⭐ En 2019, fabriquons une nouvelle manière de nous parler !

Adieu Facebook, Twitter et Instagram. Assez, de nourrir ces machines à dollars qui sabotent notre capacité d’attention, manipulent nos egos, algorithmisent notre vision du monde, de la réalité, et qui s’approprient nos vies privées pour les transformer en fortunes. Il n’est plus question de soutenir des entreprises qui nourrissent nos instincts les plus bas pour générer du trafic – de l’« engagement » : notre colère est le bois duquel naissent ces incendies, et elle est à ce titre encouragée, valorisée même.

Nous sommes les ouvriers de ces empires, que nous consentons à construire de nos propres mains. Et pour quelle récompense ? Celle, illusoire, de « nouer du lien » et de « rester en contact », et parfois même, pour certains, celle de « faire notre promotion », d’atteindre la « célébrité ». Les yeux rivés sur nos compteurs, nous nous enfonçons dans la solitude des foules. Nous crions de plus en plus fort. Mais lorsque les oreilles s’habituent, plus personne n’écoute. Nous entretenons le rêve d’être tous et toutes liées, alors que souvent nous ne nous observons qu’à travers une fenêtre muette et lointaine.

Mille contre-exemples pourraient m’être opposés, le mien en premier. Les réseaux sociaux ont compté pour une part importante dans mon travail. Chaque jour, des amitiés s’y créent, des histoires d’amours s’y dessinent, des vocations y naissent. Mais ces évènements, je crois, ne sont que d’heureux accidents : tout peut paraître beau vu de très près. Les rouages n’y sont pour rien : la faute incombe à la mécanique, et à son ingénieur.

Pour toutes ces raisons, j’ai supprimé mes comptes de réseaux sociaux. J’avais parfois l’impression de m’y perdre, d’y diluer facilement mes joies et mes colères aussi, alors que j’en aurais tant besoin pour écrire. L’illusion de rester en contact ne tenait plus : à quoi cela sert de se dire « ami » avec quelqu’un sur Facebook quand on ne lui a pas parlé depuis dix ans ? Revenir au temps présent, c’est aussi prendre soin de nos liens.

Je me suis donc lancé un défi pour 2019 : réussir à rester en contact avec vous. Par le biais de ma newsletter notamment, à laquelle vous pouvez vous inscrire si ce n’est déjà fait, mais aussi par tout autre moyen qui vous semblerait adéquat ou intéressant. J’ai conservé mon compte YouTube, car une part important de mon travail d’auteur s’y trouve. Ce ne peut être qu’une piste parmi cent autres. Parlons-nous. Et si vous avez des idées, répondez-moi : ce n’est pas plus compliqué que cela et c’est un dialogue que je souhaite instaurer. Gardons le contact, mais un vrai contact.

En 2019, je veux inventer une nouvelle manière d’échanger avec vous, hors de ces circuits qui finissent toujours par nous nuire à un moment ou un autre. La vie d’un artiste ne peut pas se limiter à la manière dont il utilise les services d’entreprises américaines milliardaires. Je ne peux pas y croire. Et j’aimerais que cette expérience serve de laboratoire.

J’espère que nous aurons la joie de construire cette chimère ensemble.

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C’est officiel

Les réseaux sociaux sont malins : même une fois vos comptes clôturés, ils les gardent en archive pendant un temps donné – manière de dire que rien n’est irrémédiable, et que ce qui s’est défait sur un coup de tête peut se renouer en un clic, juste le temps de se loguer. Je m’étais d’ailleurs fait prendre il y a un mois, alors que j’avais désactivé mes comptes depuis quelques jours : par réflexe, je m’étais reconnecté à mon compte Twitter – enfin, mes doigts s’y étaient reconnectés, pas mon esprit, si bien qu’il m’a fallu quelques secondes pour réaliser où j’étais, et constater mon état de dépendance aux réseaux. Je n’avais même plus besoin de ma tête. Juste de mes doigts.

Bref, cette malheureuse connexion avait rallongé de quelques jours le fameux « délai de rétractation » (30 jours pour Twitter, sans doute pareil pour Facebook). Mais puisque 32 jours se sont écoulés depuis le malheureux incident, j’ai tenu à vérifier que tout cela n’était pas un mensonge éhonté et que mes informations avaient bel et bien disparu. J’ai donc tenté de me reconnecter.

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Mauvaise nouvelle : Twitter va fermer ses portes

C’était inéluctable, nous le savions, parce que rien en ce monde n’est éternel, mais nous ne pouvions pas nous empêcher d’espérer. On a beaucoup parlé, évoqué un temps un possible rachat collectif par tous les utilisateurs, mais le monde étant devenu complexe, il ne se satisfait plus de réponses simpl(ist)es. Ce jour du 29 avril 2026 est donc à marquer d’une pierre blanche : deux ans après Facebook, dont la fermeture de la branche « réseau social » avait provoqué le tollé que l’on sait, Twitter a officiellement annoncé qu’il fermait à son tour les portes de son service. Le bureau d’administration a tranché : plus assez rentable. Twitter venait tout juste de fêter son vingtième anniversaire.

Twitter avait pourtant connu une embellie dans le courant 2020, profitant de la démocratisation des technologies de contrôle vocal et d’intelligence artificielle, et offrant à ses utilisateurs des interfaces toujours plus personnalisées, à mi-chemin entre salon de discussion public et messagerie privée. Les critiques n’avaient pas été tendres lorsque le service de micro-blogging avait décidé de renforcer la part algorithmique des messages affichés aux utilisateurs, mais la tempête avait fini par passer ; car les utilisateurs ont fini, on le sait, par adhérer au concept de bulle de filtres, la vague du « webcare » étant passée par-là, popularisée par des livres de développement personnel tels que Le miroir du réseau ou Modelez le web à votre image.

Bien sûr, les défenseurs d’un web libre et décentralisé avaient prévenu : avec la concentration des données sur une poignée de grosses plateformes, c’était tout un pan de la réflexion et de la création du XXIème qui courait le risque de disparaître purement et simplement de l’histoire. Ils n’ont pas été démentis : avec Twitter qui ferme, ce sont 20 années d’échanges, de contradictions, de propos calomnieux, injurieux ou mensongers aussi, qui sombrent dans le néant. Twitter assure que les usagers pourront télécharger leur archive personnelle pendant encore un an à compter de la date de fermeture officielle, qui devrait être annoncée sous peu. Mais sans la connexion entre les différents comptes qui rendait lesdites archives dynamiques, et donc pertinentes, ces sauvegardes risquent fort de perdre tout intérêt documentaire pour les historiens. D’autant que peu d’internautes décideront d’en faire quelque chose, et la plupart finiront par pourrir dans un coin de cloud oublié.

Soixante-seize chercheurs et historiens ont publié lundi dans Le Monde une tribune invitant les états à se saisir du dossier et à négocier avec Twitter une pérennisation de la disponibilité en ligne du service, dans un souci de conservation. Il ne s’agirait pas de permettre aux utilisateurs de continuer à utiliser le service, mais de le garder en ligne en l’état, consultable librement par tous. On le sait, Twitter a été le lieu de toutes les discussions politiques des dix dernières années. Avec sa disparition, craignent les signataires, on risque de voir se créer « le plus grand trou noir de l’histoire moderne », comparable avec celui de la disparition des œuvres hors domaine public en déficit d’exploitation.

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