Quand il faut écrire vite : la fiction à la poursuite de l’actualité

Aujourd’hui sort sur l’application Rocambole le premier épisode d’une série littéraire dont j’ai l’insigne honneur d’être l’auteur, et que pour de basses raisons de clarté et de référencement nous avons choisi avec l’équipe d’intituler Coronavirus (c’est bas, mais ça fait le boulot). Pour ceux qui ont l’habitude de lire mes histoires, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les protagonistes composent une fratrie d’enfants et d’adolescents, pris au piège dans un Paris placé sous stricte quarantaine militaire après qu’un virus meurtrier ait décidé de frapper le pays – bien entendu, toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite. Séparés de leurs parents par un malheureux coup du sort (et du scénariste), Lia, Samuel et Anton vont devoir se débrouiller seuls dans une ville livré à la panique et au chaos. Continuer la lecture de « Quand il faut écrire vite : la fiction à la poursuite de l’actualité »

Le coronavirus nous invite à repenser notre rapport à la culture (et à son industrie)

À l’exception des personnels indispensables au bon fonctionnement de la société, nous voilà momentanément confinés chez nous. Vilain virus. Et certains internautes de se réjouir : enfin du temps pour regarder des séries, écouter les podcasts qu’on n’a jamais eu l’occasion de lancer, et pour lire… notamment tous ces livres accumulés depuis des années sur nos étagères et qui attendaient d’être lus. Eh oui : plus de librairie ni de bibliothèque – il faut donc se débrouiller autrement.

Cette situation inédite pour notre génération nous invite à repenser notre rapport à la culture, et surtout à son industrie. En effet, terminé l’effet de flux permanent des sorties, des nouveautés en rayon, terminé les têtes de gondole, les kakemonos et les mises en avant en entrée de magasin, terminé aussi les films qui sortent au cinéma, les concerts, les représentations, ces évènements dont la liste à voir s’allonge au fil des jours. Nous avons appuyé sur le bouton pause, et tout s’est arrêté… ou presque. Continuer la lecture de « Le coronavirus nous invite à repenser notre rapport à la culture (et à son industrie) »

Pourquoi écrivons-nous ?

Quand je pose la question « Pour quelle raison écrivez-vous ? » autour de moi ou sur les réseaux sociaux, les mêmes réponses (oui, toujours les mêmes) reviennent en premier :

  • « parce que j’y prends plaisir » ;
  • « parce que ça me vide la tête, me fait oublier mes soucis, le monde extérieur, etc » ;
  • « parce que je ne sais faire que ça » ou « je n’ai pas le choix » ;
  • « je déprime quand je n’écris pas » ;
  • « j’écris pour partager mon expérience » ;
  • et la meilleure : « pourquoi devrait-on avoir une bonne raison d’écrire ? »

Je trouve tous ces témoignages formidables, et je souscris personnellement à la plupart d’entre eux : je prends du plaisir à écrire, ça me vide la tête, je n’aime pas ne pas écrire (quand j’ai l’impression de ne pas avoir le temps, l’énergie ou l’envie), et d’une certaine manière, j’écris pour partager une expérience aussi (la mienne).

Pourtant, je pense que toutes ces raisons ne sont pas les raisons réelles qui nous poussent à écrire – oui oui, remarquez comme je m’inclue dans le lot. Si je me mettais à parler en tant que scénariste ou dramaturge (ça tombe bien, puisque je le suis aussi), je dirais : « Les motivations de ce personnage sont un peu trop légères à mon goût ». En somme, les raisons qu’a ce personnage d’agir me semblent par trop superficielles pour constituer le véritable moteur de son action. Continuer la lecture de « Pourquoi écrivons-nous ? »

Une méthode simple pour écrire vite et bien : le « flow » de l’écrivain

Quand en 2013 je me suis lancé dans le Projet Bradbury, jamais je n’aurais imaginé que ce marathon d’écriture aurait un tel impact sur ma vie d’écrivain. Écrire une nouvelle par semaine pendant un an, soit 52 textes, me semblait être un objectif difficile, certes, mais atteignable, et ma première crainte ne tenait pas tant au rythme qu’aux idées : est-ce que je parviendrais à en avoir assez, et de suffisamment originales ?

L’expérience m’a prouvé trois choses. D’abord, que les idées ne sont pas un problème. En fait, il suffisait de se pencher pour en ramasser à la pelle. Ensuite, que j’étais parfaitement capable d’écrire une nouvelle par semaine pendant un an. Enfin, qu’au bout d’un moment, et l’habitude aidant, cela devenait même facile – au point qu’aux alentours du cinquième mois je commençais même à m’ennuyer avec ce rythme. Je donnais des cours à côté, j’animais des ateliers d’écriture, je me suis même lancé dans la production d’un roman-feuilleton diffusé en parallèle sur ma newsletter, de façon hebdomadaire… et j’avais encore du temps pour d’autres choses, notamment pour entretenir une vie sociale (rassurez-vous, tout ça a volé en éclats le jour où je suis devenu papa… le karma !). L’adage dit que l’écriture est un muscle. Et l’adage avait bien raison. En entraînant ce muscle, j’étais parvenu à un stade où il me suffisait de m’asseoir pour écrire 20.000 signes en une matinée. « Pondre » une histoire m’était devenu aussi naturel que marcher, manger ou dormir – et c’est d’ailleurs pour cette raison que je continue aujourd’hui de conseiller aux auteurs et autrices de se lancer dans leur propre Défi Bradbury.

Ces trois points (les idées, le rythme et l’habitude qui se crée) découlent d’une seule et même origine. Imaginez un robinet. Plus vous l’ouvrez, plus le débit est important. Et surtout, quoi qu’il arrive, même si vous faites barrage de vos mains, même si vous placez un récipient en dessous, l’eau continue de s’écouler. Mieux, elle contourne les obstacles, elle prend leur forme sans jamais perdre de sa substance, et forme bientôt une rivière impossible à arrêter. Cette rivière sur laquelle vous vous apprêtez à naviguer, c’est ce que l’on appelle le flow.

Continuer la lecture de « Une méthode simple pour écrire vite et bien : le « flow » de l’écrivain »

Traverser le désert : quand l’écrivain n’arrive plus à écrire

C’est une histoire banale, de celles qu’on préfère en général ne pas raconter. De ces histoires qui nous laissent un sentiment d’amertume, d’inachevé, et puis il faut le dire, parfois de vague honte. Cette histoire banale, c’est celle d’un type plein d’énergie, de projets et d’idées, qui à force de courir dans tous les sens finit par s’user.

C’est l’histoire d’un gars qui, à 33 ans, décide d’avoir des enfants, parce que l’amour est là et que l’envie est là aussi, qui en a deux d’un coup, ce qui ne gâche rien, et qui pense pouvoir mener tous ses combats de front. Et qui, les mois passant, se rend compte qu’il n’y arrivera pas. Parce que les enfants, c’est formidable mais c’est aussi une vie un peu plus épuisante que la précédente. Mais qui n’ose pas le dire.

C’est l’histoire d’un type qui, le temps aidant, la lassitude s’installant, la fatigue opérant, n’osait plus dire qu’il n’arrivait plus à écrire. C’est mon histoire, quoi : celle de quelqu’un qui sort à peine, tout doucement, d’une longue traversée du désert artistique, et qui ose enfin le dire à voix haute.

Continuer la lecture de « Traverser le désert : quand l’écrivain n’arrive plus à écrire »