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Cartographie de l’irréel

Internet est un pays fascinant qu’à l’instar de mes landes intérieures je ne me lasse jamais de visiter, et ce pour de multiples raisons. Mais l’une d’entre elles est que l’intrusion de la fiction dans le réel est un sujet qui me fascine et me touche tout particulièrement, et qu’internet est le medium idéal pour ce genre de mélange.

Aujourd’hui, quelques manipulations sur Photoshop suffisent pour faire surgir de nos imaginations des paysages irréels — quoique souvent très réalistes. Ces paysages irréels, souvent d’abord présentés comme des œuvres de l’esprit, sont désormais vite reprises sur les réseaux sociaux. Les crédits sont déformés, puis oubliés dans les méandres des multiples partages, si bien qu’on finit par ne plus se souvenir qu’il s’agit là d’une création, d’un artifice très bien imité, et qu’on finit par prendre ces images pour la réalité.  Continue reading →

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Victor Hugo et le domaine public payant

Dans la guerre opposant le moindre chaînon de l’industrie du livre, les politiques, les nouvelles sociétés de distribution et les institutions européennes, Victor Hugo est devenu bien malgré lui la bannière brandie en étendard dans les débats sur le droit d’auteur. Presque une mascotte, en somme.

Il faut dire que dans la relation — quelquefois à sens unique — que partagent les auteurs et les éditeurs de ce siècle encore jeune est de plus en plus houleuse : paupérisation alarmante des créateurs, prélèvements sociaux iniques avec la réforme du RAAP, pourcentages anormalement bas, avances en berne… l’argent manque, et plus spécialement dans la poche des auteurs. Alors il faut chercher des solutions. Bien sûr, une idée évidente vient à tête immédiatement : négocier de meilleurs contrats avec les éditeurs, exiger de meilleurs pourcentages et des avances justes. Mais comme le rapport de force est clairement en défaveur des auteurs et qu’il n’est pas toujours facile de demander une augmentation à son patron (“Vous savez, mon p’tit Lambert, il y a des centaines de gars comme vous pour prendraient votre poste avec un salaire inférieur, alors vous feriez bien de retourner au turbin…”), d’aucuns proposent des solutions alternatives pour venir en aide aux auteurs dans le besoin. Et notamment le domaine public payant, cher à Victor Hugo. Continue reading →

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Robopocalypse versus roboptimisme

C’est peut-être la faute du roman que je suis en train d’écrire et pour lequel j’ai lu — et continue de lire — tout ce qui se raconte sur les robots et l’intelligence artificielle, mais j’ai développé ces derniers mois une véritable passion pour ces chères boîtes de conserve sur pattes. J’ai parcouru les pages d’innombrables essais techniques, j’ai aussi lu quelques romans (même si je suis moins à l’aise avec la fiction des autres quand j’en écris moi-même, c’est une forme de parasitisme), et je suis abonné à un nombre faramineux de comptes Twitter et de feeds RSS sur le sujet, qui me renvoient les dernières actualités du monde de la robotique (un mot inventé par Asimov, qui pensait d’ailleurs en l’utilisant qu’il existait déjà). Et, c’est assez flagrant, je vois très nettement se détacher deux tendances : les roboptimistes et ceux qui craignent la robopocalypse. Continue reading →

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Radio libre des auteurs #2 (avec Pouhiou)

Certains d’entre vous le savent déjà, mais Thierry Crouzet et moi avons décidé de discuter régulièrement de vive voix et d’enregistrer le fruit de ces discussions pour en faire profiter ceux que ça pourrait éventuellement intéresser. L’idée était de créer une sorte de radio libre des auteurs, de discuter des problématiques qui nous animent en ce moment (et le droit d’auteur y est forcément très présent) et surtout d’inviter dans nos discussions des gens qui ont des choses à dire sur le sujet. Continue reading →

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Rapport Reda : la vengeance des amendements

L’article qui suit est un peu technique et n’intéressera sans doute qu’une poignée de gens. Bien sûr, je le déplore : c’est justement à travers notre manque d’intérêt, notre passivité, voire notre dédain pour certaines questions que se faufilent les intérêts des compagnies privées, de certains États et de leurs politiques peu soucieux des libertés de leurs concitoyens. Je n’irai bien sûr pas jusqu’à comparer cela à l’affaire Snowden (je vous conseille d’ailleurs d’aller voir l’excellent documentaire Citizen Four pour vous faire une idée de l’ampleur de ce scandale), mais l’intérêt du public a vite tendance à retomber sitôt que les débats dépassent notre sphère d’influence directe. C’est un tort. Nous avons le devoir de ne pas laisser le droit d’auteur aux seules sociétés privées et de gestion collective, aux lobbys, à l’industrie en place et aux politiciens : tout comme l’espionnage à grande échelle de la NSA — et même si les implications ne sont pas forcément comparables —, ce sont des questions qui influencent directement notre vie et impactent notre idéal de société, en tout cas celui que certains d’entre nous souhaiteraient construire. Si jamais vous avez un peu de temps et d’envie, je vous invite donc à vous intéresser à ces questions. C’est important. Continue reading →