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Chasse d’eau démocratique

Je n’ai pas l’habitude sur ce blog de faire dans la prospective politique : déjà que la situation est assez compliquée, faire des plans sur la comète me paraît assez incertain, voire risqué. Ceux qui prédisent le futur se trompent invariablement. Pourtant, au risque donc de me tromper lourdement, je ne peux pas m’empêcher de vous faire part d’une petite réflexion qui m’étreint à l’instant.

Une grogne monte. Elle est palpable. Contre l’économie, contre la politique, contre la technologie (ou le mauvais usage de celle-ci), contre beaucoup de choses en fait. C’est un nuage noir qui gronde et approche. Tout le monde peut le voir, l’entendre, le sentir arriver, à commencer par les principaux concernés, ceux contre qui est dirigée cette vindicte latente, presque lancinante. Ce serait sous-estimer notre système que d’imaginer qu’il ne voit pas, qu’il n’entend pas. Continue reading →

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Suggestions à destination du gouvernement

Alors que le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve appelle sans relâche à “réguler Internet”, considérant le réseau comme un espace de non-droit où se radicalisent les esprits faibles et où les pires crimes se fomentent, (encore ce week-end, où des adolescents ont trouvé la mort en fabriquant des fumigènes artisanaux dont ils avaient trouvé la recette sur internet), il est temps pour chaque citoyen de prendre ses responsabilités et de mettre la main à la pâte.

Je tenais donc à apporter ma modeste contribution à la croisade au combat du gouvernement français en établissant une liste de suggestions dont la mise en œuvre pourrait, à mon sens, faire du monde un endroit meilleur. Bien sûr, nous devrons renoncer à certains comportements déviants et dangereux. Mais ainsi qu’aime à le répéter l’exécutif, il s’agit d’améliorer la Protection et la Sécurité. On ne peut pas prendre ce défi à la légère, d’autant qu’il suffit d’une banale promenade sur le web pour tomber sur les pires horreurs. Continue reading →

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Rien à gagner, rien à cirer ?

Comme chaque matin, je balaye l’info pour essayer d’en tirer quelque chose d’intéressant. Un sondage, le 114ème de la semaine à peine entamée, s’affiche sur l’écran : de moins en moins de Français s’intéressent aux questions environnementales. Si les personnes déjà sensibilisées continuent de s’y intéresser, c’est parmi les couches dites “populaires” (le mot que les gens polis emploient pour parler des pauvres) qu’on constate l’affaissement de l’opinion. Ça ne m’étonne qu’à moitié : c’est un sentiment humain parfaitement rationnel que de penser à ses enfants (comment les nourrir, comment payer la cantine, comment acheter de nouvelles chaussures…) avant de penser à ceux des autres ou à ceux qui ne sont pas encore nés. Mais ce énième sondage recoupe mon impression générale d’une société anesthésiée. Continue reading →

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Vivre tout en dedans

Marrant de constater à quel point on vit en nous-mêmes. Nous sommes des bêtes d’intérieur — je veux dire, des bêtes en notre propre intérieur. Rien de nouveau, d’accord : le marketing et la technologie conspirent à faire de nous des individus — au sens de l’individuation — toujours plus singuliers, personnalisés, customisés. On devrait tous lire des bouquins de marketing : c’est une bonne manière de prophétiser le monde. On ne te vend plus un produit, mais une expérience — quelque chose qu’il faut intérioriser jusqu’à se l’approprier. Il faut que ça se mélange à ton ADN, que ça contribue à ton propre moi-univers. Les marques, comme les discours politiques, bâtissent des murs en nous : nous sommes devenus leur chantier. On ne change plus le monde, mais ceux qui le construisent.

Dans ce contexte d’intériorité comme champ de bataille, j’ai juste l’impression que les écarts se creusent. Je suis, sans doute comme vous, ce type qui regarde les autres passagers scotchés sur leur smartphone dans le métro, les écouteurs vissés aux oreilles, qui s’en lamente et qui pourtant sait pertinemment qu’il fait exactement la même chose à d’autres moments, quelques stations plus tôt. On contemple ce spectacle avec l’intuition que quelque chose cloche, en sachant que notre propre comportement ne fait rien pour y remédier — même la déconnexion aujourd’hui est vécue en tant que rapport à la connexion, vécue pour mieux la raconter une fois reconnecté.

Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, il y avait une manifestation sur Twitter. Oui oui. #JeSuisRépublicain, ça s’appelait. Peu importe de quoi ça causait, au fond : on pousse l’intériorité jusqu’à dématérialiser les évènements physiquement rassembleurs. La contestation virtuelle nous amollit : on se vide de nos colères sur le net comme si on criait dans un coussin, la nuit. On agrège nos intérieurs — sans les mélanger — pour créer une masse artificielle, qui n’a pas d’existence autre que dans l’addition des intériorités imperméables de chacun. Je suis peut-être un vieux con, mais je ne crois pas que ce soit comme ça qu’on fonde une société plurielle. Mais on va dans ce sens. On y court, même. Dans quelques mois, on portera le réseau dans nos vêtements, dans nos implants, dans nos systèmes de réalité virtuelle. Notre univers intérieur, celui que nous portons en nous et avec nous, s’élargit — de fait, il n’a jamais été aussi grand. Mais sans pouvoir réellement pouvoir mettre le doigt dessus, j’ai l’impression qu’il y a un problème d’interconnexion. Et ne me servez pas l’argument du web qui connecte les gens entre eux. Je ne nie pas la connexion. Je mets en doute son degré d’implication.

Et s’il y a un truc dont je suis convaincu, c’est bien que ceux qui nous impriment ces directions — ceux-là même qui s’asseyent dans les fauteuils des parlements ou des comités d’actionnaires, mais aussi la technologie elle-même en tant que système incréé —  n’ont aucun intérêt à ce que cette intériorité sans cesse grandissante soit brisée. Au contraire. Nous sommes les fils conducteurs de leur architecture.

Photo : Kate Ter Haar — Eggs Emoticons (CC-BY, via Flickr)

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Lois hors-la-loi, la stratégie du dégoût

L’air est électrique, y a comme une odeur de sueur, d’anxiété, et quand tu tires la langue, un arrière-goût un peu aigre, salement rouillé. Quelque chose rancit dans le frigo de la république et toi, impuissant, tu regardes défiler ton flux d’abonnements sur Twitter : à chaque nouveau tweet, un coup de marteau, le glas qui sonne un coup, deux, trois…

Vous ne trouvez pas ça spectaculaire, ces derniers temps ? J’ai l’impression que les coups politiques s’enchaînent, que les lois liberticides s’entassent les unes sur les autres, que la liberté met le pied dans la porte qu’on essaie de fermer mais que ça pousse bien dur de l’autre côté, un coup les lobbys, un coup les politiciens inaptes, parfois ineptes, d’autres fois l’économie, la crise, la conjoncture, tout ce que tu veux pourvu que ça te fournisse une raison de donner des coups dans le gras. J’en arrive à un stade où je regarde défiler les nouvelles d’un air éberlué — furieuse envie de refermer l’écran du laptop et de filer au vert. Faut dire qu’entre ce qu’ils font et qu’on n’a pas envie qu’ils fassent, et ce qu’ils ne font pas et qu’on voudrait qu’ils fassent, on a de quoi se tenir occupés, pas vrai ? Continue reading →