La création ne paye plus, c’est comme ça : vous n’y pouvez rien

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Plus une journée ne passe sans que je tombe sur un article de blog écrit par un auteur, une illustratrice, un musicien ou une cinéaste se plaignant de la course au gratuit sur internet, qui invariablement « dévaluerait leurs propres créations », créations qu’ils et elles essaient de vendre à une industrie culturelle moribonde et près de ses sous — et autant dire que ce n’est pas facile tous les jours. Je comprends cette grogne, parce qu’elle frappe une activité qui ploie déjà lourdement sous le fardeau de la précarité : j’ai écrit plusieurs articles en ce sens pour dénoncer des abus. Mais il y a une chose qu’il faut comprendre : le voyage dans le temps n’existe pas et on ne reviendra pas hier, à compter seulement qu’hier ait été à une époque plus favorable aux créateurs.

Internet a durablement et massivement modifié la société, et avec elles nos usages : tout tend vers des œuvres vendues de moins en moins cher, voire gratuites, avec des revenus qui s’amenuisent pour ceux qui en accouchent. Implacable. Mathématique. Les conditions sont extrêmement favorables : nous sommes de plus en plus nombreux à créer, à écrire des histoires, à composer de la musique ou à tourner des films, parce qu’internet a fait de nous des êtres de narration : cette culture au sujet de laquelle on crie parfois qu’elle est menacée de disparition, nous baignons dedans. Elle est notre liquide amniotique permanent, et cet environnement nous rend plus sensible, plus empathique, plus capable de créer, par mimétisme, de nouvelles œuvres à notre tour. Le terreau est idéal pour une création en explosion, et c’est ce qui se passe : tout le monde écrit, tout le monde chante, tout le monde dessine et peint. En réponse, tout le monde lit, tout le monde écoute, tout le monde admire. Bien sûr, c’est souvent maladroit, pas abouti (les éditeurs ont en ce sens un avenir, celui de transformer des créations imparfaites en joyaux… mais une grande partie de la création se fera sans eux, sans nous).

Alors oui, quand tout le monde crée sur internet — et avec ça de belles choses, des œuvres valables —, ça « dévalue » fatalement le reste de la production, celle qu’on qualifiait jusqu’ici de « professionnelle » (cette distinction tend à s’effacer, puisque le moindre ordinateur est aujourd’hui tellement puissant qu’il permet à tout un chacun de fabriquer des œuvres qui n’auraient rien à envier à des productions professionnelles). Du coup, un roman lambda se vend moins bien qu’il y a trente ans et rapporte donc moins à son auteur et à son éditeur, poussant lesdits protagonistes de notre histoire à multiplier leurs productions pour revenir dans leurs frais. C’est un comportement qu’on prête d’ailleurs plus volontiers aux éditeurs, mais dont les auteurs et les autrices devraient s’emparer s’ils comptent gagner de l’argent, et notamment en diversifiant leur activité. De plus en plus d’œuvres, de plus en plus de qualité, de plus en plus de spectateurs et de lecteurs bien sûr, mais la gâteau ne grossit pas forcément alors qu’il est potentiellement divisible à l’infini. Il est temps de faire un constat. Ce n’est pas en exigeant 3 ou 4% de plus sur leurs contrats d’édition — autant dire un rêve en l’état actuel de l’art — que les auteurs gagneront soudain mieux leur vie. Ce que j’essaie de dire, maladroitement sans doute, c’est qu’à moins de passer à un système complètement verrouillé, où le moindre lien hypertexte est taxé, le moindre ordinateur fliqué, les auteurs ne gagneront plus jamais mieux leur vie. Ce temps-là est fini, cet eldorado qui n’a en réalité jamais existé (les créateurs n’ont jamais bien gagné leur vie, la plupart a toujours vécu dans la pauvreté, il y avait seulement moins de « postulants » il y a cinquante ans).

Je ne sais pas d’où vient cette idée — à laquelle j’ai souscrite un temps — qu’un artiste devait obligatoirement gagner sa vie avec son art. Je veux dire, même s’il le demande, même s’il l’exige, même si comme moi il y consacre tout son temps et toute son énergie… personne n’oblige qui que ce soit à le rétribuer pour cela. On ne peut pas exiger, dans un monde où tout le monde peut et doit créer de nouvelles œuvres, un minimum de subsistance — j’aimerais bien, hein, ce n’est pas le propos, j’adorerais cela, mais ce n’est juste pas possible, encore moins aujourd’hui qu’hier (et c’est pour ça qu’il faut soutenir des initiatives telles que le revenu de base ou la contribution créative). Evidemment, quand l’artiste en question fait partie d’un circuit commercial qui gagne de l’argent sur son travail, il est logique qu’il soit rétribué par celui-ci. Malheureusement, les revenus qu’il peut espérer en tirer demeurent dérisoires. Il faut que nous nous rendions à l’évidence, parce qu’au nom de « la sauvegarde des artistes », politiques, économistes et industriels font passer des lois qui contraignent encore un peu plus chaque jour les libertés individuelles sur internet et ailleurs. Les exigences des artistes à vivre de leur art sont légitimes, en ce sens qu’elles sont audibles, mais elles ne le sont pas plus que celles d’un ouvrier, d’un artisan ou d’un travailleur free-lance : nous sommes de plus en plus nombreux à être capable de réaliser de plus en plus de choses, de mieux en mieux. Que faire avec cela ?

Bien sûr, tout le monde ne commercialise pas ses créations : de plus en plus d’amateurs (même si ce terme paraît obsolète désormais, ou bien nous nous transformons tous peu à peu en amateurs) postent sur Wattpad, sur leurs blogs, sur Soundcloud ou Youtube des créations de grande qualité, qui dans l’esprit des jeunes générations supplantent celles qui les ont précédées. La véritable création aujourd’hui se fait sur le net, parce qu’elle fait œuvre d’imagination (quand on n’a que des bouts de ficelle, ça aide à se creuser pour avoir de bonnes idées), qu’elle n’est pas lestée d’exigences industrielles et qu’elle se diffuse à toute vitesse. Alors en ce sens, ça fera peut-être grincer des dents, la création la plus débridée est aujourd’hui gratuite et accessible à tous. Elle peut être monétisée, mais elle s’achète de moins en moins. Encore une fois, je ne formule pas un souhait ou une hypothèse : j’énonce un constat. Un constat que les créateurs qui se placent encore dans la case « pro » doivent impérativement prendre en compte, d’une part pour survivre, d’autre part pour ne pas détruire le peu d’espace de liberté et d’euphorie que conserve le net que nous connaissons.

Nos métiers — en ce sens, un curieux néologisme finalement, pour une activité qui n’a jamais été véritablement rémunératrice, sauf pour les best-sellers ; c’est d’ailleurs en promettant d’atteindre cette étoile que les vocations se perpétuent et que l’industrie peut continuer de prospérer (relativement) — changent. Du tout au tout. Ils se fondent dans une culture commune, partagée par des milliards d’êtres humains. Et de la même manière que j’ai réussi à réparer un robinet en regardant une vidéo sur Youtube, m’épargnant ainsi de contacter un plombier, nous vivrons dans un monde de plus en plus collaboratif, de plus en plus dense, de plus en plus culturel… et, sauf au prix de tuer le web dans ce qu’il est à l’état naturel, de moins en moins payant. C’est comme ça.

Faisons nôtre ce constat et agissons en toute connaissance de cause.

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9 pensées sur “La création ne paye plus, c’est comme ça : vous n’y pouvez rien”

  1. Très bon billet, mais je me permets un petit bémol: ce n’est pas la puissance des ordinateurs qui facilite la création, mais le développement de logiciels de plus en plus orientés « grand public » ou « amateurs éclairés » et qui ouvrent le champ des possibilités techniques.

    Après, ces possibilités ne font pas tout et la règle de 10 000 heures, aussi décriée soit-elle, est encore justifiée pour arriver à un certain degré d’expertises.

    Personnellement, je regrette que les plateformes qui permettraient à des artistes, sinon de gagner leur vie, du moins d’être rémunéré pour leurs créations – comme Tipeee ou Flattr – soit encore aussi mal connues et peu utilisées.

  2. Très intéressant, très vrai… C’est tentant d’essayer de freiner le mouvement et de s’agripper à nos acquis, parce que par définition, l’existant est familier, connu, concret. Mais ça n’a sans doute pas de sens et ça ne réussira pas à long terme…

    Le revenu de base, je trouvais ça très cool jusqu’à ce que j’y réfléchisse un peu mieux et que je me rende compte que, si tout le monde avait un peu plus d’argent, rien n’empêcherait les possédants de finir par monter le prix de tout, et on en reviendrait exactement au même point. Je n’ai pas *envie* d’être radicale (parce que les solutions que ça impose semblent très difficilement applicables), mais je n’arrive pas à faire autrement : ultimement, le vrai problème, c’est la propriété privée, le fait qu’il y ait des manières légales et protégées par la force de s’accaparer des choses qui donnent à certains le droit de vie et de mort sur d’autres.

    Pour revenir dans le sujet, même si on admet le constat très juste que tu dresses, je pense que le malaise (qui est voué à s’intensifier) ne se situe pas tant par rapport à un « avant » fantasmé, mais bel et bien par rapport à un présent où les humains sont plus riches qu’ils ne l’ont jamais été, ou tout est plus abondant, plus efficace, plus avancé, et où, malgré tout, toute une partie de la population est maintenue dans la précarité et la pauvreté. Donc, oui, le gâteau grossit; pas forcément le gâteau du budget que les gens ordinaires prévoient dépenser pour l’art et la création, mais le gâteau global des richesses disponibles, oui, très certainement. Encore une fois, les gens ont peut-être tendance à se rabattre sur un discours qui sonne passéiste, tout simplement parce que ce sont les arguments et les exemples réels qu’ils maîtrisent le mieux, mais ce qui couve là-dessous est à mon sens un sentiment d’injustice qui ne doit rien au passé, ou si peu.

    Enfin, une dernière remarque sur le fait que seuls les bestsellers ont jamais été rémunérateurs. Ce n’est pas tout à fait vrai. Pour les auteurs anglophones du moins, il a clairement existé une période du style « el dorado » où il était possible pour un auteur « midlist » (c’est un concept propre aux éditeurs américains, qui désigne les auteurs qui *ne sont pas* des bestsellers, pour celleux qui l’ignoreraient) de gagner sa vie très décemment. Une auteure dont je n’avais jamais entendu le nom avant de la rencontrer, Deborah Cooke, a raconté que, vers le milieu des années 90, elle touchait pour ses manuscrits des avances qui équivalaient à être payé 1 dollar par mot. Soit un texte de 55 000 mots = un à-valoir de 55 000 dollars. Plutôt pas mal… Alors, c’est peut-être une situation qui est propre au marché anglophone, mais ça vaut quand même le coup de noter qu’elle a existé et qu’elle n’existe plus. Bien sûr, peut-être que les opportunités ont juste changé de forme; là-dessus, comme toi, je pense qu’il faut résolument regarder vers l’avant et non rester braqué sur des faits obsolètes.

  3. « L’exception qui confirme la règle »
    Certes de nombreux artistes ne vivent pas de leurs arts, mais certains (et très peu) vivent de leurs succès. Après tout dépends ce que l’on entends par gagner sa vie, ou vivre carrément une success story. La surpopulation de créatifs est une réalité, mais encore aujourd’hui, certains auteurs de BD, acteurs, réalisateurs, etc… vivent correctement de leurs arts (avec des revenus de compléments venant de petits boulots annexes parfois très agréables à faire également). Mais je connais aussi des artistes qui ont du succès, jusqu’à pouvoir s’offrir une vie très luxueuse !
    Bien sur, ils ne sont qu’une petite, une infime partie de l’ensemble des acteurs du marché. Mais le fait que l’on se dises encore aujourd’hui : et « pourquoi pas moi ? » fait que beaucoup tentent tout de même l’aventure.
    Donc pour le moi, c’est ce qui « manque » à cet article : une partie qui dit que OUI, c’est encore possible de réaliser son rêve d’artiste, car certains y arrivent. Mais que clairement, les chances sont de plus en plus minces, le chemin de plus en plus ardu, etc…… mais néanmoins, c’est possible.
    A chacun d’estimer sa chance de jouer au loto de la vie…

  4. Constat très juste. le web a changé beaucoup de choses : notre manière de communiquer, de consommer et de créer.

    A mes yeux, et je peux me tromper, le problème actuel est ancré très profondément. Le système actuel basé sur le capitalisme et la monétisation de chaque chose créé des disparités et obligent les gens à avoir un « métier » pour survivre, même pas pour vivre. Combien de personnes ont un métier qu’ils n’aiment pas simplement pour payer leurs factures et vivre, et enrichir au passage un système qui les méprise mais qui leur fait miroiter des lendemains meilleurs par le biais d’objets de consommation toujours plus « hype ».

    Tant que ce système sera en place, la pauvreté sera toujours là, et la création bridé. Dans un monde où chaque personne peut jouir d’un minimum vital pour vivre et sa participation à la société (n’oublions pas le contrat social doit s’appliquer dans les 2 sens) la création reprendra tout son sens, en évinçant (pas totalement certes) les préjugés qu’ils soient sociaux ou pécuniers.

    De nos jours je pense que la création à besoin d’une base financière pour tous, afin que chacun puisse vivre s’il el désire pour créer ou pour réaliser ce qu’ils souhaite.
    Et ceux qui pensent que le s gens ne feraient plus rien, je ne pense pas, en ayant une meilleure estime de soi et avec un exemple complet mais non moralisateur des bienfaits et de la logique de participer à la société, je pense que beaucoup ne s’embourberaient pas dans le chemin de la procrastination.
    Au pire des cas, et ça ne serait pas souhaitable il faudrait juste mettre en place un système de « surveillance » de la participation de chacun dans la société.

    Après ça en serait pas le seul effort à faire, je pense que l’éducation doit aussi se remettre en cause, en mettant à bas ce système qui met en avant l’erreur et la peur de l’échec, en formant des enfants pour des futurs métiers, au lieu de les gratifier pour les réussites et de leur apprendre que l’on apprend plus de ses erreurs que de ses victoires.

    C’est ce que je pense, mais je peux parfaitement me tromper, mais la société aurait besoin de changer en profondeur, le système actuel est à bout de force et agonise. Mais étant donné que tout est devenu mondialisé, je pense que ce souci s’est lui aussi étendu au monde, et enrayé un rhume chez un individu est moins complexe que de gérer une pandémie.

    J’ai hâte de lire vos hypothétiques avis sur mon commentaire, car le partage des idées est primordial.

  5. Le problème qu’il faut cerner aussi c’est que si l’on veut des œuvres de qualité, j’entends par là pas des petits délires de Web-auteur qui se prenne volontiers pour des génies quand ils ne sont que des nourrissons, il faut du temps, il faut faire des recherches… Tout ça coûte de l’argent. Un James Ellroy qui passe 15 ans à pondre sa trilogie sur l’assassinat de Kennedy, il doit en fouiller des archives pour parvenir à jouer sur le mince fil qui sépare la fiction de la vérité historique. Vous voyez ou je veux en venir ?

    Si les auteurs n’ont pas un minimum les coudés franches pour réfléchir à leurs œuvres et à les peaufiner, l’on n’aura au final que des produits culturels au minimum bons. Au pire minables, mais jamais rien qui ne dépasse le niveau amateur pour devenir réellement « Pro ». La culture de la médiocrité risque de devenir majoritaire (bon, en fait c’est déjà le cas…) Néanmoins jusqu’à maintenant la casse est limitée.

    C’est aussi un beau cliché, l’auteur pauvre je pense. Parce que croire que du stress qu’entraîne la précarité et la recherche d’un emploi on obtiendra une bonne œuvre, c’est totalement faux (testée et approuvée ! ). Il y a tellement de petites choses à connaître pour pouvoir faire même de l’auto publication sans tomber dans la médiocrité infamante, qu’il faut une putain de chier de temps pour réussir à sortir une seul bon livre réellement valable.

    Il y a un système à repenser, certes ! Mais tout le monde ne peut décemment se prétendre auteur parce qu’il a un jour fait joujou avec Word ou Photoshop. Il y a quantité de techniques à apprendre et cela ne se fait pas en jonglant une grande partie de son temps entre deux jobs sous-payés (libéralisme quant tu nous tiens…).

    Ceux qui parviennent à en vivre ont peaufiner leurs art (et je ne parle pas de Marc Levy ici, on est bien d’accord, hein ?) pendant des années et des années. Croire que tout a chacun peut devenir auteur comme ça en claquant des doigts, c’est comme croire à l’existence du Père Noël… C’est putain de stupide !

    Quand au système à repenser, j’ignore sincèrement de quelle nature il pourrait-être. Le revenu de base me semble déjà une porte de sortie vers pas mal de réflexe idéologique à la con infusé depuis des décennies par le discours libérale. Peut-être une redistribution des gains des sociétés de distributions vers les artistes ?

    Dans tous les cas, on ne peut continuer à ne pas payer pour un travail artistique, et ce quelque soit le prétexte à la con que l’on ressort…

  6. Je ne suis pas d’accord avec cela, même s’il est vrai que de très bonnes choses sont véhiculées « gratuitement » sur le net et autres. Que de plus en plus de créateurs sont contraints malgré eux à offrir tout simplement leur travail directement ou du moins à le brader. La plupart comme moi se servent de la gratuité d’internet comme seule vitrine pour inciter à s’intéresser de plus près à la création véritable qu’il y a derrière. Je ne vois aucune raison qui amènerait à tout passer en gratuit, à laisser tomber l’art dans l’entière gratuité. A part le considérer comme « service public » entièrement subventionné. D’autant que: rappelons-le: la création a un coût, plutôt élevé (je sais de quoi je parle, je fais de tout et chaque art coûte très cher à pratiquer). Ne serait-ce que la matière première, les déplacements, le temps… Sans compter les idées.
    Et rappelons-le, malgré cette pseudo gratuité apparente, la création rapporte, supporte des tas d’emplois (les métiers dépendants de l’art sont innombrables).

    Le problème majeur est de simplement la question de la répartition de l’argent récolté par la création. Donner véritablement au mérite, et à sa juste valeur (qu’il faut retrouver, arrêter les spéculations) et distinguer les médiocrités, les copies et les vrais créateurs (artisans, etc.).

    La chasse aux droits d’auteur, au brevet, aux pirates est aussi très coûteuse. Il va sans dire que ce sont toujours les petits qui trinquent. Les gros se servent et se préservent de tout cela.

    Ces notions, ces valeurs s’enseignent bel et bien dès la naissance, rien n’est inné. Il faut éduquer et faire comprendre la nécessité de préserver ce ‘luxe’ de la création, qui est tout sauf un luxe ou un hobby si on veut le voir continuer à évoluer comme il l’a toujours fait. Le problème aussi est qu’une vocation créatrice est prête à supporter vents et marrées et tout le monde le sait bien, même à coups de bâtons, de prisons, de vaches maigres, elle subsistera. Certains ne le savent que trop bien et en profite allègrement.

    Donc je reçois et conçois bien la réalité dans laquelle ce blogueur vit, il y a beaucoup de vrai, mais encore une fois, ce ne sont pas les bonnes raisons qui guident les conséquences évoquées. Le monde n’est pas si rose. Et internet pas un tel paradis (au contraire, paradis de la publicité et du conditionnement, qui s’appuient… sur la création).

    Les créateurs demandent juste à être payés et considérés à leur juste valeur, sans strass ni paillettes, mais à l’instar d’un autre corps de métier, et que les millions de gens qui dépendent de nous s’en rende compte.
    Si on fermait les robinets de la création pro, je crois qu’on n’aurait plus grand chose de véritablement gratuit en ce monde, ils ont déjà abonné le monde. La gratuité est un leurre. C’est là ton erreur.

    A bons entendeurs.

    PS: qui dit pro dit cotisations, charges sociales, etc… Qui dit « amateur » dit création au compte goutte, aléatoire, simplement tolérée dans une certaine mesure. N’oubliez pas cela non plus. Le système de mécénat, de « crowdfunding » me paraît le plus juste: chacun préachète, soutien ce qu’il aime, à sa juste valeur. il est juste temps d’en finir avec les profiteurs et les gros matraqueurs marketing (producteurs et écuries verrouillées, copinages, subventions automatisées, institutions obsolètes, internet, radios et télé profiteuses, abus etc. etc.etc.). Les droits ‘creative common’ n’empêche pas les institutions de se servir et de gagner de l’argent dessus. La musique de votre supermarché, le CD vierge ou le disque dur chacun verse de l’argent dans LA caisse, mais rien n’est réparti derrière… au moindre concert, à la moindre expo, la moindre impression sous-entend un tas de gens payés grassement. Pourquoi le créateur, noyau de tout ce système, n’aurait pas sa juste part du gâteau?

    je dirais au contraire: « LA CRÉATION RAPPORTE DES MILLIONS - rendons la monnaie aux véritables créateurs »

  7. Bravo à Jeanne pour son commentaire, qui remet pas mal de choses à leur place.

    La richesse mondiale augmente, c’est un fait.

    C’est un vaste débat, bien sûr, mais je dirais que les nouvelles technologies sont tout à fait paradoxales en cela qu’elles rendent chacun plus riche en connaissances qu’il ne l’a jamais été (le nombre de personnes qui possèdent un smartphone en Afrique est par exemple bien supérieur à ce que l’on pourrait penser intuitivement), tout en rendant aussi une élite extrêmement réduite faramineusement riche.

    Ainsi, les réseaux sociaux sont un outil qui permet à ceux qui les possèdent (Mark Zuckerberg et autre) de faire travailler des millions d’individus sous couvert de loisirs: chaque fois que vous postez quelque chose sur Facebook, vous produisez du contenu, contenu qui aura un impact en termes de revenus publicitaires pour Facebook, puisque ce contenu, même s’il n’est vu que par quelques personnes, démultiplié à des millions, représente un marché publicitaire extrêmement juteux.

    Je considère qu’au-delà du revenu global universel, qui peut comme le dit Jeanne se voir réduit à néant par un coût de la vie en augmentation, il faudra bien un jour se pencher sur l’accès à la propriété.

    C’est là, il me semble, la plus grande aliénation de notre société (une aliénation profitant principalement aux banques): à partir du moment où chaque être humain possède son logement, une grande partie de ses soucis financiers sont évacués.

    Notre tendance à vouloir toujours plus de protection au niveau santé et vieillesse me semble aussi intrinsèquement rigide. En manquant ainsi de souplesse, elle ne nous adapte pas à ce qu’est la vie.

    Une autre aliénation est bien sûr représentée par les impôts, à partir du moment où leur gestion est déficiente.

    Pour le cas particulier de l’édition, je regrette, Neil que tu passes sous silence la révolution de l’ebook aux Etats-Unis. Aurait-il été possible, dans les années 90 ou même au début des années 2000, d’avoir des auteurs indépendants vendant à 4 ou 5 millions d’exemplaires?

    J’en doute. Sans parler des milliers d’auteurs de milieu de liste qui vivent à présent beaucoup mieux depuis qu’ils sont devenus des auteurs indépendants.

    Si nous n’avons pas connu ce phénomène en France, c’est tout simplement parce que nous n’avons pratiquement pas d’auteurs de milieu de liste. Tout est encore à faire au niveau professionnalisation des auteurs en France.

    Et tout est fait pour décourager l’ebook, de la part des gros éditeurs en France.

    Comme tu le dis, la part du gâteau s’est fracturée à l’infini, mais si c’est le cas, c’est bien qu’il est devenu possible, pour tout un chacun, de gagner au moins de la menue monnaie avec ses écrits (ou avec ses vidéos, sa musique, ses peintures, ses photos, etc).

    C’est quand même un énorme changement par rapport à des métiers traditionnellement hyper cloisonnés.

    Je te rejoins en revanche sur l’un des points les plus importants, c’est à dire qu’il sera impossible à tous les artistes d’en vivre sans un changement radical de société.

    Comme tu le disais, cela passe par un revenu global universel, mais aussi, je pense, par l’accession à la propriété pour ceux et celles qui n’y avaient pas accès auparavant.

    Mais en attendant, que faire? Je suis persuadé qu’il est fondamental pour les artistes qui liront ton article de ne pas se retrancher derrière cet idéal, mais, tout en le gardant en point de mire, d’aller vers toujours plus de professionnalisation, justement pour se démarquer des myriades d’amateurs et sortir du lot.

    « La crème remonte au sommet », dit-on. Je peux témoigner que cela n’a absolument rien d’automatique. Ni en France, ni aux Etats-Unis. Il faut se donner les moyens de trouver les courants ascensionnels.

    Le bouche à oreille existe bien sûr, mais est à mon sens beaucoup trop aléatoire.

    Le travail sur la visibilité doit s’accompagner d’un travail sur la qualité de nos productions. La société ne pourra reconnaître que les artistes lui sont indispensables qu’à postériori, dès lors qu’ils se seront montrés indispensables en effet. Là, il sera possible d’obtenir beaucoup plus de choses.

    Nous autres artistes sommes des entrepreneurs comme les autres. Et combien de petits entrepreneurs se cassent la figure chaque année? Des dizaines de milliers rien qu’en France. Mais ce sont aussi eux qui contribuent à la création du prochain Facebook ou Google.

  8. Donc,

    LA DESTRUCTION PAYE, C’EST COMME ÇA :
    VOUS N’Y POUVEZ RIEN

    Quelle est la veritable intention derriere cet article?
    Merci et bonne journee

  9. Merci Anne 100% d’accord.
    Avec ce système l’art va juste tendre à la médiocrité.
    Je vais parler de ce que je connais la musique.
    Je n’ai encore jamais entendu un morceau mixer par Mr tout le monde sur son ordi, qui sonne pro. Les ingénieurs du son ne travaille pas gratuitement, contrairement à la plupart des musiciens… donc cherchez le problème auquel nous musiciens sommes confronté.

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