Projet Bradbury, #6 : « Doppelgänger »

Le Projet Bradbury est un marathon d’écriture qui consiste à écrire, publier et enregistrer une nouvelle par semaine pendant un an, soit 52 au total.

Je ne sais pas pour vous, mais comme le personnage de cette 6ème nouvelle, j’ai une peur panique de recevoir du courrier : il me semble qu’on ne reçoit des lettres que pour nous annoncer de mauvaises nouvelles (ou nous réclamer de l’argent). C’est bien triste d’ailleurs, quand je pense à l’excitation ressentie autrefois.

Il me semble que c’est une phobie courante : je connais d’autres personnes dans ce cas. En général la leur se manifeste par le besoin de ne surtout pas ouvrir la boîte à lettres. Ça peut durer des semaines parfois, jusqu’à ce que la boîte déborde. Mais moi, il faut que je vérifie plusieurs fois par jour, et quand je reçois un courrier, il faut que je l’ouvre dans la minute. Sinon, j’angoisse, je me ronge les sangs…

Doppelgänger prend ce postulat pour point de départ : une lettre reçue par un phobique du courrier, une lettre pourtant libellée à son nom, mais qui ne lui est pas destinée. Enfin pas vraiment. Vous verrez.
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De la diversité dans la culture mainstream : « Binti », science-fiction consciente et engagée

L’Afrique peine encore à trouver sa place en science-fiction – tout simplement parce qu’on ne la lui a pas laissée. Longtemps cantonné au rôle de terre de mystères et de dangers – et contrairement à l’Asie où la culture mainstream puise de nouveaux codes et inspirations –, le continent a le plus souvent été simplement et soigneusement effacé de la carte.

Mais les choses sont en train de doucement changer. Et il ne faut pas s’y tromper, ce revirement n’est pas à l’initiative des studios hollywoodiens, des maisons de production ou d’édition : ce sont les voix des militant·e·s pour une meilleure représentation qui ont pesé dans la balance, et on ne saurait les remercier assez pour leurs efforts et les tempêtes bravées. Car il faut du courage aujourd’hui pour aller à contre-courant de la culture mainstream – occidentale, blanche, hétérosexuelle, citadine, tous ces qualificatifs qui sonnent comme des insultes aux oreilles des personnes concernées (et au sein desquelles je me compte) et qui pourtant ne font que refléter la réalité d’un paysage culturel bien peu varié. Et ces pressions incessantes commencent enfin à porter leurs fruits en terme de visibilité, et par conséquent de curiosité du public. De nouvelles œuvres voient le jour, et surtout – c’est toute la différence – elles sont mises en lumière. Continuer la lecture de « De la diversité dans la culture mainstream : « Binti », science-fiction consciente et engagée »

Projet Bradbury, #5 : « Les heures qui nous séparent de l’aube »

Le Projet Bradbury est un marathon littéraire qui consiste à écrire, publier et enregistrer une nouvelle par semaine pendant un an, soit 52 au total.

Dans ce cinquième texte, Fred, Guillaume et Olivier regrettent d’avoir voulu camper en forêt : Julien, leur quatrième compagnon, a disparu dans les ténèbres. Pire, quelque chose rôde maintenant autour d’eux… La seule question, c’est de savoir quoi.

Les heures qui nous séparent de l’aube me permet encore une fois de creuser dans les souvenirs personnels. C’est un truc que j’aime bien faire, je veux dire caser des évènements, des noms, des objets directement liés à moi, dans mes histoires : ainsi j’ai le sentiment de les mettre à l’abri du temps qui passe, même s’il n’y a parfois que moi qui peux les y dénicher. Les personnes qui savent se reconnaîtront. Quant aux autres, j’espère que ce texte leur fera simplement passer un bon moment, et peut-être réfléchir un peu aux dangers qui nous guettent en grandissant. Je réalise après coup, en rédigeant cet article, que cette nouvelle fait écho, d’une manière différente, à la toute première, Évadé. Comme quoi on ne choisit pas ses thèmes : ce sont eux qui nous choisissent.
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Peut-on séparer l’artiste de l’œuvre ?

J’ai publié hier un long article sur le racisme d’H.P. Lovecraft. Même si je m’attendais à des débats passionnés, je n’imaginais pas qu’ils puissent atteindre une telle intensité – et parfois même une telle violence. Le sujet passionne, il touche, il prend aux tripes, c’est un fait. J’ai moi-même construit une bonne partie de mon rapport à la lecture et aux histoires à travers les nouvelles de Lovecraft, et il est indéniable que sa prose a eu une influence sur moi : je comprends dès lors qu’insister sur cet aspect très problématique de sa personnalité puisse faire mal, heurter. Lovecraft est décevant parce qu’il ne nous laisse pas l’aimer dans son entièreté. Et c’est le postulat qu’une bonne partie des commentaires sur l’article d’hier, qu’ils soient amicaux ou insultants, soulevaient : dans un cas pareil, on doit détacher l’œuvre de l’auteur. En somme, on doit pouvoir profiter de l’histoire en toute innocence, sans obligation de connaître ou de s’intéresser à la personne qui l’a écrite.  Continuer la lecture de « Peut-on séparer l’artiste de l’œuvre ? »

Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ?

Longtemps le mythe de Cthulhu n’aura été qu’une mythologie confidentielle, et son auteur, Howard Phillips Lovecraft, un sinistre inconnu. Aujourd’hui les choses changent, notamment en France où de nouvelles traductions, biographies, monographies, voient le jour. Mais Lovecraft est un phénomène global : films, séries, musique, jouets, jeux vidéo, de société ou de rôle… Les artistes qui s’en inspirent se comptent désormais par centaines, si bien que peu à peu l’impensable se produit : Lovecraft devient mainstream. Même les créateurs de Stranger Things parlent d’approche « lovecraftienne » pour la saison 2 de leur série à succès. Bientôt le « menu Azathoth » chez McDonald’s ?

Mais il y a un problème. Si la mythologie créée par Lovecraft est indubitablement un fait marquant de l’histoire des cultures de l’imaginaire du vingtième siècle – peut-être même le plus marquant –, il y a son racisme. Et on ne parle pas du petit racisme ordinaire, celui de la première partie de la vie de l’auteur. Même si le milieu social dans lequel il baignait, celui des bourgeoisies policées, manifestait en son temps un mépris plus ou moins sonore pour « les autres races », le mépris en question n’atteignait pas le stade que la haine de Lovecraft atteindra dans la deuxième partie de sa vie. Le cas Lovecraft implique que l’on parle d’un racisme dévorant, une obsession cannibale et titanesque. Continuer la lecture de « Racisme et littérature : faut-il « brûler » Lovecraft ? »