Et vous croyez encore que le livre numérique ne décolle pas en France ?

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C’est toujours la même chose : à chaque baromètre publié, le livre numérique fait figure de parent pauvre de l’édition, plafonnant à 3% du chiffre d’affaire global de l’industrie. Du moins c’est ce qu’on lit un peu partout. « À quoi ça sert d’insister, puisque les Français n’aiment que le papier ? » Ah, exception culturelle, quand tu nous tiens… Il semblerait que la France résiste, tel le village gaulois, à la numérisation galopante qui ne voudrait qu’une chose : la condamnation à mort du livre.

Rien à voir, donc, avec une politique de prix mortifère qui affiche des versions numériques à 12€ là où on trouve en librairie la version poche du même texte à 6€. Rien à voir non plus avec l’absence d’exhaustivité des catalogues numériques, ni même avec les tripotées de DRM qui pourrissent les fichiers vendus sur les librairies en ligne. Non non. Ce qui empêche le livre numérique de s’implanter sur le territoire, c’est l’amour inconditionnel des Français pour la chose imprimée, pour le chant du papier, pour le délicat murmure des pages tournées…

Pourtant, on nous dit que les Français sont de plus en plus équipés en smartphones, en tablettes, mais aussi en liseuses. À chaque Noël, un nouveau régiment de Kindle, Bookeen, Kobo et consorts envahit les pieds des sapins. Nous avons tous offert une liseuse à nos parents, à nos grands-parents, « parce que tu verras, on peut agrandir la taille de la typo, c’est super bien ». On voit de plus en plus de gens dans le métro les yeux rivés sur leur tablette, et ils ne jouent pas à Candy Crush hein, non non, ils lisent bel et bien des livres. Marrant comme cette multiplication des appareils de lecture semble ne pas influencer du tout la progression du livre numérique. Les Français se contenteraient-ils, cultivés qu’ils sont, de télécharger des ebooks gratuits du domaine public et de combler leurs lacunes en matière de littérature du XVIIIe siècle ? Possible, oui, pour certains. Mais certainement pas tout le monde.

J’ai procédé à un petit sondage autour de moi. Quand mes amis lisent en numérique, je leur demande systématiquement où ils ont acheté leurs livres. Et la plupart du temps, la réponse est la même : « Heu… en fait, je ne les achète pas… Je les ai téléchargées sur *[insérer ici le nom d’un site à l’activité répréhensible et bardé de pubs dont on ne fera pas ici la publicité]*. » Ha ok. Donc, tu lis, mais tu n’achètes pas. « Bah non, t’as vu le prix, c’est trop cher, et puis il n’y a même pas *[insérer ici le nom d’un auteur légendaire dont l’éditeur n’a pas cru bon de transposer le travail en numérique]*. » Ha ok. Faites le test dans votre entourage : tout le monde connait le nom d’un site ou d’un service sur lequel il va piocher des ebooks piratés. Pas seulement des jeunes, hein, pas seulement des terroristes numériques : des papas, des mamans, des fonctionnaires, des professeurs des écoles, des gens bien hein, des gens comme vous et moi… et pourtant, ces gens bien vont allègrement se servir dans les bibliothèques pirates. Marrant hein ?

J’ai acquis une certitude : la lecture numérique est implantée en France, et pas qu’un peu. Elle est implantée massivement et durablement. Seulement, la plupart des lecteurs ne payent pas pour lire leurs ebooks. Ils les téléchargent. Ils ne se privent pas. D’ailleurs, la plupart ne voient même pas le mal qu’il y a à ça. Fou, hein?

M’est avis que l’industrie du livre a des questions à se poser et des réponses à trouver. Rapidement, si possible.

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16 pensées sur “Et vous croyez encore que le livre numérique ne décolle pas en France ?”

  1.  »*[insérer ici le nom d’un auteur légendaire dont l’éditeur n’a pas cru bon de transposer le travail en numérique]*.  »

    Toujours en faisant gaffe que parfois cette indisponibilité est du fait de l’auteur soit parce que c’est un adorateur du papier, soit parce qu’il négocie sérieusement les droits sur l’exploitation numérique, soit enfin parce que l’éditeur n’a pas pris la peine de re-contacter l’auteur étranger pour lesquels il a acquis les droits d’exploitation sur une durée limitée (ou l’auteur en question refuse de brader une prolongation des droits)

  2. Et j’ajouterais à ceux qui n’achètent jamais, ceux qui sont passés à la lecture quasi-exclusivement anglophone (achetée) où les prix sont honnêtes et les éditions de bonne qualité (les éditions élecronique françaises sont souvent du foutage de gueule : freebookssuck.tumblr.com).

    Ceux-la, dont je fais parti, non plus ne comptent pas…

    Bref les éditeurs français sont en train de se suicider mais une fois mort, d’autres renaitront, plus intéressés par le fait que les gens lisent leur mots que par imposer une et une seule conception du livre.

    L’histoire se répète, rappelons l’arrivée du livre de poche : https://www.youtube.com/watch?v=yRJinghIodg

  3. L’analyse que l’on aimerait lire partout !
    Aucun des articles que j’ai pu lire récemment dans les médias traditionnels ces derniers temps n’évoque le piratage relativement généralisé des ebooks.

    @NicoTupe > Bonne remarque aussi sur la lecture en VO !
    Et merci pour le lien vers ce Tumblr qui nous rappelle tout ce qui dérange dans le traitement de l’ebook en France !

  4. L’industrie du livre va venir se plaindre dans quelques années qu’elle est en train de mourir comme le fait actuellement l’industrie de la musique. Sauf que pour l’industrie de la musique, c’était nouveau, pour l’industrie du livre, ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas !

  5. Ouais, tout de même, je vois énormément de gens autour de moi qui ne lisent pas en numérique et que ça n’intéresse pas; donc les arguments que tu soulèves ont beau être très justes, je ne crois pas qu’ils soient les principaux responsables, puisque ces gens vivent si éloignés de la sphère littéraire numérique qu’ils n’ont même pas conscience de ses problèmes.

    Par ailleurs, même s’il y a une minorité active de lecteurs et autres qui continuent à se plaindre des DRM et des prix élevés (notamment), j’en suis souvent réduite à un constat qu’on pourrait tirer à un tas d’autres niveaux plus généraux, à savoir : la plupart du monde s’accommode étonnamment bien des trucs qu’on leur impose à leur détriment. Quand je me suis lancée dans le numérique, j’étais jeune et idéaliste et je croyais fort que les promesses « pas de DRM » et « prix raisonnables » feraient une différence auprès de nos lectrices/-teurs. Eh bien… non. La seule chose qui fait une réelle différence (je l’observe autant au sein de notre propre catalogue que par rapport aux autres livres que je vois avoir du succès ou non), c’est si un livre tente une lectrice, ou pas. L’absence de DRM, le prix, c’est peut-être un bonus, mais ce n’est pas ce qui pousse à l’achat. Pas du tout. Ni, à l’inverse, ce qui pousse au boycott, d’ailleurs. Je ris toujours un peu jaune en lisant ces commentaires de lectrices qui râlent en raison du prix élevé, mais se sont néanmoins empressées de valider la politique de prix de la maison d’édition en achetant le livre en question. Est-ce que ce n’est qu’une situation temporaire, que la goutte d’eau finira par arriver qui fera déborder le vase? Je ne sais pas. Les gens sont d’une résilience surprenante, et bouchée par bouchée, on arrive à leur faire gober des montagnes. Cela dit, pour revenir à l’idée qu’on n’achète que ce qui nous fait envie, à un certain niveau, c’est assez sain… Ça signifie que, pour la majorité des francophones, le livre n’est pas encore devenu une marchandise tout à fait comme une autre, dont l’intérêt se mesurerait à un rapport quantité/prix ou même qualité objective/prix.

    Bien sûr, cela n’aborde qu’un aspect du problème. Si on pose la question de façon positive : qu’est-ce qui fait que les gens vont acheter/télécharger un livre?, je pense en réalité que le facteur principal est la capacité pure et simple à trouver le livre en question. D’où la difficulté pour un auteur ou un éditeur qui veut vendre et/ou être lu de se passer d’intermédiaires comme Amazon, même si on aimerait bien le faire… Et, selon moi, de là également découle le succès des sites de piratage. Quand des ebooks qui sont téléchargeables de façon gratuite, légale et sans DRM sont piratés, je pense que le message est clair : on ne remet pas en cause le prix, le DRM, la non-accessibilité; seulement, le site de piratage en question est devenu pour ces lecteurs et lectrices *la* source où ils vont, par commodité, chercher et trouver leurs futures lectures. Donc, bref, le nerf de la guerre se situe là à mon avis.

    J’ai soudain l’impression que j’ai déjà écrit un truc très similaire en commentaire de ce blog… mais je ne sais pas si j’ai osé le publier ou si j’ai fini par tout effacer. Je ne sais pas si c’est vrai non plus; il m’arrive très souvent d’avoir l’illusion (forcément) de jouer une scène de ma vie dont j’aurais déjà lu le script dans le passé.

  6. Je confirme que j’ai dans mon entourage un pilleur d’ebooks qui ne comprend pas que c’est du vol pur et simple…

    J’avoue aussi avoir eu cette passade (téléchargement d’animés japonais et de jeux pc). Mais désormais, j’essaye aussi souvent que possible (soit, 99% du temps) d’acheter ! Il m’arrive même désormais d’acheter des jeux que j’ai téléchargé par le passé. Je n’y rejouerai pas, mais acheter enfin le logiciel de façon légale m’apparaît comme une façon de « rembourser », après coup. Mieux vaux tard que jamais, en somme.

    En tout cas, c’est étrange comme le fait de récupérer des ebooks via un logiciel de téléchargement ou un site empêche les gens de comprendre ce qu’ils font réellement…

  7. hypocrisie quand tu nous tiens…
    « je le faisais mais maintenant je le fais plus parce que c’est mal » LOL

    Perso je télécharge mes ebook et je m’en cache pas, je n’ai pas l’argent pour lire et pendant des années j’ai lu et relu les mêmes livres à cause de ça…. Ce qui m’empêche pas que si un livre que j’ai téléchargé et lu me plais j’irai l’acheter pour garnir ma bibliothèque déjà bien garnie, mais je refuse de payer une fortune pour un livre dont je ne sais rien et n’ait pas la certitude qu’il me plaira… (je suis en Suisse et le prix et environ 2 fois plus cher qu’ailleurs et c’est très cher même pour notre salaire (que je n’ai pas))

    Les donneurs de leçons sont priés de rester chez eux surtout quand ils se permettent de faire la même chose sur d’autres supports.

  8. Naïve, je découvre que le téléchargement illégal de livres est apparemment monnaie courante…
    Pour ma part, j’achète effectivement des éditions anglophones ( voire même, dans un élan d’optimisme démesuré, des éditions germanophones ).
    Pour les éditions francophones , j’en achète surtout quand je suis en voyage et que je n’ai pas envie de trimballer une valises de livres pour toute la famille, j’achète de quoi tenir les quinze jours en essayant de sélectionner les bouquins pas trop chers ( ma fille est ruineuse).
    J’aime le numérique pour le gain de place., le côte pratique.
    Sinon pour le prix, je préfère un livre papier que je peux prêter, feuilleter.
    Si le numérique était vraiment avantageux au niveau du prix, j’en achèterais sûrement plus.

  9. Y’a clairement des problèmes de politiques des maisons d’édition sur le sujet.

    Et pour en avoir discuter à plusieurs reprises avec des auteurs/illustrateurs, les maisons d’éditions en question ne rémunèrent pas plus les auteurs pour les ventes numériques que pour les ventes papiers, vous aurez compris ou passe le surplus de marge.

    J’ajoute quand je vois la qualité des brochés actuels que le travail d’édition (correction/mise en page) n’est même plus correctement assuré par les-dites maisons, qui en plus ne prennent plus aucun risque quand il s’agit de publier un texte d’un auteur inconnu.

    Après certaines maisons proposent une stratégie correcte en matière de numérique (Bragelonne pour ne pas les citer), avec les intégrales de séries à tarifs abordables et respectueux du consommateur (10 à 15€ pour les 3 à 5 tomes d’une série, 25€ pour certaines grosses séries qui tournent plus autour des 7 tomes), et les fichiers sont trouvables sans DRM (suivant la plateforme sur laquelle on passe, 7Switch fonctionne bien pour ça).

    Bref certains ont complètement raté le virage du numérique, d’autre ont trouvés et mis en place des business modèles qui ont l’air pas trop mal, et qui ne se moquent pas des clients.

  10. Personnellement, dans les années 70 et 80, je n’ai pas acheté un seul livre à prix fort en librairie avant mes vingt ans. Tout ce que j’ai lu (et ça en fait des piles) venait des bibliothèques publiques (gratuites) et des bouquinistes. Résultat, j’ai dû payer mes premiers droits à un auteur dans les années 90, sans doute pour un minuscule bouquin de Jean Echenoz (L’occupation des sols), vendu 3 EUR chez Minuit (au prix d’un poche à l’époque). Etait-je un abominable pirate, un pillard ? Non, j’étais un gros lecteur (et je le savais, je suivais notamment des cours en sociologie de la lecture qui me l’expliquaient). Si le numérique avait été là, j’aurais tout téléchargé, par facilité bien entendu, mais surtout pour des raisons de budget.
    Par la suite, dans l’univers numérique, j’ai toujours diffusé gratuitement ce que je mettais sur le web, c’était la règle du fonctionnement du web (on paie pour diffuser, pas pour consulter). J’étais parmi les tout premiers auteurs à publier en français en ligne, dès 1997. Personne n’a jamais payé pour consulter « Le dortoir » (toujours dispo en cherchant bien, alors qu’il a connu plusieurs éditions papier depuis) ou « Bruxelles insurrection » téléchargé 800 fois en 4 jours, en 1998. Ce n’était pas du vol, c’était de la lecture, tout simplement.
    Le web n’a pas transformé d’honnêtes citoyens en pirates qui s’ignorent, c’est l’industrie du web qui s’est mis à faire payer ce qui, jusque là, était diffusé gratuitement en ligne.
    Et tant qu’on ne m’a pas démontré qu’un autre circuit de financement en ligne était viable pour les auteurs, je continue de penser qu’un auteur n’a pas besoin d’éditeur pour se diffuser en ligne, mais il n’a surtout pas besoin de se faire payer par les lecteurs pour la consultation d’un de ses textes. Le financement des auteurs doit se trouver ailleurs. Et l’industrie du livre ne vivra pas du numérique tel qu’elle le pratique aujourd’hui, je suis bien d’accord, elle disparaîtra.

  11. Pour info, 50% des livres numériques proposés par Amazon Kindle le sont à 0,99 euro et 90% à moins de 10 euros. Ceux qui sont à des prix plus élevés sont généralement des livres scientifiques ou techniques qui valent amplement leur prix. Les prix sont similaires au marché US et UK où les ventes de numériques se portent très bien.

    On est donc très loin des prix « exorbitants » décrits ici. La réalité est simplement que, contrairement aux anglo-saxons, les Français sont toujours dans la culture du « j’veux tout gratuit ». Et préfèrent pirater le travail d’un auteur que de le rémunérer même une misère…

    C’est plutôt l’utilisateur que l’édition qui a des questions à se poser… Car on assiste à un phénomène similaire à celui touchant les sites avec adblock (effondrement des revenus publicitaires > hormis les géants, les webmaster font de plus en plus de sites respectant la nouvelle triade conseillée sur tous les forums = vite fait, contenu optimisé mots clés et suffisamment merdique pour inciter au clic, tenter les buzz), l’édition de qualité est en train de se détourner du numérique… De même, a part les grosses maisons d’éditions, la plupart des ebooks deviennent… de la merde. Vite faits, mal faits, adaptés à de petits revenus.

  12. Une étude intéressante de deux sociologues de Grenoble (Olivier Zerbib et… je ne sais plus) semblait pointer que la part de fichiers partagés illégalement (part rapport aux fichiers acquis légalement) est inférieure dans le domaine du livre à ce qu’elle est dans les autres domaines, dont la vidéo. En gros, les gens qui achètent de la vidéo partagent plus de la vidéo illégalement, toute proportion gardée, que les gens qui achètent des livres numériques en partagent illégalement. Il y a une volonté de comportement plus éthique chez les lecteur que chez le sériephage.
    Autre point souligné par leur enquête, connexe : tous les lecteurs de numérique se sentent obligés de se justifier. « Parce que c’est plus pratique, plus léger, etc, mais je lis toujours en papier à côté, hein. » Les lecteurs de numérique ont encore intégré à leur grille que le papier est mieux que le numérique, presque au niveau moral, et qu’une justification est toujours attendue pour la lecture numérique.

    Alors peut-être que dans l’entourage de l’auteur du billet, ces gens sont très majoritaires. Moi-même, je n’ai en tout et pour tout acheté que deux livres numériques en 5 ans (dont un en anglais sur un site d’éditeur US, aux prix bien plus raisonnables qu’en France, l’autre étant un Jean Echenoz), tout le reste est soit libre de droits soit acquis grâce au partage illégal. Mais on ne fait pas de la sociologie rigoureuse ou une étude de marché en s’appuyant uniquement sur son entourage d’urbain trentenaire diplômé.

    Le marché potentiel existe, c’est certain, et les chiffres officiels sont faussés par le mode de collecte, c’est probable. La majorité des éditeurs se tire une balle dans le pied, c’est certain. Le Ministère doit jongler en mode soft law avec des interlocuteurs qui sont tous plus braqués les uns que les autres, c’est certain. Dans le bus, le métro, le tramway, ça lit en numérique, c’est vrai. Mes parents, grand-parents, amis sont équipés, c’est vrai. Mais tout le monde lit aussi en papier, et tout le monde lit davantage en papier. Le numérique est encore minoritaire ; attention à ne pas en arriver à dire que « tout le monde lit en numérique, et plus qu’en papier, mais personne ne le dit et tout le monde se cache ».

  13. Nanash, sans vouloir te vexer, c’est n’importe quoi ce que tu racontes.

    Tu parles prix / nombre de références, mais si on parle ebooks, tout le monde s’en fout du nombre de références. Ce qui compte c’est le nombre de lecteurs (numériques) et le CA qu’ils génèrent. Si la majorité des lecteurs continue de se tourner vers les livres « gros éditeurs », c’est 1) parce que les français sont encore plus snobbittéraires que les américains, 2) trop peu nombreux à faire confiance aux auto-éditeurs et 3) parce que la qualité de l’auto-édition n’est pas encore établie en France de manière générale, et surtout pas aux yeux du public. (*)

    Tu parles des prix comparables ici et aux US ? Si on parle moyenne, c’est tout à fait possible, mais je pense que les distributions y sont tout à fait différemment, les auto-édités quittant le bas-fond des prix planchers (sauf offres promotionnelles stratégiques), les Gros éditeurs augmentant les prix, et enfin certains auteurs en recherche de public saccrifiant tout à prix faible.

    Chez nous, les auto-édités ne sont pas encore assez implantés/reconnus/ »volumineux » pour faire apparaître cette couche intermédiaire « auto-édité pro » à l’anglophone, et même si les éditeurs font des efforts sur les prix ( les ebooks « gros éditeurs sont passés de 16€ aux alentours de 13 il me semble) ça reste au dessus du consentement à payer « moyen » pour un fichier sans support.

    Alors le public « numérique » français se tourne vers les valeurs sûres des gros éditeurs, se cassent les dents sur des prix trop élevés, et piratent à qui mieux mieux. Quand au public non numérique, il compare le prix des ebooks rayons/e-librairie, voit que ce n’est pas intéressant et reste au papier.

    Tu casses du sucre sur le dos des petits éditeurs, mais c’est eux qui paient les pots cassés, pour le coup avec des coûts de productions numériques « fixes » qu’ils ne peuvent amortir qu’avec toute les peines du monde dans un marché trop petit pour eux maintenant que les mamouths gros éditeurs y arrivent et « font les poches » des lecteurs honnêtes.

    Si l’exemple américain est intéressant, ce n’est pas parce qu’il montre des lecteurs plus honnêtes qu’en France, mais parce qu’il montre ce que pourrait être le paysage français si les gros éditeurs avaient eu une politique de soutien au numérique et non de protectionnisme papier.

    Non, les français ne sont pas des « j’veux tout gratuit » mais des « j’en ai marre de me faire prendre pour une truffe » (Oui, un poil râleurs ces français), et des snobbittéraires « Si c’est pas d’un grand éditeur, j’en veux pas. »

    Tout n’est pas perdu, mais les gros éditeurs font tout ce qu’ils peuvent pour maintenir le status quo (ont-ils vraiment le choix ?) et ce faisant marquent contre leur camp en formant les français au piratage. La politique « court-moyen terme » est peut-être nécessaire à leur survie court-moyen terme, mais désastreuse sur le long terme.

    * Sans compter que l’auto-édition en France ne peut pas encore compter sur des CA suffisants pour financer un travail hyper-pro en relectures/corrections/maquétage/illustration etc.)

  14. Ah, manqué de nuance :  » Ce qui compte c’est le nombre de lecteurs (numériques) et le CA qu’ils génèrent.  » je parlais de snobisme, et il est bien possible qu’on le soit aussi à ce niveau là : « si c’est pas cher, c’est que c’st mauvais ». Ou alors « Si je ne connais pas l’éditeur, c’est que c’est mauvais ».

    Je ne dis pas qu’avec des prix plus élevés ils vendraient mieux, mais juste que pour l’instant, le public numérique FR n’a pas confiance dans les « bacs à bas prix » des e-libraires.

  15. Ça n’est pas QUE du snobisme, c’est aussi justement une pratique née des prix trop hauts: « si c’est pas une référence que je connais/à qui je fais confiance (gros éditeur, recommandé personnellement par un contact, auteur déjà lu, large promotion en magasin ou dans les médias…), je ne prends pas le risque d’acheter ».

    Le fait que les e-libraires proposent massivement les premiers chapitres/épisodes gratuitement est là pour changer ça, mais c’est une pratique qu’il va être long et difficile de changer; ne serait-ce que parce que beaucoup de gens achètent en prévision d’un besoin de lecture ultérieur, sans toujours avoir le temps ou la motivation de commencer la lecture lors de l’achat. ^^°

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