Flattr, une manière alternative de soutenir la création (et les créateurs)

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C’est un reproche que j’entends souvent  : c’est bien beau de critiquer, mais où sont les solutions ?  Forcément, quand on rouspète — gentiment — contre l’industrie du divertissement, ses stratégies de diffusion et les modes de rémunération quelquefois iniques, il faut bien faire quelques propositions pour remédier aux problèmes évoqués, ou tout du moins pour les atténuer : c’est ce que j’essaie de faire chaque jour, entre autres choses, à travers ce blog.

Je suis tombé sur Flattr un peu par hasard, au détour d’un documentaire passionnant sur les fondateurs de The Pirate Bay où je découvris l’existence de Peter Sunde, l’un des fondateurs du site de peer-to-peer. En 2010, après la débâcle de Pirate Bay et les nombreuses critiques essuyées, notamment au sujet de la non-rémunération des créateurs dans le processus de piratage, l’expert informatique se rachète une conscience et fonde Flattr, un service de micro-donation au fonctionnement plutôt simple. Voilà pour la petite histoire. Je vous invite à jeter un oeil au documentaire, tout en nuances de gris (non, ce n’est pas érotique).

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Flattr est un système de micro-mécénat qui, à mon sens, pourrait bien révolutionner la manière dont nous créons et partageons du contenu sur internet. Il n’est pas encore très répandu — ce qui explique son relatif anonymat —, mais il gagne à être connu et partagé, d’autant que plus nous serons nombreux à utiliser ce service, plus le modèle aura des chances de se pérenniser.

Le principe de Flattr est simple : en vous créant un compte, vous ouvrez une sorte de porte-monnaie électronique. Ce porte-monnaie, bien entendu, est vide. C’est vous qui lui attribuez une valeur mensuelle (pour ma part, je l’ai fixée à 5€).

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Quoi qu’il arrive, quoi que vous fassiez, la valeur de votre porte-monnaie est figée : seul vous, le détenteur du compte, pouvez décider d’en augmenter ou d’en abaisser la valeur. Cette somme est votre cagnotte, que vous allez pouvoir utiliser selon votre bon vouloir. Car dans Flattr, tout est une question de répartition.

Tous les jours sur le net, nous lisons, écoutons, regardons du contenu créé par d’autres. Nous en fabriquons quelquefois nous-même, ajoutant notre maillon à cette grande chaîne de création. Pas besoin de rédiger un roman ou de réaliser un court-métrage pour être assimilé à un créateur : nous écrivons des articles de blog, nous chroniquons nos films préférés, nous postons nos photos sur Instagram, etc.

En tant qu’internaute, nous aimons certains contenus plus que d’autres : nous avons, par exemple, un blog préféré. Le propos de Flattr est de vous donner un instrument pour récompenser financièrement ce contenu par essence non-marchand, et vous permettre ainsi de soutenir le créateur en question dans sa démarche, de l’encourager à continuer.

Vous avez peut-être déjà remarqué ce bouton sur mon blog ou ailleurs :

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Il s’agit d’un bouton Flattr : en vous créant un compte sur Flattr, vous aurez la possibilité d’appuyer, si vous le souhaitez, à chaque fois que vous verrez un petit bouton comme celui-ci (le principe fonctionne un peu comme le « Like » de Facebook). À chaque fois que vous appuyez sur ce bouton, vous offrez 1 Flattr au créateur en question. Vous pouvez Flattrer autant de pages, de vidéos, d’articles que vous le souhaitez.

À la fin du mois, le service fait le décompte de tous vos Flattr et divise votre cagnotte en autant de parts égales, avant de tout envoyer aux créateurs (moins une commission de 10%, ce qu’on lui a souvent reproché, mais je trouve qu’il faut bien aussi que la plateforme se rémunère un peu). Ainsi, vous ne dépensez jamais plus que vous ne l’avez décidé au départ. Plus vous Flattrez, plus la somme envoyée à chacun se retrouve divisée… mais la cagnotte globale ne bouge pas.

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Ouvrir un compte Flattr est gratuit. Si vous êtes créateur, vous pouvez simplement décider d’installer un bouton Flattr sur votre blog pour recevoir les soutiens de vos lecteurs. Si vous êtes un internaute qui veut simplement devenir mécène de ses artistes préférés, vous pouvez simplement ouvrir un porte-monnaie sans installer de bouton Flattr sur votre site.  L’intérêt de Flattr est d’être un système à double entrée : on peut offrir ou recevoir,  ou offrir ET recevoir.

Je trouve le principe réjouissant : il permet à des petits créateurs indépendants d’espérer, si le système se pérennise, obtenir une rémunération, même faible, pour le contenu qu’ils produisent. C’est aussi une manière pour les internautes de s’auto-responsabiliser face à la production de contenus sur le net et de choisi qui et quoi soutenir, de façon accessible, simple et en contrôlant ses dépenses.

Quelques chiffres. Ce mois-ci, j’ai reçu 40 Flattrs. J’en ai reçu au total 156 depuis que j’utilise le service, de 33 supporters différents. En tout, j’ai gagné environ 70 euros pour ces 156 Flattrs. Voilà pour la partie reçue. Mais j’utilise aussi Flattr pour soutenir les créateurs que j’aime. Le mois dernier, j’ai donné 3 Flattr : chacun d’eux a donc reçu 1.67€ de ma part. Je suis assez avare de mes clics : pas parce que je suis radin (de toute façon, je dépenserai 5€ quoi qu’il arrive), mais parce que j’ai envie que mon argent ne soit pas trop divisé. Ainsi, il m’est arrivé de ne faire qu’un Flattr en un mois : le destinataire a donc reçu les 5€ en entier. Pas mal, non ? On peut aussi choisir de s’abonner, pour Flattrer automatiquement chaque mois un créateur en particulier.

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Flattr ouvre la voie à une nouvelle manière d’appréhender la création sur le net. Bien sûr, j’entends déjà les trolls : “pour de si petites sommes, est-ce que ça vaut la peine ?” Ma réponse est aussi courte que simple : évidemment. Plus nous serons nombreux à utiliser ce service, plus les sommes grossiront et plus il y aura de blogs qui afficheront le fameux bouton vert.

Bien entendu, Flattr n’est pas la seule solution. J’étudie notamment de près les crypto-monnaies type Dogecoin. Mais pour l’instant, je trouve que c’est incontestablement la solution la plus simple, la plus rapide et la plus fonctionnelle pour encourager la création indépendante sur le net. Mais il ne s’agit pas de se donner bonne conscience : Flattr ne remplacera pas l’argent que vous paierez pour acheter un livre, un album ou un film. Voyez cela comme un complément, disons… un pourboire. Du moins pour le moment.

Alors ? Qu’est-ce que vous attendez pour vous inscrire ?

Illustrations : Flattr ©

2 pensées sur “Flattr, une manière alternative de soutenir la création (et les créateurs)”

  1. En fait, non. C’est le moyen de soutenir Flattr. C’est le même problème avec toutes les plateformes. Elles sont les seules à gagner de l’argent dans l’indutrie numérique. Ce n’est pas la solution. Seul un système à Flattr décentralisé pourrait régler ce problème… mais personne ne le développe parce qu’il n’y a rien à gagner, seuls les auteurs travaillent sans rien gagner, parce qu’ils n’ont pas d’alternative, c’est tout le contraire pour les développeurs… Je sens que je vais donner suite avec un billet.

  2. Je comprends parfaitement ton point de vue, et Flattr n’est certainement pas LA solution ultime et pérenne : je n’ai pas voulu dans l’article embrouiller les pistes avec des nuances que seul un expert de ta trempe et quelques autres seraient à même d’apprécier. Je n’ai fait que mentionner Dogecoin, par exemple. Néanmoins, quand on cherche une solution de soutien grand public, qui ne limite pas l’utilisation par des clauses abusives, qui soit facile à utiliser et qui soit une première expérience avec le micro-financement, je trouve que Flattr est parfait. Oui, on enrichit Flattr en l’utilisant (enfin, on l’enrichira si jamais ça devient une entité plus importante), mais de la même manière qu’on enrichit Paypall ou même Facebook en utilisant leurs services. Une transaction bancaire, si minime soit elle, implique des frais à un moment ou à un autre de la chaîne : seules les crypto-monnaies peuvent nous sortir de cela, et encore, pas en entrée ni en sortie de chaîne. Et justement… puisque les auteurs travaillent sans rien gagner, autant faire en sorte que cet état de fait change ! 🙂 Aucun système n’est parfait. La perfection n’est pas de ce monde.

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