Je prends les euros, les dollars et les Likes

Écrire et publier sur le net, c’est essayer des trucs – c’est comme ça, on n’y peut rien, c’est la manière dont on est câblé. Tu trouves une plateforme qui a l’air sympa, tu t’ouvres un compte et tu y publies un texte court comme tu lancerais une fusée de détresse au beau milieu de l’océan – la littérature c’est un naufrage permanent, et des fusées de détresse il en faut pas mal si tu espères encore attirer l’attention d’un bateau pas loin. On bidouille, on se plante – genre vraiment souvent – et la plupart du temps on sort de tout ça lessivé et le moral à plat. Continuer c’est un sacerdoce. Il m’arrive d’avoir des doutes, mais ça ne dure jamais longtemps. Continuer la lecture de « Je prends les euros, les dollars et les Likes »

Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication

Je soutiens les organisations d’autrices et d’auteurs qui défileront au Salon du livre jeunesse de Montreuil sous la bannière « Plume pas mon auteur », parce qu’il y a beaucoup à revendiquer et que la situation ne fait qu’empirer. Mais je ne les soutiens pas sans réserve. Si je considère que les revendications sont légitimes, le modus operandi me laisse perplexe :

« Signe distinctif : les plumes ! Nous vous proposons de vous distinguer comme nous à votre convenance avec des accessoires aptes à exprimer votre statut d’artistes-auteurs déplumés ou votre soutien aux déplumés : boas, coiffes d’Indiens, ailes… liste non exhaustive. Nous vous recommandons d’apporter des plumes, signe de ralliement. Vous seront fournis des Stickers « Plume pas mon auteur ! » sur le stand de La Charte. »

Une énième manifestation sur un salon du livre. Un énième rassemblement joyeux – parce qu’il ne faudrait pas faire peur aux lecteurs – avec froufrous et déguisements, punchlines comiques et chansons détournées. Une énième manière de signifier l’épuisement des troupes, qui n’a plus que le rire pour ne pas céder au désespoir. Ce n’est pas une manifestation : c’est un appel à l’aide. C’est une main tendue devant l’abîme. Et les appels à l’aide sont entendus ou ignorés – le plus souvent, ils sont ignorés. Et il n’y a pas de raison que ça ne se passe pas comme ça cette fois encore. Continuer la lecture de « Contre la précarité, un seul moyen de pression : l’autopublication »

Projet Bradbury, #11 : Amis

Le Projet Bradbury est un marathon littéraire qui consiste à écrire et publier une nouvelle par semaine pendant un an, soit 52 au total.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » se demandait Lamartine, comme s’il avait soudain reçu une illumination shintoïste. Malgré une fétichisation complète des objets dont elles se sont presque fait une spécialité, nos sociétés occidentales sont loin de partager les croyances animistes de certains peuples. Car si l’on se cache derrière l’idée qu’un individu se « réalise » au travers de ses possessions – par le statut qu’elles confèrent –, l’objet en lui-même demeure quelque chose de mort, d’utilitaire, de remplaçable – notre culte de la remplaçabilité pourrait aussi faire un bon sujet de nouvelle. Continuer la lecture de « Projet Bradbury, #11 : Amis »

Projet Bradbury, #10 : Robbie

Vous me connaissez, j’ai une affection toute particulière pour les histoires qui mettent en scène des humains et des robots. Je me fiche pas mal de l’aspect technologique : comme disait Bradbury, du moment que la fusée va sur Mars, je me fiche de savoir comment fonctionne son moteur. En revanche, les transferts émotionnels que nous faisons sur ces simulacres –ces homoncules devrais-je dire – révèlent à mon sens tout ce qui fait de nous des êtres humains.

Quelque part, observer les robots est une manière de questionner l’essence de notre humanité, notre rapport au vivant aussi. Les robots sont des miroirs, et il ne nous viendrait jamais à l’idée de tomber amoureux d’un phénomène de réflexion. Pourtant c’est ce qui se produit quand des robots entrent en scène : nous focalisons sur la réflexion et oublions parfois le reflet. C’est ce reflet qui m’intéresse, surtout quand, comme dans Robbie, il touche à des pans cruciaux de nos brèves existences – ici le désir d’enfant, mais il y en a tant d’autres : le handicap, la solitude, la maladie, l’identité…  Continuer la lecture de « Projet Bradbury, #10 : Robbie »

Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête !

À l’automne les feuilles et les auteurs tombent. La situation des précaires de l’écriture est désespérée à plus d’un titre : en effet comment peut-on répondre lorsqu’industrie et politique se liguent pour empirer à ce point les choses ?

Les auteurs se rongent les ongles, à raison. S’il n’y avait que la surproduction éditoriale, la baisse des à-valoir, les pourcentages en berne, il faut maintenant ajouter la hausse de la CSG, des cotisations retraite, et plus généralement la paupérisation grandissante des métiers artistiques – et de tous les métiers précaires en général, car ce combat est global. Ceux qui auront cru un instant qu’une éditrice nommée à la tête du Ministère de la Culture déchantent, comme le font ceux qui ont cru qu’un président dit « lettré » pouvaient comprendre leurs problèmes. En France, la culture relève soit du gros business, soit de l’histoire : dans un cas comme dans l’autre, les auteurs sont assurés de ne pas se plaindre de leurs conditions d’existence. En revanche, pour les auteurs vivants et en mauvaise santé… c’est une autre histoire. Continuer la lecture de « Auteurs, pourquoi continuer de jouer le jeu des éditeurs ? Relevons la tête ! »