Shintô : les dieux qui dorment sous les feuilles mortes

« Faire son catéchisme » était pour ma grand-mère au moins aussi important que d’aller à l’école : elle avait donc encouragé mes parents à m’inscrire aux cours du mercredi après-midi dispensés par la pharmacienne du village. Je ne me souviens pas y être allé à reculons la première fois ; à vrai dire tous mes amis de l’école ou presque y allaient eux aussi, c’était la tradition. Traversant l’arrière-boutique, on rejoignait la cuisine, puis le salon attenant, pour se retrouver autour d’une table et discuter des aventures de Jésus — il me semblait que le Messie disposait de pouvoirs à faire pâlir d’envie les super-héros et ça me plaisait plutôt, même si à 7 ans les paraboles m’évoquaient davantage des antennes de télévision que des analogies riches d’enseignement. L’ambiance n’était pas à la bigoterie : on rigolait comme dans la cour de récréation, on mangeait des gâteaux et on finissait toujours par poursuivre le chien de la pharmacienne dans le petit jardin derrière la boutique. Je suis allé longtemps au catéchisme, j’ai aussi écumé les colonies de vacances catholiques jusqu’à 13 ou 14 ans, mais je me souviens distinctement n’avoir jamais vraiment cru ce qui s’y racontait ; même petit, je n’ai jamais eu la foi — et l’hypocrisie de mes amis qui voulaient faire leur communion uniquement pour les cadeaux me révoltait en secret. Pendant les camps, j’étais le seul à ne pas aller à la messe le dimanche, je ne m’y sentais pas à ma place et il me semblait que c’était idiot de prier un Dieu auquel je ne croyais pas. Pendant une heure, je marchais sous les arbres qui bordaient le parc de la propriété, la tête penchée comme sous le poids d’un regard extérieur. Je n’aurais jamais continué si je ne m’étais pas tant amusé le reste du temps : en semaine, c’était une colonie de vacances comme toutes les autres, à l’ambiance formidable, où je ne me suis jamais senti jugé par les prêtres ou les moniteurs. Reste que je n’étais pas touché par la foi comme les autres. Quelque chose m’échappait dans le concept de divinité, ça ne collait pas avec l’image que je me faisais du monde. J’ai toujours admiré, pour ne pas dire envié, ceux qui croient en un Dieu : il me semble que leur vie est plus douce. Je me trompe peut-être. Continuer la lecture de « Shintô : les dieux qui dorment sous les feuilles mortes »

De l’effacement comme odyssée

Les personnes qui me suivent régulièrement savent combien est grande en moi la volonté d’effacement. J’ai fait plusieurs tentatives en ce sens, la plupart infructueuses. Pour ceux qui se demanderaient encore de quoi je parle, je ne suis pas en train de vous dire qu’il m’arrive de penser au suicide (bande de nouilles). C’est d’internet dont il est question. Continuer la lecture de « De l’effacement comme odyssée »