Agence B : le retour de « Jésus contre Hitler »

Ça a commencé comme une blague, vraiment. Nous commencions à penser Walrus comme une entité éditoriale à part entière (au départ, c’était seulement un studio de création) et je n’avais aucune idée de la manière dont on pouvait décrire au mieux une ligne éditoriale afin de ne pas recevoir n’importe quel manuscrit.

Nos goûts allaient vers le pulp, le décalé, les cultures de l’imaginaire oui, mais nous ne voulions faire ni du Bragelonne ni du Bélial. Je me souvenais de ces petits bouquins du Club Van Helsing aux éditions Baleine, que j’avais adoré vendre en tant que libraire ; c’était ça, exactement. Du pulp court, percutant, qui te rentre dans le flanc sans crier gare et en rigolant avec ça, mais derrière lequel tu trouves toujours un petit truc qui te gratte, que ce soit une réflexion sur le monde ou simplement un point de vue original, une critique, quelquefois même un pamphlet déguisé en fiction.

Je me suis dit : « Quelle meilleure publicité qu’un titre ? » Oui, en toute franchise, Jésus contre Hitler était d’abord un titre, juste ça. J’étais en vacances et je voulais quelque chose d’à la fois idiot et drôle, qui puisse tout de suite mettre le lecteur potentiel dans un certain état d’esprit — aventures, second degré et culture web — et qui attise sa curiosité. Les titres versus, ça marche toujours dans les films de série Z, genre Batman contre DraculaFrankenstein contre Alien, pas besoin de faire un dessin, on a compris tout de suite de quoi ça parlait. J’ai cherché le plus gentil gentil qui puisse exister, le plus méchant méchant, je les ai obligés à discuter cinq minutes face à face, et voilà, Jésus contre Hitler était là, prêt à être écrit.

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Je n’avais pas vraiment pensé que ce titre puisse rencontrer un vrai succès. Je crois que je voulais juste qu’on parle de Walrus, que le livre buzze un peu et que ça ricane dans les chaumières. Ces histoires de Jésus revenu sur Terre pour être propulsé à la tête d’une agence gouvernementale secrète destinée à combattre un Hitler aussi vivant qu’imaginatif et adepte des sciences occultes, il n’y avait vraiment pas de quoi se prendre au sérieux. D’ailleurs, je n’allais pas écrire ça sous mon vrai nom, et puis quoi encore… Oui, c’est bien à l’occasion de la naissance de Jésus contre Hitler qu’est né « Neil Jomunsi ». Parce qu’on ne signe pas de son vrai patronyme un machin pareil, n’est-ce pas ?

Finalement, je me suis pris au jeu. Le pire, c’est que les lecteurs s’y sont pris aussi. Aussi dingue que ça puisse paraître, Jésus contre Hitler a rencontré son public. Des milliers de lecteurs se sont frottés aux aventures de John, David, Lovecraft, Li Mei, McGally et les autres, avec enthousiasme et souvent avec une certaine impatience pour l’épisode suivant. J’en ai écrit trois en quelques semaines, le quatrième a mis plus de temps à arriver, et le cinquième, celui qui sort aujourd’hui, encore plus. Pour moi, cette série doit rester récréative. C’est une manière de s’évader. Dans Jésus contre Hitler, je peux écrire ce que je veux. C’est un univers dont je maîtrise les codes, et je peux jouer avec, me défouler autant que je veux — c’était un peu le but d’ailleurs, me défouler, et ça l’est toujours.

Agence B a vocation à durer plus longtemps que Jésus contre Hitler. Ce sera un peu mon Maigret, mon Sherlock Holmes, mon Hercule Poirot à moi. J’y reviendrai régulièrement. Je ne me donne pas de limites en terme de nombre d’épisodes, mais je ne promets rien sur la régularité de publication et encore moins d’écriture. il faudra que l’envie revienne à chaque fois.

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Jolie couv, hein ? C’est du Jo Brown tout craché.

Cette nouvelle série, qui reprend tous les personnages là où nous les avions laissés, se déroule environ dix ans après Enfer et en Os — les quatre épisodes de Jésus contre Hitler deviennent en quelque sorte un prequel d’Agence B. Nos amis ont bien travaillé et croient avoir débarrassé la Terre de tous les monstres, goules, esprits et démons qui l’habitaient. Malgré le sentiment du travail accompli, l’ennui s’installe. Les bureaux de l’Agence B se vident, par manque de travail. L’ambiance est morose. Heureusement, un ange blessé va les sortir du marasme et les jeter sur la piste d’une créature mi-ombre mi-crocs à la recherche du Théonyme, le véritable Nom de Dieu. Ce premier épisode s’intitule Le Miroir noir (en référence à John Dee bien sûr) et il est disponible dès aujourd’hui sur toutes les librairies numériques.

Après autant d’attente, j’espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Mes généreux mécènes sur Tipeee ont pu le découvrir il y a une dizaine de jours et les premiers retours sont tous plutôt bons. Je ne pense qu’à une chose en ce moment : « pourvu que je ne les déçoive pas ». C’est à vous de juger.

Bonne lecture !