À part les crétins et les doux-rêveurs, qui veut encore améliorer ce monde ?

Je savais que Libé avait consacré sa première page au revenu de base, mais je n’avais pas encore eu l’occasion de lire les articles qui y étaient consacrés. En tant que supporter de l’idée, j’ai donc sauté sur l’occasion lorsque j’ai vu passer l’un d’entre eux sur mon flux Twitter. L’article en question est très informatif et ne m’a rien appris de nouveau. Il récapitule, néanmoins sans condescendance ni paternalisme, il faut le noter, les différentes expérimentations en cours et les enjeux auxquels nous confrontera bientôt une société sans emploi (mais avec beaucoup de travail).

Poussant le vice, j’ai voulu lire les commentaires. J’aime bien lire les commentaires, comme il m’arriverait de regarder NRJ12 (trois minutes, pas plus, au-delà j’explose), de lire les tweets de la fachosphère ou de lire un blog religieux pour me faire une idée des idées qui circulent hors de ma petite sphère. Il fallait s’en douter, de nombreux internautes avaient pris sur leur précieux temps pour expliquer à quel point l’idée d’un revenu de base était grotesque, ridicule, que c’était voler le pain du voisin (une analogie avec un type qui plante du blé et que son voisin qui roupille toute la journée viendrait lui voler) et que c’était irréaliste de penser qu’on pourrait nous payer pour ne rien glander (parce que dans la tête de beaucoup, nourris aux commentaires irresponsables d’une droite de plus en plus penchée, les allocations c’est le mal et ça rend fainéant). Ce qui est intéressant, parce que j’aurais davantage attendu ce genre de réflexions de la part des lecteurs du Figaro ou de Valeurs Actuelles. Sur la page de Libération, journal de gauche modéré, je m’attendais à ce qu’on soit un peu plus pondéré (mais je suis un grand naïf).

Je ne considère pas que les commentaires sous un article reflètent l’opinion générale, pas plus que Twitter ne reflète le monde : ces commentaires ne reflètent que l’opinion de leurs auteurs, qui doivent passer un temps certain de leur vie à saloper ces sections sur différents journaux (je ne doute pas que des lecteurs de gauche aillent commenter des articles jugés de droite, et inversement). Je sais que c’est une minorité bruyante comme d’autres sont silencieuses, et que leur exposition certaine voudrait nous la faire passer pour une opinion générale. Je ne tomberai pas dans ce piège. Mais il faut avouer que c’est tentant de répondre, parce que ça dit quelque chose des stratégies d’enfermement qui sont ici à l’œuvre.

Car le revenu de base ne propose pas de faire travailler davantage les classes moyennes. Il ne propose pas non plus de faire bosser les enfants, de faire des semaines de 67 heures ou de manger les personnes âgées. Financé d’une manière qui n’impacterait pas ceux qui décident de continuer à occuper un emploi, il propose de verser une allocation inconditionnelle — emploi ou pas — à tous les citoyens d’un pays donné, pour qu’ils puissent consacrer du temps à leur passion, à des associations, à des causes utiles (comme s’occuper d’un parent malade, par exemple), sans craindre de devoir faire une hypothèque sur la maison. Je ne suis pas sûr à 100%, mais je dirais que c’est plutôt, socialement parlant, une bonne nouvelle. Une foutue bonne nouvelle, même. Et je ne vois même pas comment on peut ne pas en vouloir, en toute franchise…

Mais on trouve une masse de gens contre. Combien ? On l’ignore, il faudrait faire un référendum pour se faire une idée approximative parmi les votants. Je ne comprends pas pourquoi. Ou plutôt, je ne comprends que trop bien et ça m’effraie terriblement.

Nous sommes conditionnés à supporter notre propre malheur. Nous avons appris à baisser la tête. Une chose est sûre : on est esclave de nos idées plus que du monde qu’elles ont contribué à bâtir. Et dans nos silences, nos hochements de tête, la mécanique du monde puise l’énergie de se renforcer. Nos maîtres ont bien travaillé : plutôt que de nous interdire le bonheur — nous ne l’aurions pas accepté —, ils ont installé des vitrines et nous ont convaincus que le bonheur, c’était ce qui se trouvait de l’autre côté, sur les présentoirs. Ils nous ont montré des voyages, des grosses voitures, des maisons immenses et ils nous ont dit : « Voilà ce qu’on obtient quand on travaille dur », oubliant de préciser que c’était ce qu’ILS obtenaient quand NOUS travaillons dur. Ils nous ont dit aussi que le bonheur c’était la satisfaction des envies, et que ces envies n’étaient pas compatibles avec celles du voisin, que le voisin chercherait toujours, d’une manière ou d’une autre, à nous mettre des bâtons dans les roues, qu’il nous volerait sans état d’âme, et que notre modèle si parfait était menacé par les envahisseurs, ceux de l’extérieur qui voudraient tellement en profiter. Et oui, il faut le dire, c’est vrai : sur les coups de 5-6 heures du matin, à l’heure où nous dormons encore, on les voit, ces envahisseurs, ces étrangers à la peau plus sombre que la nôtre, se fondre dans le petit matin clair pour aller récurer nos chiottes dégueulasses, aspirer les miettes de Starbucks sur des moquettes usées par les semelles des chaussures neuves, vider les poubelles gavées… Je les ai vus, quand je travaillais dans ce centre commercial d’une banlieue huppée, leurs regards vides, déjà las alors que le soleil venait à peine de se lever. Je leur souriais, leur glissais un bonjour, leur adressais la parole. Je lisais leur surprise quand ils relevaient la tête, convaincus qu’ils étaient d’être invisibles.

Nous sommes persuadés de vivre dans le meilleur des mondes réalisables (notez, je n’ai pas dit possibles) et que le mouvement, dans un sens ou dans l’autre, ne ferait que rompre un équilibre et mènerait invariablement à la ruine, à la fin de la civilisation, à la destruction. Qu’elle vienne, la destruction, nous l’attendons de pied ferme. Retirons-nous de la tête l’idée que le bonheur est quelque chose qu’on peut retirer aux uns pour donner aux autres : ça n’a pas de sens, le bonheur n’est pas un jouet qu’on enlève des mains d’un gosse, ou alors s’il l’est, c’est qu’il n’est pas vraiment le bonheur… juste une satisfaction passagère des sens ou de l’orgueil. Encore une fois, à chaque fois en réalité, le problème est la Peur qui nous grignote.

Dans Une fièvre impossible à négocier de Lola Lafon, j’ai relevé ce passage (entre autres passages qui m’ont tout autant parlé, mais je crois que celui-ci fait l’affaire dans le cas présent) :

« Et que ceux qui sont ironiques sur l’utilité de ce qu’on fait avec ENE se lèvent, personnellement je leur crache à la gueule très tranquillement. Parce que c’est finalement assez simple de laisser exister des personnes insoupçonnables, il n’y a pas de quoi se sentir si intelligent de ne rien faire. »

Je suis convaincu qu’à chaque fois que quelqu’un dans le monde accède au bonheur sans le faire au détriment des autres, le bonheur global augmente. Ça l’enlève rien à personne. Il faut simplement arrêter d’en parler et passer une bonne fois pour toutes aux travaux pratiques. Pas seulement pour le revenu de base, mais pour tout. S’arracher aux bras du très confortable, du trop confortable cynisme, déjà, de la servitude volontaire, en rangs serrés… ce serait pas si mal.

17 réflexions sur « À part les crétins et les doux-rêveurs, qui veut encore améliorer ce monde ? »

  1. « Nous sommes conditionnés à supporter notre propre malheur. »

    Je pense que tu te trompes. A mon avis, ce qui perturbe le plus les gens dans cette histoire de revenu de base, mais qu’ils ne parviennent pas bien à verbaliser, ce n’est pas une sorte de fatigue existentielle qui les pousse à ne plus vouloir se battre ; je dirais même que c’est peut-être ce qui reste de vivant en eux qui s’y refuse. Parce que derrière l’idée du revenu de base se trouve un principe dont je n’entends jamais parler mais qui est véritablement problématique : on se rend de plus en plus dépendant de l’Etat (ou de l’organisme chargé de gérer le machin).

    Plutôt que de travailler soi-même à soutenir sa vie, plutôt que de conserver l’indépendance de ses revenus grâce au marché libre, on va de plus en plus vers un système d’Etat Providence, de gouvernement-nourrice sans lequel tu ne peux rien faire. Tu parles de « nos maîtres » mais aujourd’hui je ne sais pas qui sont nos maîtres. Mon seul maître (et encore, je peux le voir aussi comme un client) c’est la société pour laquelle je travaille, à laquelle je ne suis lié que par un contrat qui peut se rompre. Si je m’en remets à l’Etat ou à je ne sais quel pseudo organisme public indépendant, je perds une partie de ma liberté. Et je ne l’aurai même pas choisi, ce sera un « changement sociétal », contrat obligatoire et incessible. Certes, je pourrai travailler EN PLUS du revenu, mais c’est tout de même un pas dans une direction de servitude douce, dont je ne comprends pas que personne ne parle. Quand l’Etat me fournira un vrai bon salaire de base et que je pourrai me consacrer entièrement à des activités non génératrices de valeur ajoutée, j’aurai l’impression d’êre plus libre, mais qui tiendra la gamelle ? Non pas moi, à la force de mes bras, mais le gouvernement-nourrice. Je serai pieds et poings liés à lui, et là véritablement, je saurai qui est « mon maître ». Qu’on menace de me couper les vivres, et alors que ferai-je ? Que l’argent du pays vienne à manquer, que ma pension diminue, et alors, que ferai-je ? J’irai manifester pour 10€ de plus et je crierai que les politiciens sont des salauds ?

    Certes, il sera facile de me répondre que beaucoup d’entreprises privées se comportent comme des racailles et que le contrat passé avec elles s’appuie un rapport de forces inégal, mais le problème est plus fondamental : il oppose la logique libératrice du marché, la logique du contrat privé, la logique de l’individu indépendant des groupes de pression, qui se porte tout seul, à la logique étatique qui t’enferme dans un cercle vicieux de lobbys et de clientélisme, de ressentiment, et te fait croire que rien, aucun aspect de ta vie ne peut être envisagé sans qu’un état ou un groupe ne donne son avis.

    La servitude volontaire ce n’est pas la servitude au marché, c’est l’abandon de ses libertés fondamentales au profit d’une entité qui te fait croire qu’en échange elle te rendra heureux.

  2. Si tout passe par la politique aujourd’hui, si les gens ne parlent que de ça en France, c’est parce qu’on est déjà dans un système mafieux, où c’est toujours un autre qui décide pour toi. Je prétends que le bonheur s’arrache au destin à la propre force de ses bras, loin de la politique et des groupes castrateurs, comme l’évoque d’ailleurs la Constitution américaine en faisant du droit « à la recherche du bonheur » un droit fondamental (et non le droit « au bonheur »). Or le moindre problème se transforme aujourd’hui en France en « réclamation », en constitution de groupes de pression, manifs, avec baratin marxiste pour se donner de la hauteur. Tout cela est hautement toxique pour l’esprit, qui s’enferme dans des logiques de réclamation, de droits infinis pour Untel et Untel, et on va bientôt passer la seconde.

  3. @Halv

    Je ne suis pas convaincue. Il y a l’État vu comme léviathan, ou vu comme contrat social. Vous voyez l’État comme un monstre extérieur, indépendant de nous, etc. qu’il faut contenter par quelques sacrifices périodiques (les impôts disons). Et alors vous pensez qu’en annulant l’État, on libère les individus.

    Cette façon de voir les choses relève, selon moi, de la fable.

    sd

  4. @ Halv : c’est une conception assez libérale, à l’américaine, que tu soutiens. En effet, je pourrais te rétorquer que ta description de l’État dévorateur des libertés correspond de mon côté à ce que j’ai connu de l’entreprise privée : menace de « restructurations » en permanence, suppression des acquis, exigences de productivité de plus en plus élevée pour le même salaire, voire moins, tout ça pour « garder ton emploi », et si tu n’es pas content, d’autres te remplaceront avec joie (et un rabais de 10%). Alors oui, je suis d’accord : il n’est pas bon de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Je vois le RDB comme un tremplin : quelque chose qui te donne du temps, pendant une période donnée, pour construire quelque chose, te former, lancer une activité, réfléchir… prendre le temps, un luxe qui nous est interdit aujourd’hui, parce qu’il faut toujours courir si tu ne veux pas crever et te faire marcher dessus. C’est malin comme stratagème : une personne qui court ne pense qu’à courir. C’est quand elle s’arrête qu’elle reprend le contrôle de ses idées. Mais je suis d’accord avec toi, il ne faudrait pas qu’une oppression en remplace une autre. J’ai toujours vu le RDB comme une base, un point de départ. Peut-être aussi qu’il faut jeter un oeil du côté du bitcoin (ou d’autres monnaies alternatives), ce que suggèrent certains économistes pour contourner la main-mise de l’État justement, et générer un RDB hors des carcans des gouvernements. Il serait intéressant de jeter un oeil de ce côté.

  5. Halv votre analyse est intéressante mais on reste sur cette dichotomie comme quoi il n’existe que le privé et le public (état).

    Si on sortait un peu de cette dichotomie et qu’on parlait justement de cet autre élément qu’on a tendance à oublier qui est le Commun et notamment de son financement. Un des buts du revenu de base est justement le financement de ce Commun grâce auquel on va pouvoir s’autonomiser vis à vis de l’État.

    Un autre point quand vous dites « je pourrai me consacrer entièrement à des activités non génératrices de valeur ajoutée » vous ne donnez qu’une certaine définition du travail. Si je vais chercher mes enfants à l’école vous dites que ce n’est pas du travail or si je paye quelqu’un pour aller chercher mes enfants à l’école, là ça devient du travail. La définition du travail n’est alors qu’une convention sociale et le RDB permet de redéfinir cette convention. Et je ne parle même pas des valeurs produites par les associations à but non lucratif. Sur 2000 milliards du PIB français 700 milliards proviennent ni du marché de l’emploi ni de la propriété lucrative.

    « Je prétends que le bonheur s’arrache au destin à la propre force de ses bras » là dessus c’est penser qu’il n’existe pas d’autres forces sociales qui détermineront votre niveau de liberté. Mais peut être dis-je ceci parce que je ne suis pas religieux et encore moins protestant 🙂

  6. Le problème avec le revenu de base, c’est qu’il remet en cause tout un modèle de société ou l’on devrait travailler « dur ». Et justement, le travail ne devrait pas être « dur ». Travailler, c’est ce qui fait qu’on se lève le matin pour un but plus grand que soi-même, le reste tient de l’occupation qui sert à payer les factures. Ceux qui arrivent à lier les deux sont complètement aliénés, ou font partie des quelques rares passionnés qui vivent de leur art. A ce niveau là, pas sûr que récurer les chiottes d’une banque soit vraiment du travail.

    Pour le reste, en effet, on ne peut pas être heureux dans un océan de malheur, comme l’amour, le bonheur grandit quand on le consume.

    En revanche, je pense qu’il faut boucler ce raisonnement sur les biens privatifs et la consommation. Nous sommes sûrement conditionnés à voir le bonheur dans l’avoir plus que dans l’être mais la société change et les biens / services tendent à se communautariser (la fameuse société collaborative). Le nouvel âge de l’accès rend tout bien privé « commun » et l’accès compte désormais plus que la possession. Pour autant le monde n’est pas moins individualiste. Le capitalisme va ériger l’ « expérience » au rang de ce qui était avant l’ « avoir ». Demain nous réclamera d’optimiser chaque moment de nos vies et de mériter les beaux voyages que tu cites. Bref, le débat n’est plus vraiment être ou avoir, mais choisir ou subir.

    Oui, au final ce qui compte n’est pas tant ce que l’on a ou ce que l’on vit, mais si on choisit ou non de faire ce qu’on fait de son temps. Est-on libre quand on Pinpoint les capitales européennes à coup de voyages Ryanair ou suit-on un schéma moderne, une mode ?

    Nietzsche disait que celui qui n’a pas les 2/3 de son temps est un esclave (en ce qui me concerne, j’ai mesuré mon temps libre éveillé à 49%…). Si la maxime est un peu abusive, je crois que le fond est juste. Il faut revoir nos conceptions du travail, de la croissance, de ce qui est bon pour la société. Sans ce cadre de défini, difficile d’envisager une quelconque allocation pour ceux que l’Aliénation appellera « fainéant », ceux qui ne lèvent pas tôt. Ceux qui n’en chient pas assez.

    Conseil : ouvre une section e-commerce et vend des goodies made in China sur Page 42, tu seras plus légitime pour obtenir des allocs, ô créateur de croissance.

  7. Maintenant sur le revenu de base en lui-même, même si je suis globalement favorable aux idées d’autonomies véhiculées par celui-ci, beaucoup s’accordent à dire que les prix vont augmenter et profiter aux propriétaires. Le revenu de base n’est pas là pour empêcher la spéculation immobilière propre au droit de propriété lucrative. Il y’a un risque à terme pour que les inégalités s’accroissent et il y’a un côté pervers où une grande partie du revenu de base soit captée par les propriétaires. Ainsi le propriétaire d’un immeuble capterait X revenu de base. Pareil pour les propriétaires des moyens de production.

    Alors que le salaire a été un combat politique (salaire direct et salaire différé voir les combats syndicaux des siècles derniers) le revenu de base joue le compromis avec le capitalisme.

    La note d’espoir c’est qu’avec par exemple les fablabs les moyens de production tendent à devenir commun à tout un chacun.

  8. Il faut cette prise de conscience et ce changement radical à savoir un revenu de base pour tous les citoyens mais accompagné je le pense de la suppression du CDI. Condition sine qua non. Cette redistribution des richesse est TT a fait réalisable mais la question demeure : notre état providence en a t’il les capacités… Oui! A t’il réellement besoin ? Non !!

  9. Oui, l’idée peut sembler merveilleuse. J’y vois quand même quelques détails effrayants :
    1- de l’argent qui tombe du ciel, ça n’existe pas. Qui va payer, comment, combien ? SI je donne 700 pour recevoir 700, autant que je ne donne rien, ça évitera les courants d’air 🙂
    2- j’aime bien avoir la sensation de mériter ce que je gagne. Me donner de l’argent comme ça juste parce que je respire me paraîtrait forcément suspect. On attendra quelque chose de moi en échange, obligatoirement. Sans vouloir être plus orwellien que la moyenne, ça pourrait me donner l’impression qu’on achète ma quiétude pour mieux me contrôler.
    3- on peut en discuter longuement, mais je crois beaucoup à la valeur travail. J’ai bossé pendant 2 ans et demi à Mac do quand j’étais encore jeune et fringant. J’ai été exploité, payé au lance-pierre et j’ai sué quelque hectolitres pour vendre de la malbouffe. Certes. N’empêche qu’à titre personnel, ça m’a appris beaucoup sur moi-même et ça m’a forcé à - passez-moi l’expression - me sortir les doigts du Q. Avant j’étais un jeune de 20 piges, mou comme une figue trop mur, partagé entre jeux vidéos et sorties. Le reste du temps, avachi sur le canapé. Après cette expérience, j’étais et suis resté nettement plus vif.
    L’idée est belle, c’est vrai. Trop, en fait. Comme je ne suis pas du genre à croire aux utopies, celle-ci aurait tendance à m’inspirer une vraie grosse méfiance. Il est si facile, quand on l’étatise, de transformer une belle et pure idée en instrument de contrôle des masses….

  10. Ça me fait plaisir. Et du coup, ça m’amène à te poser quelques questions : tu dis que tu as peur de comprendre les réactions que j’ai synthétisé (sans le faire exprès, entendons-nous bien 🙂 ). Et là, c’est moi qui ne comprends pas. Au fond de toi, ne crains-tu pas que cette belle idée se transforme en massacre ? La valeur travail, c’est plus personnel. Je ne présume de rien à propos des réactions des gens, je laisse ça à nos chers politiques.

  11. @ Francis : Je comprends ton point de vue. Mais je ne fonctionne pas comme ça. Je vois une situation d’absurdité extrême où personne n’est heureux (si ce n’est une minorité d’hyper-riches, et encore, pas sûr). je n’ai pas « peur » que ce genre d’idées se retourne contre ses beaux idéaux de départ, parce que ce serait faire une concession inutile à la peur. C’est un symptôme que j’observe : on s’arrête avant d’essayer quoi que ce soit, parce qu’on présume, on calcule, on anticipe une hypothétique conséquence. Je ne dis pas qu’il ne faut pas calculer certains risques, mais il y a des limites. Tous ceux qui connaissent mon travail pourront en témoigner : j’essaie d’abord, je vois si ça marche ensuite. J’ajuste au besoin. La « valeur travail », pour moi c’est un mot-clef, un concept-tiroir, une expression vide de sens que les politiques peuvent employer dans des débats télévisés, mais ça ne veut rien dire sinon « ceux qui n’ont pas d’emploi sont des fainéants », excluant par là-même tous ceux qui bossent dans des assocs, qui s’occupent de leurs enfants, qui fabriquent de l’art au quotidien, bref, tout un tas de gens dont on ne peut pas quantifier l’activité économique en euros sonnants et trébuchants. J’en ai marre de cette société-là, ça me gonfle (et c’est très personnel). Ne te méprends pas : j’accorde énormément de « valeur au travail ». Je passe ma vie à bosser, sur des articles, des romans, des projets éditoriaux, les miens et ceux des autres, et je m’autorise de vraies vacances rarement (pour ne pas dire jamais). Je fais d’ailleurs une grosse différence entre « travailler » et « avoir un emploi ». J’ai eu un emploi pendant longtemps, et souvent mes journées étaient si longues que je ne comprenais pas le sens de la tâche qu’on m’avait assigné… j’avais l’impression d’être Sisyphe poussant son rocher… Aujourd’hui, je travaille et j’y trouve du sens. Et c’est plutôt positif, de trouver du sens à ce qu’on fait.

  12. Bon honnêtement, j’ai pas tout lu les commentaires parce que vous êtes trop pénibles avec votre vision mesquine de l’existence et manichéens dans votre façon d’aborder la l’économie. mais quand allez vous comprendre qu’un modèle basé sur une croissance infinie n’ a aucun sens dans un monde fini ? L’économie c’est pas un sujet personnel mais un projet de société et mondiale que vous le vouliez ou non ! parce que les ressources naturelles appartiennent aux plus riches et pas aux Etats ! il va falloir passer de la concurrence à la coopération sans quoi il n’y aura plus rien à concurrencer à terme. Est-ce qu’un jour quelqu’un capitalisera sur l’humain au lieu de sa productivité ? Allez sur Youtube, il y en a un paquet de reportages et de simulations sur le RMB. Wake up ! arrêtez de vous regarde le nombril ou la nostalgie de valeurs dépassées, regardez le monde tel qu’il est. il est pas beau mais on peut tout changer, si on le veut vraiment et que l’on dépasse nos intérêts partisans.

  13. @ Francis Ash
    Pour répondre à tes questions :
    1) Si j’ai bien compris le principe, le RDB doit se substituer à l’ensemble des aides de l’État. Donc pour ceux qui en perçoivent déjà, le financement est peut-être déjà tout trouvé. Ce qui signifie tout de même une lourde perte pour certains d’entre eux (notamment les chômeurs qui perçoivent plus que ce que peuvent espérer la plupart des français en fin de carrière). Pour les travailleurs, je pense que ça passera par l’impôt, mais comme il percevront le RDB parallèlement à la hausse des impôts, ça devrait s’équilibrer (le smicard y gagnera de l’argent, le très riche y perdra).

    2) on a un gros problème social : nous avons énormément d‘« esclaves mécaniques » à notre portée, ce qui rend le travail humain beaucoup plus efficace. Il fallait 85% d’agriculteurs en France il y a quelques siècles, aujourd’hui, on est à moins de 5% - et ils nous nourrissent beaucoup mieux ! Il y a d’autres métiers utiles, mais la majorité des travailleurs ne font que faire de la croissance, sans que leur travail n’apporte une quelconque utilité à la société dans laquelle ils vivent, ou alors celle-ci est marginale, et ne compense pas les effets délétères : surconsommation des ressources de la planète. Sans compter que même en faisant travailler des gens sur de la croissance, on a toujours du chômage. Si on décide de migrer vers un système un peu plus rationnel et durable, il va bien falloir accepter de travailler moins. La façon de partager le travail est à débattre, mais le fait est que quand 10% des gens bossant aux 40h suffit pour nourrir, loger, soigner et éduquer 100% de la population, l’idée qu’il faut travailler à plein temps pour manger engendre la société absurde dans laquelle nous vivons.

    3) Le RDB ne signifie pas que plus personne ne va travailler. La plupart des gens continueront pour avoir plus d’argent (le RDB reste minime). Par contre, ceux qui seront investis dans un travail non rémunérateur pourront y consacrer plus de temps et ceux qui se font exploiter pour des clopinettes pourront dire merde à leur employeur. Les boulot les plus ingrats sont souvent les plus mal rétribués, c’est une chose qui pourrait changer avec le RDB. De plus, le travail pour le travail ne me semble pas une bonne valeur. Pour moi, ce n’est pas l’homme qui doit être au service de l’économie mais l’économie au service de l’homme. Donc trimer 40 heures par semaine au service de la seule croissance pour que des gens gagnent de l’argent, ça ne me motive pas. Et c’est quand même le problème de beaucoup de travailleurs, qui ne servent à absolument rien. Quand le travail n’a pas de sens, la valeur travail est dévoyée.

    Je ne suis pas une farouche adepte du RDB, il est possible que je me plante dans mes réponses. Mais j’aime bien l’idée parce qu’elle questionne nos idées préconçues et nous invite à une réflexion sur la société qu’on peut encore construire.

    Cela dit, comme autre solution, on peut aussi ne rien faire. De toutes façons, dans quelques dizaines d’années, on n’aura plus de pétrole et faudra à nouveau 80% d’agriculteurs pour manger pas trop mal et on sera à nouveau bien occupés à faire des choses utiles.

  14. Merci pour cet article que je viens de lire en imbécile de doux rêveur. Je n’ai pris connaissance du revenu de base que très récemment et plus j’y pense plus je pense que c’est une évidence. Malheureusement cette évidence ne fera qu’un seul perdant, les banques et leur système basé sur le crédit… Ce commentaire a été écrit par un chef d’entreprise soit dit en passant.

Les commentaires sont fermés.