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Comment notre éducation a détruit notre créativité

Je regardais hier un documentaire absolument passionnant d’Erwin Wagenhofer intitulé Alphabet, qui revenait en détail sur l’éducation standardisée dont l’école et plus généralement la société nous bourre le crâne et qui, au final, conduit à faire de nous des individus obéissants et qui se posent le moins de questions possible. Ce visionnage m’a secoué, il faut le dire, car même si Valeska et moi sommes très sensibles à ces questions au moment où deux petits êtres vont faire irruption dans nos vies dans les prochaines semaines, je n’avais pas encore véritablement conscientisé les dégâts occasionnés par un tel formatage. Continue reading →

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Les questions que je me pose avant de commencer à écrire un nouveau roman

Avant de commencer à la rédaction d’un nouveau roman, je me pose pas mal de questions. Certaines sont centrales, capitales même, et je ne peux pas entamer quoi que ce soit avant d’y avoir répondu, et d’autres sont un peu plus accessoires et tournent en tâches de fond, trouvant souvent leurs réponses par elles-mêmes ou sans que je fournisse un effort de réflexion démesuré.

Avant toute chose, j’identifie l’histoire à raconter. Vous savez que je crois beaucoup au Zeitgeist — à l’esprit du temps (voir l’article que j’avais rédigé à ce propos) — et il est parfois difficile de distinguer une simple rêverie d’une histoire propre à raconter. Cette identification peut chez moi commencer de différentes manières. D’abord, le classique « Et si…?”, qui peut surgir de la collision de deux idées : “et si les vampires colonisaient Mars ?”, “et si la Reine d’Angleterre était une espionne au service des Russes ?”, « et si le gouvernement français espionnait ses citoyens à leur insu ?”, etc. À partir d’un postulat, on brode une histoire et on invente des personnages. C’est une base de départ que j’emploie souvent dans mes nouvelles, assez rarement (voire jamais) dans mes romans. Continue reading →

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À chaque histoire son support

Je suis en ce moment au beau milieu d’une réflexion que je souhaiterais vous faire partager, en partie parce que je n’arrive pas à la démêler et qu’écrire est souvent le seul moyen que j’ai d’insuffler du sens à ce que je pense. Parce qu’en somme, c’est souvent le bordel.

J’ignore pourquoi cette idée me trotte dans la tête. Elle n’a sans doute pas beaucoup d’intérêt, et pour vous encore moins, mais c’est comme une ritournelle, un de ces Ohrwurm qui ne vous lâchent jamais (tiens, vous saviez que des scientifiques s’y intéressent de près, à ces maudites chansons qui vous courent dans la tête ?).

Ça tient à ces histoires que nous nous racontons. Je suis obsédé par la question du support. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on s’en colle une mine, n’est-ce pas ? C’est le discours qui prévaut. Un livre est un livre est un livre. Ce avec quoi, en soi, je suis plutôt d’accord, si je me place du point de vue du receveur — qu’il soit lecteur ou éditeur. Mais pour ce qui est de l’émetteur… ah, c’est une autre paire de manches.

Les histoires ont besoin d’un support, qu’il soit oral ou écrit, enregistré ou filmé, tiens, même notre langue est un support, l’air et les vibrations qui transportent le son en sont encore un. Pour se sortir les vers du nez et les transmettre à quelqu’un, il faut bien un medium, à défaut d’en être un. D’ordinaire, nous transposons. Nous naviguons d’un support à l’autre, convertissons, traduisons, du papier au web en passant par l’ebook, filmons une vidéo, enregistrons un podcast avec le même matériel. Et c’est très bien ainsi, la palette du créateur s’agrandit, qui pourrait s’en contrarier ? J’aime la multiplicité des facettes d’une histoire qui se décline, et encore plus à notre époque d’infinies ramifications technologiques qui tendent toujours vers plus de partage.

Mais ce n’est pas ça, l’idée qui m’obsède. J’ai acquis une sorte de conviction qui m’a contaminé — j’espère qu’elle n’est pas trop contagieuse, je n’ai pas envie de vous refiler ça.

Je me dis, et si les histoires avaient un support idéal ? Un medium de prédilection, à travers lequel elles brilleraient au summum de leur luminosité… Certaines histoires seraient faites pour être imprimées, d’autres lues sur un blog, certaines conçues spécialement pour Wattpad, d’autres pour être racontées de la bouche à l’oreille, destinées à mourir aussi vite qu’un souvenir. Bien sûr, cela ne voudrait pas dire qu’on ne pourrait pas les convertir d’un format à l’autre — juste qu’elles donneraient le meilleur d’elles-mêmes au travers de l’un ou l’autre de ces cadres de fixation. Comme si les histoires portaient en leurs gènes, de façon immanente, leur lieu de rendez-vous.

Parce qu’une histoire, c’est forcément un rendez-vous entre celui qui la raconte et celui qui l’écoute. On peut se donner rendez-vous à l’ombre d’un frêne, au milieu d’un carrefour embouteillé, à la terrasse d’un café ou sur la plage, à l’heure du déjeuner… Le rendez-vous impliquera toujours les mêmes personnes, mais il sera sensiblement différent en fonction de l’endroit où vous vous trouvez, non ?

Voilà, je me trouve idiot à vous raconter ça. En même temps, à quoi servirait cette page si elle n’était pas un lieu de rencontre, même improbable, entre vous et moi ?

Photo : Robert Huffstutter (via Flickr – CC-BY)

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Je hais les super-héros (je voudrais qu’ils soient morts)

Ça y est, c’est bon, j’en ai ma claque. Je ne dis pas, il fut une époque où j’ai aimé les justiciers en costume, mais cette époque est terminée, finie, basta. Ce n’est pas une grosse perte. Je n’ai jamais été très fan du concept en lui-même.

Enfant, je n’avais aucune idée de l’existence de Marvel ou de DC Comics. Pour tout dire, je n’en avais même jamais entendu parler. J’étais ce gosse qui lisait Super Picsou Géant, Pif Gadget et Science et Vie Junior, voyez, et il aura fallu que je déménage à Paris (à 18 an, donc) pour commencer à subodorer l’existence d’autres super-héros que Superman ou Batman. C’est vrai, Batman, j’aimais bien. J’adorais la série animée qui passait sur la 3, et puis les deux films de Burton aussi, que je considère encore aujourd’hui comme les meilleures adaptations (de très loin) du Dark Knight. J’ai bien essayé, acheté quelques comics (surtout de Batman, d’ailleurs), mais la mayonnaise n’a pas pris.  Continue reading →

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Les robots sont nos enfants

Je tire cette image d’un rêve qui ne m’a plus jamais quitté : le dernier être humain de la planète Terre, un vieillard dont la barbe grise grignote le visage émacié, s’éteint doucement, allongé sur son lit. Autour de lui, des dizaines d’yeux scrutent les signes d’un trépas imminent. Ces yeux ne ressemblent pas aux siens, qui sont ternes et déjà voilés : ceux-là sont ronds, brillants, et reflètent l’éclat lugubre d’une lampe posée près de sa tête. Ce sont les yeux de ses enfants. De nos enfants à tous. La main du vieil homme se tend, tremblante, et c’est une main robotique qui la saisit. Assis à son chevet, l’humanoïde semble fébrile. À l’instar des autres androïdes qui encerclent le lit, il ne cache pas son abattement. Le dernier être humain est en train de mourir, et il n’y en aura plus d’autres.  Continue reading →