Auteurs: découvrez la principale erreur des débutants!

 

9781599634098_p0_v1_s260x420The Writer’s Little Helper ne se présente pas tout à fait comme tous les manuels pratiques d’écriture dont le public américain est friand: plutôt que d’imposer de larges tartines à ses lecteurs et de les gaver de conseils inapplicables, le guide est composé de manière à pouvoir être consulté de façon rapide, entre deux rendez-vous ou lors d’un passage aux toilettes (ce qui le fait également entrer dans la liste des livres de toilettes idéaux). Chaque double page est ainsi consacrée à un sujet en particulier, rendant sa lecture facile et sans contrainte. Bien sûr, il s’adresse à un public qui sait déjà de quoi il parle: on ne vous prendra pas par la main pour écrire votre livre de A à Z. Ici, il s’agit de rendre meilleur le livre que vous êtes en train d’écrire.

Parmi les nombreux conseils prodigués, il est difficile de faire son choix. Pourtant une section attire particulièrement l’oeil lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois: il s’agit de la section dédiée aux erreurs de débutant. Vous savez: ces réflexes d’amateur qui rendent vaine toute tentative de donner un aspect “professionnel” à votre histoire (ce qui n’empêche pas de les retrouver dans bon nombre de livres publiés).

Bien heureusement pour nous (et notre future carrière d’auteur de best-sellers), l’auteur du présent ouvrage James V. Smith Jr. nous fait le plaisir de nous les lister, évitant ainsi à nos boîtes aux lettres de potentielles missives d’insultes en provenance d’éditeurs mécontents d’avoir perdu du temps à lire votre manuscrit.

L’erreur principale est simple: l’auteur intervient dans la narration. Restez en dehors de l’histoire! Ne collez pas votre nez dans votre monde fictionnel avec des expressions telles que: “si seulement elle savait ce qui se cachait derrière la porte” ou encore “il avait tort” et “elle ne le savait pas encore”. Mais vous considérez peut-être cet exemple comme trop élémentaire, ou comme faisant insulte à votre intelligence. Alors voici d’autres manières tout aussi irritantes qu’a l’auteur d’intervenir.

Se déroule alors une longue liste d’erreurs de style à éviter: nous vous laissons seuls juges de leur validité.

  • les expressions éculées: du genre de celles qui vous font passer pour quelqu’un qui regarde trop les sitcoms à la télévision,
  • les gimmicks pénibles ou les gadgets dramatiques, comme par exemple les points d’exclamation à outrance (mention spéciale aux trois points d’exclamation à la suite !!!) ou les allitérations (faire ses succéder des mots commençant par la même lettre),
  • les guillemets intrusifs, de ceux qui font se dire au lecteur: là, c’est l’auteur qui parle. Comme par exemple: Il ne s’était jamais trouvé en présence d’un tel “géant de la littérature”. Vous voyez? Là, c’est l’auteur qui parle, et il vous dit qu’il est drôle, qu’il a fait une blague et qu’il voudrait que vous la saisissiez au vol. Enlevez les guillemets: l’ironie passe tout aussi bien,
  • les changements de ton ou de langage: lorsque le personnage se met soudain à dire quelque chose qu’il n’aurait pas dit en temps normal, qui ne passe pas bien dans sa bouche… l’auteur est là,
  • Trop de détails tuent le détail: même si nous aimons les détails concrets, les recherches et l’exactitude, au bout du dixième grand cru décrit en profondeur par le personnage, nous avons saisi que l’auteur voulait juste nous montrer à quel point il était un oenologue averti,
  • des constructions de phrases alambiquées: à chaque fois que le lecteur bute sur l’une de vos phrases, c’est l’auteur qui montre sa présence,
  • les situations statiques et les trop longues descriptions: ce qu’Elmore Leonard appelle le truc que le lecteur saute. Quand le lecteur saute un passage, l’auteur a autorisé sa présence à être ressentie par le lecteur,
  • les répétitions, les phrases pontifiantes, le niveau de langage trop élevé, tout ce qui pourrait vous faire passer pour quelqu’un désireux de faire le spectacle de son érudition…

Et il y en a tellement d’autres. Vous pourrez vous-même compléter la liste.

Quand doit-on entendre la voix de l’auteur? Jamais. Restez en dehors, à moins que vous ne soyez en train d’écrire des mémoires à la première personne ou de l’auto-fiction.

Ça a le mérite d’être clair. Tous les conseils d’écriture ne sont pas toujours bons à prendre, mais il y a sans doute du vrai dans tout cela. Le Writer’s Little Helper est tout indiqué si vous désirez écrire des histoires efficaces à la Stephen King. Mais à n’en pas douter, de grands auteurs se sont sans doute déjà employés à appliquer l’inverse de ces conseils… avec succès. Les goûts et les couleurs.

*****

Photo d’illustration: Erin Kohlenberg (Flickr CC-BY 2.0)