365 jours de cinéma, #1 : Piège de Cristal, Princess Bride, Labyrinthe, Rambo, The Breakfast Club, Tomboy, The Bling Ring

THE BREAKFAST CLUB, Judd Nelson, Emilio Estevez, Ally Sheedy, Molly Ringwald, Anthony Michael Hall, 1985. ©Universal Pictures/Courtesy Everett Collection

J’ai décidé de regarder un film par jour pendant un an : du coup, j’ai envie de vous en faire profiter aussi. Je posterai donc sur le blog un petit mot sur chacun de ces films, une fois par semaine. Je vais essayer de ne pas me contenter de J’aime/J’aime pas, mais plutôt d’analyser les enseignements qui peuvent en être tirés en matière de narration. J’espère que ça vous plaira. Allez, on commence avec la première semaine.

01/01 : Die Hard - Piège de cristal (1988)

Réalisation : John McTiernan / Scénario : Jeb Stuart et Steven E. De Souza

Un excellent divertissement dont le scénario fait figure de modèle dans tous les livres de dramaturgie (Aristote n’en parle pas, ok, mais il a une excuse). J’avais vu tous les autres, mais bizarrement pas celui-ci. Je suis resté bluffé par l’exposition : les 15 premières minutes posent complètement les bases des personnages et de l’histoire, tous les objets importants pour la suite ou presque sont annoncés, on brosse un portrait de chacun de manière plutôt maline, sans jamais être lourd (ha si, une seule chose, l’obsession du héros pour les jolies femmes ne me semble pas avoir d’intérêt et/ou d’importance dans l’histoire) et sitôt que sonne la 15ème minute, tout est là, l’action peut commencer. L’impression de voir un mécanisme d’engrenages parfaitement huilé typique du « bon film d’action hollywoodien ».

02/01 : Princess Bride (1987)

Réalisation : Rob Reiner / Scénario : William Goldman (d’après son propre roman)

Très joli conte, émouvant et palpitant, avec des moments de rire géniaux et une vraie tendresse pour les personnages. Une des premières apparitions de Robin Wright, qui irradie littéralement, et de Mandy Patinkin que je connaissais surtout dans le rôle de Saul dans House of Cards. Complètement dingue de faire le parallèle entre ces deux personnages, d’ailleurs ; Inigo Montoya est vraiment flamboyant. En fait, j’ai trouvé tous les comédiens très bien, très justes, et le scénario, aux inflexions Pythonesques parfois, est assez « simple » pour leur laisser une grande place : pas de grande mécanique à la Die Hard où les pièces du puzzle s’emboîtent les unes après les autres, ici l’intrigue est linéaire, parfois tirée par les cheveux, mais on s’en fiche et c’est ça qui est beau. Je constate que, dans certains contextes, on pardonne facilement la facilité d’une intrigue si les personnages sont attachants. Cette légèreté, je l’avais trouvée aussi dans le Robin des Bois qu’interprétait Eroll Flynn (un super film aussi). Un côté kitsch assumé aussi, j’aime bien ça, et puis des scènes d’escrime géniales. Sans compter le joli message sur la lecture (et plus généralement sur le pouvoir des histoires). Un film que je montrerai à mes enfants sitôt qu’ils en auront l’âge (et j’en profiterai pour le regarder avec eux).

03/01 : Labyrinthe (1986)

Réalisation : Jim Henson / Scénario : Dennis Lee, Jim Henson et Terry Jones

J’ai eu plus de mal avec celui-là : je pense que le film a mal vieilli – ou alors ce n’est pas une question d’âge, seulement de justesse. Beaucoup de choses sonnent faux dans ce film, à commencer par Sarah, l’héroïne jouée par une Jennifer Connely adolescente un peu trop dans la déclamation façon princesse Disney pour moi. Mais ce n’est pas ce que j’ai trouvé le plus gênant Et non, ce n’est pas non plus le costume moulant façon poutre apparente de David Bowie, qui interprète un Roi des Gobelins désincarné et plastique. Je me dis que ce n’est pas un hasard si l’un des personnages, Hoggle, un affreux petit troll, est si fasciné par les bijoux en toc : la vraie star du film, c’est la machinerie. Et on pouvait difficilement s’attendre à autre chose de la part du génial faiseur de créatures qu’est Jim Henson. Il a fait un film qui tourne autour de ses poupées, de ses décors, de ses obsessions artistiques (plusieurs clins d’œil à d’autres artistes, notamment à des peintres). En fait, il filme ses poupées en plus gros plan que ses personnages humains – et les gros plans sont nécessaires pour véhiculer une émotion. Du coup, une sensation de désincarnation un peu irritante, l’impression de sauter d’obstacle en obstacle de manière artificielle, sans réelle difficulté, sans que le personnage grandisse ou apprenne de ses erreurs non plus. Sarah n’apprend rien au cours de son trip sous acide à la Alice au Pays des Merveilles : elle sait déjà l’erreur qu’elle a commise dès les cinq premières minutes du film. Bref, une ligne droite sans grand intérêt, sauf à aimer David Bowie faire (pas super bien) le guignol et gigoter en pantalon moulant. Henson, au sommet de son art, s’est fait plaisir. Attention à ne pas tomber amoureux de ses créatures : de grands réalisateurs, comme Guillermo Del Toro ou Tim Burton pour ne citer qu’eux, tombent parfois dans ce travers. À noter, il n’y a qu’un an d’écart entre ce film et Princess Bride – pourtant un océan d’empathie les sépare. Terry Jones au scénario : d’un côté je suis déçu, et de l’autre je ne suis pas surpris.

04/01 : Rambo (1982)

Réalisation : Ted Kotcheff / Scénario : David Kozoll, William Sackheim et Sylvester Stallone

Je n’avais jamais vu Rambo, eh ben je dois dire que même si les 15 dernières minutes pètent dans tous les sens et qu’on sent bien que tout le monde a voulu se faire plaisir avec les effets pyrotechniques, ce film a du sens et du fond. Je l’avais déjà entendu dire, donc je suis à moitié surpris, mais c’est une bonne demi-surprise. D’abord, voilà un film où il y a un vrai personnage : Rambo, contrairement à l’image qui lui colle à la peau, c’est un tendre, un doux, un pauvre type à qui on a beaucoup demandé, qui a beaucoup donné et sans doute un peu trop, et qui y a laissé un peu de sa raison et de son humanité. La traque, injuste, met en lumière cette opposition inversée entre le « gentil » fugitif et les « méchants » policiers (dont certains sont vraiment très cons), et c’est un peu  le thème de nombreux films de guerre : l’inversion des valeurs. Encore un bel exemple d’exposition réussie d’ailleurs, 15mn centrée sur le perso principal, sans esbroufe, qui nous le rendent immédiatement sympathique. Quelques flashbacks en guise de background, pour qu’on comprenne qu’il en a vraiment bavé et que les policiers qui l’arrêtent arbitrairement ne font que remuer un vilain couteau dans une plaie à vif, et c’est bon, on dresse un portrait touchant – qui après l’action des trente dernières minutes boucle finalement avec le légendaire monologue final. Bref, Rambo, c’est un romantique, un cœur pur, un type qui ne comprend pas la noirceur du monde mais qui sait s’en prémunir, presque un Forrest Gump sous stéroïdes avec un M-16. Encore une fois, la preuve qu’il suffit de faire attention à la présentation de ses personnages pour que le reste coule de source (la narration à proprement parler  s’arrête avant la moitié du film). D’ailleurs, le format 90mn (que j’adore au demeurant, ça n’a l’air de rien mais c’est très différent du format 120mn question narration) se prête très bien à ce genre d’intrigue « basique » mais hautement cinématographie. Et ce n’est d’ailleurs pas parce que l’histoire est simple qu’elle ne peut pas être intéressante ou profonde. La preuve avec ce film…
J’ai moins envie de visionner les suites car on m’a dit que ça n’avait plus grand-chose à voir avec la « finesse » du premier. On verra donc plus tard.
Ha, dernière chose : j’aime assez l’idée que c’est aussi à travers les choses qu’on ne *dit pas* qu’on construit un personnage.

05.01 : The Breakfast Club (1985)

Réalisation et scénario : John Hughes

Un teenage-movie du milieu des années 80, un peu spécial dans la mesure où factuellement, il ne s’y passe pas grand-chose : cinq ados obéissant à des stéréotypes bien précis de l’univers du lycée (un petit génie, un athlète, un voyou, une fille populaire et une cinglée) se retrouvent tout un samedi en colle. Le film n’est en substance qu’une série de séquences dialoguées à l’intérieur de la bibliothèque, c’est tout. Et c’est énorme à la fois. Bien sûr, c’est avant tout une réflexion sur les stéréotypes et les archétypes, et la détention sera l’occasion de prouver qu’il faut creuser derrière les clichés pour trouver la vraie personne. Mais malgré l’aspect un peu vieilli des images et des costumes (c’est très ancré dans les 80’s), on réalise aussi que les stéréotypes ont la vie dure, et que ce que les personnages connaissent dans les années 80, nous l’avons tous vécu, que ce soit dans les années 60 ou aujourd’hui. L’adolescence est une île très isolée, et c’est sans doute pour ça qu’elle offre encore un si fascinant sujet aux auteurs, aux musiciens et aux cinéastes. Le film prend toute sa mesure dans la seconde partie, où les cœurs s’ouvrent et se dévoilent pour ce qu’ils sont. Et les jeunes acteurs ne déméritent à aucun moment, toujours justes dans les dialogues. C’est marrant, j’ai déjà envie de le revoir. Plus j’y pense, plus je me dis que ce film m’a plus marqué que ce que je pensais.

06.01 : Tomboy (2011)

Réalisation et scénario : Céline Sciamma

Un film assez court, basé sur une idée simple : une petite fille qui voudrait être un garçon et qui prétend en être un auprès d’un groupe d’enfants. Un portrait minimaliste, sans musique, centré sur les enfants, qui joue beaucoup sur les silences. Ça me fait penser à ce que disait le scénariste Aaron Sorkin à propos des idées qui ne deviennent des histoires qu’au moment où les enjeux sont clairement exposés. Ici l’histoire semble commencer un peu tard, mais ça n’empêche pas de se laisser prendre au jeu, d’autant que le spectateur est lui-même en situation de tension : nous éprouvons la peur que « Michael » soit dévoilé. Et cette peur monte crescendo, à mesure que les autres commencent à deviner quelque chose. Le spectateur est dans la confidence, il est le seul ou presque jusque très tard dans le film : c’est une configuration intéressante. Mention spéciale à Sophie Cattani, l’actrice qui joue la mère, dont le regard est en lui-même un langage, à Malonn Lévana, la petite sœur, à Jeanne Disson, l’amie, et bien sûr à Zoé Héran, l’actrice principale dont la caméra fait ressortir la perpétuelle tension intérieure (en fait, à toutes les filles du film). Au final un portrait subtil, en douceur (la mise en scène joue beaucoup sur le flou), autour d’un sujet souvent grave. Décidément, les histoires sur l’enfance et l’adolescence sont souvent celles qui me parlent le plus, sans doute parce qu’elles racontent l’histoire de personnages en construction permanente, pour lesquels chaque choix peut s’avérer décisif et radical.

07.01 : The Bling Ring (2013)

Réalisation et scénario : Sofia Coppola

Ah, le premier film du 365 que je n’ai vraiment pas aimé. Pourtant j’aime bien le travail de Sofia Coppola d’habitude, mais The Bling Ring n’a rien d’un film : c’est au choix une reconstitution clinique ou un mauvais épisode de Striptease. Difficile de faire un film sur la superficialité sans tomber justement dans son piège (à moins qu’il s’agisse d’une mise en abime audacieuse, mais j’en doute) : les personnages de The Bling Ring, à l’instar de ceux, bien réels, qui les ont inspirés, sont plats, sans aucune densité ni épaisseur, ils sont taillés d’un bloc et n’avancent pas l’ombre d’une motivation ou d’un conflit intérieur : ce sont des ados certes stupides comme le sont beaucoup d’adolescents, mais auxquels on ne donne aucune justification, aucune profondeur, aucune contradiction. Résultat, le film se regarde de loin, très loin faute d’empathie avec ses protagonistes impossible à aimer. On aimerait éprouver un minimum de sympathie pour eux, mais c’est impossible : à aucun moment on n’entre dans leur tête, on reste à l’extérieur, une vague nausée face à leur bêtise nous gagne tout au plus, mais elle ne véhicule rien d’autre que la fascination du brillant, du bling justement. Bref, un gâchis très pailleté, mais dont le charme éventuel réside dans la couche supérieure. The Bling Ring est un œuf Kinder vide. Un bel exemple du fait qu’il faut quand même un minimum entrer dans la tête de ses personnages pour susciter l’adhésion, et qu’à trop vouloir les contempler comme un panorama, on finit par les perdre de vue. Une faille, juste une, parfois ça suffit. L’évanescence ici confine à la vacuité.

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9 pensées sur “365 jours de cinéma, #1 : Piège de Cristal, Princess Bride, Labyrinthe, Rambo, The Breakfast Club, Tomboy, The Bling Ring”

  1. Très juste ce que tu dis à propos de The breakfast club. Au début j’étais un peu gênée par ce côté années 80 j’avais l’impression que ça allait me déplaire et en fait comme toi ce film m’a énormément marquée. Il est finalement quasiment intemporel.

  2. Mon top est le suivant: The Princess Bride (savoureux, poétique), Piège de Cristal (drôle et percutant), Breakfast Club (touchant, marquant), Rambo (profond, remuant). J’ai complètement oublié Labyrinth dont je ne me rappelle pas. Je n’ai jamais vu Tomboy et the Bling Ring.

  3. Une bonne idée ce marathon commenté des films ! Une petite question annexe : comment organises tu tes choix ?

  4. Au feeling ! Je n’ai pas vraiment fait de plan pour le moment. J’ai Netflix, iTunes et une bonne collection classique de DVD, je pioche au jour le jour.

  5. Au scénar Guillermo Arriaga ( excellent auteur de surcroît ) je te conseille Trois enterrements de et avec Tommy Lee Jones . Mais tu l’as peut-être déjà vu.

  6. T’as déjà regardé du Werner Herzog ? C’est génial et à voir ( « Aguirre, la colère de Dieu » et « Fitzcarraldo », pour commencer).

  7. Désolé, je suis hors sujet, mais ça fait un moment que je veux en parler et que je me retiens. Aujourd’hui je n’en peux plus, c’est plus fort que moi, il faut que ça sorte, tant pis pour les conséquences : au nom du ciel, pourquoi est-ce que tu mets le contenu de tes parenthèses en italique ? ^^

  8. Haha je trouve ça stylé, ca détache mieux du corps du texte et je trouve que la lisibilité/ compréhension est meilleure. Comme j’ai tendance à vite dériver…..

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