Littérature vandale : écrire comme d’autres taguent les murs

Le street art nous montre qu’on peut vouloir créer pour le seul plaisir du partage.

En bon gribouilleur du dimanche que je suis, j’ai toujours admiré et été attiré par le street art : c’est le genre de choses que j’aurais aimé faire de mes nuits à une certaine époque. Mais je suis un trouillard, et je n’ai jamais vraiment dépassé l’idée de me faire arrêter par la police pour vandalisme. Ma seule « œuvre »a été peinte au fond de ma petite impasse parisienne où j’habitais étudiant, à l’abri des regards et des phares des voitures. Je me souviens de l’excitation, de l’adrénaline — et puis aussi de la fierté de retrouver ce truc peint à la va-vite quelques mois plus tard, fixé sur la pellicule d’un vrai film de cinéma avec gros plan et tout. J’y repense aujourd’hui avec une vraie joie. Continuer la lecture de « Littérature vandale : écrire comme d’autres taguent les murs »

Malgré tout ça, j’ai choisi le libre

« Non mais le libre, ce n’est pas viable économiquement, et comment vont faire les auteurs pour payer leurs factures, et pourquoi tu veux détruire le droit d’auteur, c’est juste parce que t’es frustré c’est ça, et puis des éditeurs, des producteurs, des ayants-droit, y en a des bien, et puis, et puis, et puis… »

Choisir le camp du libre est parfois un sacerdoce, et quand on est artiste, c’est souvent tracer une frontière entre soi et presque tous les autres. Je ne dis pas que c’est marrant au quotidien, parce qu’il faut sans cesse répéter les mêmes choses, parfois de différentes manières, et essayer de le faire sans rebondir sur la mauvaise foi, les invectives et les accusations. Parce qu’on est dans la position de celui qui veut convaincre, bien sûr, et qu’une insulte n’a jamais convaincu personne… Continuer la lecture de « Malgré tout ça, j’ai choisi le libre »

Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité

Penser notre culture non plus comme un agglomérat d’œuvres isolées et protégées, mais comme un flux : un nouvel éclairage sur notre rapport aux œuvres qui pourrait révolutionner la manière dont nous vivons – et faisons vivre – la culture.

Dans un article (brillant) publié sur son blog, Lionel Maurel pose les bases d’une vision radicalement nouvelle de notre relation à la culture et la création, non plus du point de vue du seul droit d’auteur mais de celui des droits culturels, dont Wikipédia donne la définition suivante :

Les droits culturels visent à garantir à chacun la liberté de vivre son identité culturelle, comprise comme « l’ensemble des références culturelles par lesquelles une personne, seule ou en commun, se définit, se constitue, communique et entend être reconnue dans sa dignité » (Déclaration de Fribourg sur les droits culturels, 2007).

Cet article a comme actionné un interrupteur en moi. En effet, il a posé des bases claires et surtout un liant solide à de nombreux concepts parfois nébuleux auxquels je réfléchissais depuis des années.

Il s’agit de considérer la culture non plus comme un agglomérat d’œuvres tenues séparées les unes des autres par des obligations juridiques strictes, mais, pour reprendre les mots de Lionel Maurel, comme un vaste « continuum, qui progresse sous la forme d’une incrémentation perpétuelle », et de réfléchir à une charte et/ou à une licence qui ne se fonderait plus sur le droit d’auteur, mais sur ces fameux droits culturels. Continuer la lecture de « Droit d’auteur contre droits culturels : la culture est un jardin collectif dont nous avons la responsabilité »

Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles

J’ai dû pour la première fois entendre parler du « Monde des Idées » de Platon en terminale. Je me souviens que rien ne me semblait à l’époque plus stupide que d’imaginer que quelque part – dans un Ailleurs inaccessible et un Quand indéfinissable – flottaient ce que le philosophe désignait sous le nom d’Idées : en somme des archétypes, des modèles, desquels découlaient tout ce que nous connaissions. Prenez ce cheval qui s’ébroue tranquillement de l’autre côté de la route (c’est une image, ne traversez pas, c’est sans doute une clôture électrique). Eh bien ce cheval n’est que la déclinaison terrestre de l’Idée même de Cheval – concept intrinsèquement parfait et indépendant de ses « variations » de chair et d’os. Ça semble idiot, pas vrai ? Et pourtant… Continuer la lecture de « Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles »

Projet Bradbury #2 : pensées sur la ligne de départ

J’ai décidé de remettre le couvert : à partir du lundi 11 septembre prochain, je tenterai à nouveau de publier une nouvelle par semaine pendant un an. Et cette question, lancinante : y parviendrai-je une seconde fois ?

La première fois, c’est toujours moins compliqué : il y a l’énergie de « le faire au moins une fois dans sa vie », la rage de réussir aussi, de prouver qu’on en est capable. C’est complètement différent la deuxième fois. On n’a plus rien à prouver, ni au monde, ni à soi. On sait qu’on en est capable, puisqu’on l’a déjà fait. Et c’est justement parce qu’on n’a plus rien à prouver que c’est plus difficile. J’avais ressenti cela au moment d’écrire mon deuxième roman : alors que le premier m’avait littéralement coulé des doigts, ce fichu deuxième était sorti dans la douleur. Parce que la rage, la frénésie, l’excitation nous ont quitté, il faut puiser en soi une autre énergie. Ou la trouver ailleurs.

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