J’ai failli intituler cet article « Lettre d’un auteur qui a peur » avant de me raviser. Où que je regarde, quoi que je lise, je vois la peur grandir partout et je n’ai pas envie d’en rajouter une couche : de nombreuses personnes s’en chargeront pour moi. La peur est peut-être le premier sentiment que nous éprouvons et il sera aussi sans doute le dernier, il faut s’y faire et composer. Le monde est bouffi d’inquiétudes et ce n’est pas un mal en soi : dans le monde animal, c’est la peur qui nous maintient en vie. Nous avançons comme nous pouvons. Dans ce monde dirigé par l’argent, ce dernier est une source de soucis non négligeable : précaires, intermittents, intérimaires, artistes, travailleurs pauvres connaissent cette angoisse. L’économie nous précarise à dessein pour entretenir cette peur du lendemain : ainsi, plutôt que de cracher sur le peu qu’on nous rend — l’argent existe et même à foison —, on se met à chérir l’aumône, à la défendre jalousement contre ceux qui voudraient nous l’arracher, souvent des gens aussi pauvres que nous. C’est un basculement intelligent si l’on veut maintenir un haut niveau de frustration et de précarité, afin de pérenniser une économie de la peur. Un pari gagnant, car la peur gagne toutes les couches de la société, même celles qu’on dit prêtes au rêve et à l’idéalisme. L’insouciance des créateurs est un oignon dont on retire à l’économ(i)e les couches successives : bientôt, il n’y aura plus rien.

 Je me permets de reproduire ici un court extrait du Manuel d’écriture et de survie de Martin Page, publié il y a quelques semaines aux éditions du Seuil :

« Chère Daria, je ne vais pas me défiler. Je devine l’angoisse sous-jacente à ta question. Tu te demandes si on peut gagner notre vie avec nos livres.

La vogue actuelle est de déclarer que non, ce n’est pas possible. Pour certains, cette affirmation est le moyen d’institutionnaliser la norme d’écrivains créant sur leurs heures de sommeil ou de vie de famille. Pour quelques auteurs, c’est la jalousie à l’égard de ceux de leurs confrères qui vivent de leurs livres. Le fait est qu’il y a plusieurs milliers d’auteurs (écrivains, scénaristes, auteurs dramatiques, dessinateurs) qui vivent de leurs créations en France. Ce n’est pas la majorité, certes, mais ce n’est pas rien. De même, seule une minorité de peintres et de musiciens vivent de leur pratique. C’est rare et difficile, mais pas plus qu’être sportif de haut niveau ou chercheur en biologie. Ça demande un acharnement redoutable, du temps, les forces unies de la passion et de l’obsession. Peu de gens exercent une profession qu’ils aiment et qui les passionne. Au lieu de déclarer que la norme doit être l’ennui, on devrait se battre pour que l’exception soit la règle.

Nos livres nous rapportent des droits d’auteur, et ils sont aussi une ouverture pour animer des ateliers d’écriture, pour écrire des textes critiques et donner des lectures. Les bourses et les résidences ont également leur rôle pour nous aider à tenir le coup. Peut-être un jour le crowdfunding et les dons de lecteurs via le site web des écrivains. L’argent de la création, c’est du bricolage. On se débrouille comme on peut. »

Bien sûr, ce n’est pas comme si on l’apprenait : pour une immense majorité de créateurs qui n’ont pas le loisir de toucher les avances d’un Michel Houellebecq ou d’un Carlos Ruiz Zafon, les temps sont durs. 800€ à 1500€ d’avance pour un premier roman, il n’y a pas de quoi pavoiser. Tandis que les salaires des auteurs de best-sellers crèvent les plafonds, celui des autres auteurs — la majorité silencieuse, invisible ou presque des médias, ce qui contribue à renforcer le sentiment chez le public d’une caste privilégiée et frivole — frôle le ras-des-pâquerettes. Le ras-le-bol couve, et les cordons de la bourse sont si tendus que l’annonce d’une hausse des cotisations retraite complémentaire embrase littéralement la communauté. Les auteurs vivent pour la plupart en situation de grande précarité et ignorent la façon dont ils parviendront à payer le loyer le mois suivant. Dans ce contexte morose, les ambitions et les rêves peuvent vite céder la place à la déception, voire au désespoir.

NUCOA MARGERINE, KIDS ON SWING

Je suis ce qu’on appelle un « jeune auteur » : j’ai placé quelques textes en anthologies, j’ai deux romans dans les cartons et je viens de passer une année entière à écrire des nouvelles de façon hebdomadaire et en numérique pour le Projet Bradbury. À 32 ans et après de longues années d’hésitations, d’aridité, de boulots alimentaires, de renonciations temporaires et de tergiversations, j’ai décidé de me consacrer à la création afin d’en tirer un revenu décent — à savoir suffisamment pour me loger, me vêtir et me nourrir, pas plus ni moins — et, à ce titre, le web est une formidable plateforme d’expérimentation. Grâce à lui, j’ai fait des rencontres, desquelles sont nées des opportunités, desquelles découleront d’autres rencontres et d’autres opportunités. C’est un engrenage vertueux dans lequel j’ai mis le doigt.

Néanmoins, j’ai conscience d’arriver à un moment délicat de l’histoire. Ce constat me fait tantôt enrager, tantôt exulter. Créer aujourd’hui n’est plus l’apanage d’une caste bourgeoise et privilégiée : avec le net et les outils informatiques, tout le monde aujourd’hui peut prétendre à exercer son art et à le diffuser, voire même à en tirer un revenu pour peu que le succès soit au rendez-vous. C’est une avancée formidable, et je me réjouis chaque jour d’être né à la bonne époque pour vivre un tel basculement. D’un autre côté, mon caractère nostalgique, naturellement porté vers les choses du passé, me pousse à m’irriter de la complication ainsi créée : concurrence accrue, bien sûr, mais aussi emprise des géant du web, précarité, menace du piratage, etc. Ce n’est pas une époque facile, mais avec le recul, je me dis qu’elle n’est pas plus difficile qu’une autre. Toutes les époques ont leurs défis. C’est le fardeau de notre génération que de relever ceux qui nous sont offerts.

Parmi ces défis, il en est un qui me chagrine particulièrement : celui du partage des oeuvres et du piratage. Mon avis a des airs de funambule, oscillant sur son fil tendu entre deux immeubles. Je me suis tout de suite montré ouvert à l’idée de partager mes oeuvres. Mon article « Dans piratage, il y a partage » témoignait de cet enthousiasme débordant à l’idée de voir mes textes disséminés, partagés, piratés, car dans tout créateur sommeille l’ambition d’être vu, lu et bien sûr, apprécié. La réalité ne s’est bien entendu pas conformée à mes attentes : dans la pratique, les nouvelles du Projet Bradbury ont été peu partagées, peu piratées, peu disséminées et sans doute peu lues, si ce n’est par une centaine de fidèles lecteurs que je ne remercierai jamais assez. En autorisant le partage des nouvelles du Projet, je m’attendais sans doute bêtement — naïvement — à une dissémination automatique.  C’était idiot. Pourquoi quelque chose de peu lu à la base serait-il davantage partagé qu’un best-seller ? Parce que son partage est autorisé ? Mauvaise réponse : le contenu piraté et partagé est en majorité celui qui se vend déjà par millions d’exemplaires, et puis il y tellement de contenus disponible sur le net que la petite pierre du projet Bradbury s’est contentée de faire un rond dans l’eau. Dans une période de doute, j’ai donc modéré ces élans en me souciant des questions d’abondance et de rareté, et la grogne des auteurs face à l’augmentation de leurs cotisations sociales m’a évidemment plongé dans le doute. Comment rester sourd à l’argument du ventre ? Soufflé par le coup de vent, j’ai tangué sur mon fil et j’ai failli tomber.   Ce n’est pas plus mal, car j’ai compris une chose dans l’histoire : ce n’est pas parce que le partage d’une oeuvre est autorisé par son créateur ou ses ayant-droits que les lecteurs/spectateurs/auditeurs s’en emparent forcément. Un torrent (un lien de téléchargement P2P), c’est une boutique dont la porte est ouverte 24 heures sur 24, mais ça ne veut pas dire que quiconque en passe le seuil. En cela, c’est une chouette école de l’humilité.

Broadloon Mill Shops festive windows

La défense du droit d’auteur est devenu l’un des fers de lance des politiques culturelles et industrielles, qu’elles soient nationales ou européennes. Sous le couvert d’une menace de plus en plus pressante — celle des pirates, des contrefacteurs, des pilleurs de tombe non institutionnalisés (clin d’oeil au registre ReLire qui, lui, a été jugé parfaitement constitutionnel) —, on érige des barrières de plus en plus imprenables entre les créateurs (nous tous) et ceux qui veulent apprécier ces créations (nous tous aussi). Les plus visibles sont bien entendu les DRM, des verrous numériques qui empêchent la copie d’un fichier ainsi que sa libre disposition. Viennent ensuite les licences d’utilisation, des contrats passés entre producteurs et consommateurs pour garantir la non-propriété des oeuvres à ceux qui les achètent, les transformant donc en « loueurs à vie » sans possibilité de transmission d’individu à individu. Maintenant, on vient nous agiter le foulard rouge de la précarité des auteurs pour repasser une couche de peur sur la carrosserie d’une voiture qu’on aurait dû depuis longtemps mettre à la casse. Le partage des oeuvres à l’heure d’internet nuit-il aux auteurs ? Peut-être pour certains, pour les vendeurs de best-sellers, pour ceux qui de toute façon gagnent suffisamment leur vie avec leurs créations pour ne pas avoir à craindre les périodes de disette. Pour ma part, et bien que je l’aie autorisé à titre d’expérience, il faut bien concéder qu’il ne me nuit pas plus que ça. Tout un pan de moi-même en viendrait presque à souhaiter qu’il me nuise davantage : cela signifierait par ailleurs que je vendrais des livres par millions. Honnêtement, c’est tout le mal que je me souhaite.

J’ai toujours milité — et je continuerai — pour la dissémination de la culture, pour son élargissement, pour sa démocratisation. Je suis un enfant des bibliothèques et je regrette que lire ne soit pas quelque chose de cool dont un adolescent pourrait se vanter dans la cour de récréation. Ça ne m’empêche pas d’essayer de changer cet état de faits. Si les nouvelles du Projet Bradbury — des textes courts et accessibles, par essence — ont été placées sous licence Creative Commons, c’est aussi parce que je sais que les adolescents n’ont pas un rond pour la culture (ils en ont assez pour les fringues et les smartphones, mais c’est un autre débat). J’aime l’idée de mise à disposition, et je continuerai d’en faire la promotion parce que j’estime que c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour l’intérêt général. Les écrivains programment les logiciels qui permettent aux lecteurs d’effectuer les mises à jour de leurs cerveaux. Ce n’est pas rien. Et quand on n’a pas assez d’argent pour acheter des livres, l’idée de les voler, de les emprunter, de les copier, ne me chagrine pas plus que ça.

Mais il y a une chose qui me chagrine : c’est qu’on fasse semblant de s’intéresser aux problèmes des autres pour se mettre soi-même à l’abri. Comme je le disais plus haut, la sauvegarde du droit d’auteur est devenue une rengaine que l’on entend à tous les étages. Dernière goujaterie en date, la Commission européenne vient d’adopter deux communications en faveur de plans d’action visant à « lutter contre les atteintes à la propriété intellectuelle ». Dans la pratique, l’union européenne, sous la pression des lobbys industriels et culturels, préconise la responsabilisation des intermédiaires techniques dans la lutte contre le piratage (une sorte de SOPA amélioré), avec tous les risques de censure et d’atteintes aux libertés individuelles que cela comporte. Tout cela se fera sur une base contractuelle, donc sans intervention d’un juge : les entreprises privées auront donc enfin le pouvoir de censurer internet au nom de la sauvegarde d’intérêts commerciaux. Si l’on ajoute au tableau les DRM, les licences, les robots qui analysent le contenu de vos vidéos, les atteintes à la neutralité du net — et j’en passe —, je  vous laisse imaginer les dérives envisageables. Ces idioties ont duré trop longtemps. Internet doit rester un continent libre, sans quoi il sombrera encore plus qu’aujourd’hui dans les dérives commerciales arbitraires et la surveillance imposée à tous et par tous. Le droit d’auteur à l’épreuve d’internet ou internet à l’épreuve du droit d’auteur ? Je ne veux pas de cet internet-là. En réalité, personne n’en veut.

Gaol interior

Amis auteurs, je vous le demande solennellement : réveillez-vous.

Les industries qui prétendent protéger votre intérêt ne le font que parce que, au prix de votre précarité, elles peuvent s’engraisser. Vous connaissez le proverbe « On ne mord pas la main qui vous nourrit » ? Rassurez-vous, ces entités le connaissent tout autant. Plutôt que d’augmenter les avances, plutôt que d’augmenter le pourcentage de droits d’auteur, plutôt que d’autoriser la libre exploitation des oeuvres en numérique par les auteurs eux-mêmes, on préfère pointer du doigt le méchant piratage qui menace la stabilité d’une industrie pourtant florissante. Amis auteurs, vos revenus baissent ? Rassurez-vous, ceux qui vous laissent les miettes de leurs bénéfices se portent plus que bien, notamment grâce à la bestsellerisation des ventes et la part de plus en plus congrue de la création indépendante dans la balance commerciale. Ne vous en faites pas non plus pour les intermédiaires, qui gagnent bien plus que ce que vous ne gagnerez jamais. Ce petit monde tremble parce qu’il entend des voix s’élever. Il cherche à profiter de la confusion pour désigner un bouc-émissaire.  Réfléchissez. Au nom de la sauvegarde de nos soi-disant intérêts — qui à bien y penser ne sont plus si nombreux —, on fait peser sur le web la menace d’une surveillance généralisée, d’un net policier, mercenaire des industries culturelles et des cabinets de brevets, dont non seulement nos lecteurs pâtiront, mais aussi la planète tout entière. C’est au nom de la sauvegarde d’auteurs, qui crèvent déjà dans l’indifférence, qu’on prétend bricoler le net pour le transformer en Meilleur des Mondes Possibles.

C’est à ce moment que j’oppose une fin de non-recevoir. Le problème est ailleurs, je n’ai rien à voir avec ça. Regardez-vous dans un miroir.

Pas en mon nom.

Comme je l’ai dit souvent, ma réflexion est en perpétuelle mutation et je n’attends jamais de la fixer pour vous en faire profiter. D’ailleurs, se fixe-t-elle jamais ? La question du partage non-marchand (sans contrepartie financière, ce qui veut dire également sans publicité aucune) se pose de façon pressante face aux menaces que d’autres font peser en notre nom sur les internautes du monde entier. Les récents développements — notamment européens — me poussent à croire sa légalisation inéluctable. En effet, comment accepter qu’à vouloir protéger notre prétendue liberté de créer, on bafoue celle de millions d’autres en les scannant, traquant, en épiant leurs comportements, en fouillant leurs boîtes mail et tant d’autres joyeusetés ? Je ne veux pas porter cette croix qu’on veut me faire traîner. L’interdiction pure et simple des DRM, couplée  à une légalisation du partage non-marchand (et de poursuites judiciaires à l’encontre des plateformes illégales qui distribuent les fichiers numériques en s’engraissant de publicités et d’abonnements) est désormais la seule voie possible pour leur faire lâcher les armes. Un livre se prête. Un CD se copie. Nous avons tous fait ça au moins une fois dans notre vie et, malgré leurs dents qui grincent et leurs couteaux affutés, il n’y a pas de raison que cela cesse. La culture est une maladie contagieuse. Plus on est exposé, plus le virus gagne en force.

Qu’est-ce que ça veut dire pour les artistes ? Et qu’est-ce que ça veut dire pour moi, qui débute ma carrière dans le doute, l’incertitude et la crainte de ne pas réussir à donner à mes enfants la vie que j’aimerais leur donner ?

D’abord, de la pédagogie. La culture n’est pas gratuite : elle coûte du temps et de l’énergie, elle coûte des passions, des peurs, des envies, elle coûte certains sacrifices aussi, et tout cela, mes amis, s’achète avec de l’argent. Le temps, en particulier, est une denrée aussi rare que précieuse. Pour que les artistes, et tous les citoyens, puissent acheter du temps et de la culture, il leur faut de l’argent. C’est à nous de faire preuve de didactisme et de ne plus traiter le métier — oui, c’est un gros mot pour certains, mais j’ai cette ambition — d’auteur avec dilettantisme. Bien sûr, une grande majorité de créateurs, aidés par l’apport de la technologie et du net, continueront de créer sans désirer en tirer un revenu. Ces amateurs sont une richesse. Mais il ne faut pas oublier ceux qui sacrifient beaucoup à leur art — peu, comme dit Martin Page, mais ce n’est pas rien — dans l’affaire. Nous devons faire comprendre au public que la création exige du temps, et donc de l’argent, que ce soit par l’instauration d’un revenu de base, d’une contribution créative (ajoutée au prix de l’abonnement internet et répartie ensuite entre les auteurs qui en feraient la demande) ou d’une revalorisation des pourcentages et des avances. Il s’agit de remettre la culture au centre de nos sociétés. Pas en brandissant les armes de la guerre, mais en offrant cette paix comme une alternative à l’économie guerrière qui nous opprime et nous tue. On ne gagnera pas cette paix aux prix des armes.

Maverick County Jail Guards, Eagle Pass Rifles

En coupant l’herbe sous le pied des politiques, des industriels, des lobbyistes et des rentiers, en légalisant le partage non-marchand, on ouvre évidemment la porte à une nouvelle peur : celle de se voir piller. Car à compter de cet instant, les annuaires de liens pointant vers des fichiers torrent deviendraient parfaitement légaux (à condition qu’ils ne soient pas engraissés et maintenus sous respirateur artificiel par la publicité). Comment lutter contre cette peur — rationnelle ou pas — de voir nos lecteurs, nos auditeurs, nos spectateurs, filer vers ces sites pour faire leur provision d’oeuvres, quitte à nous laisser dépérir et crever sur le bas-côté du net ? En toute circonstance, je prône la confiance. Faisons preuve de didactisme, de pédagogie : montrons aux consommateurs la vraie vie des artistes, proposons des actions, multiplions les conférences, les débats, les coups d’éclat. Faisons appel à leur bon sens. Nous bénéficions d’un immense capital de sympathie qu’il convient d’entretenir. Militons pour une meilleure reconnaissance et une meilleure rétribution, mais ne nous laissons pas entraîner dans des querelles d’industriels qui ne souhaitent qu’une chose : précariser au maximum.

L’enjeu est de taille : il s’agit d’ériger la culture comme modèle de société.

Nous grimacerons peut-être au début, mais le combat est noble. Et comme disait le Comte dans le magnifique Cid de Pierre Corneille : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »