » aux supers pétards BISON qui faisaient s’envoler les oiseaux des arbres et résonnaient dans nos ventres tandis que nous nous cachions derrière un arbre en nous bouchant les oreilles. J’ai quasiment rencontré mon meilleur ami d’enfance grâce à ces pétards, non pas parce que nous y jouions ensemble mais parce que je lui en ai jetés dessus. Il faut comprendre : il venait d’emménager dans notre rue, il était un peu le « new kid on the block » et il devait subir une sorte d’initiation pour que nous puissions l’accepter dans notre groupe. En plus, il possédait un vélo tout-terrain neuf qui avait dû susciter bien malgré lui notre jalousie. Ha oui, et il venait de Dijon, une grande ville, ce qui pour nous, gamins d’un minuscule village de 1000 habitants, revenait à habiter Paris. Le premier été, nous l’avons bizuté (pour ne pas dire martyrisé) et je réalise à présent le courage dont il a dû faire preuve (peut-être poussé par ses parents) pour revenir à l’assaut chaque soir et essayer de s’insérer. Il y est finalement parvenu. D’ailleurs, c’était l’été qui précédait ma rentrée en sixième, au collège. Nous nous sommes retrouvés dans la même classe, comme quoi il n’y a pas de hasard. Nous avons été « obligés » de fraterniser, et j’ai finalement été témoin à son mariage comme lui au mien. Tout ça à cause de pétards.

***

tomy-racing-dashboard

TURBO TOMY : Pas eu non plus à la maison mais joué lors d’un nouvel an chez des amis de mes parents. Une sorte d’ancêtre du jeu vidéo. Ça avait fait un malheur à l’époque. On se croyait dans Tron.

***

Toys Pif coutelas Rahan

PIF GADGET ET LE COUTELAS DE RAHAN : En bon enfant des années 80 qui se respecte, mes parents m’ont acheté Pif Gadget. Outre les bandes dessinées que nous retrouvions chaque semaine, il y avait ce fameux gadget que nous adorions. Mon préféré a été sans conteste le coutelas de Rahan, un faux couteau en ivoire-plastique qui ne m’a pas quitté pendant des années. Je dormais même avec le coutelas sous mon oreiller. J’ai des photos avec ce jouet, je les retrouverai et vous les montrerai. Je paierais cher pour le retrouver.

 ***

tumblr_ma2fr35HfA1qacdago1_500

LE MILLE BORNES : un jeu de cartes qui existe toujours et auquel nos propres parents ont joué. Il fallait parcourir 1000 kilomètres en évitant les accidents, les pneus crevés et les coups tordus des autres joueurs. Nous l’avons racheté il y a quelques années et y jouons encore régulièrement quand nous faisons des soirées entre amis.

 ***

voiture-capot-petard

LES VOITURES PÉTARDS : On insérait une petit cartouche de poudre dans le capot et lorsqu’on la faisait percuter un mur, la voiture se déformait dans un grand bruit de pétard. Dans le même genre, il y avait aussi les pistolets à amorce.

***

zDA0005

Les avions en polystyrène : vendus en planche et en kit, ces avions très basiques volaient néanmoins beaucoup mieux que la plupart de nos avions en papier. Il y avait même une petite hélice à placer sur le nez. Ils étaient disponibles dans de multiples modèles.

***

zlabyrinthe_1

LABYRINTHE :  Un jeu de plateau où l’on modifiait le chemin en poussant de petits cartons carrés, au détriment de nos adversaires, pour récupérer les trésors cachés du labyrinthe. Le jeu existe toujours, je l’ai vu au centre commercial l’autre jour.

 ***

SUPER SIMON : Un de mes premiers cadeaux de Noël « technologique » : il fallait répéter une séquence musicale et ça pouvait vite devenir très énervant.

 ***

LES MYSTÈRES DE PÉKIN : Vous aussi, vous vous souvenez de ça ? Le coup du message secret dans le miroir, de la carte codée à regarder à travers le filtre rouge… Un mot : extra.

Et vous ? Quels souvenirs gardez-vous de vos jouets d’enfance ?

Photo bandeau : David D